Il y a très très longtemps en France, on interdisait les chansons. Ainsi, Le déserteur de Boris Vian, Quand un soldat de Francis Lemarque. C'était souvent des chansons pacifistes, il semble qu'en ces temps lointains, en France, on préférait la guerre à la paix, les vieilles ganaches aux poètes. Pendant qu'on y était, on interdisait des films, comme Les sentiers de la gloire de Kubrick (décidément, Vive la Guerre) et des livres, comme J'irai cracher sur vos tombes de (tiens, encore lui !) Boris Vian. Mais on aimait bien, dans ce vieux pays, interdire les chansons, surtout anarchisantes comme certaines de Brassens ou de Ferré. C'était il y a longtemps, il y a bien longtemps.

Reiser Vive l'AnarchieIl n'y a pas très longtemps, le 27 mai dernier, un jeune rennais de 27 ans était condamné pour outrage. De sa fenêtre, il avait entonné Hécatombe, chanson de Georges Brassens, interdite d'antenne en son temps, en avisant deux policiers en faction (car les policiers, contrairement à nous, ne glandent pas, ils factionnent) sous, justement, sa fenêtre. 100 € à verser à chaque policier et 40 heures de travail d'intérêt général. Pour avoir chanté Brassens.

A Toulouse, un groupe d'une trentaine de personnes, dont une jeune italienne de 27 ans, se retrouve au poste et la plupart convoqués pour une grosse fessée cul nu en public pour avoir, en solidarité avec le jeune homme chanteur, repris Hécatombe devant le commissariat.

Ca fait beaucoup de 27, tout ça...

Pour rendre hommage à l'humour de la police nationale et de certains juges, ainsi qu'au souci sourcilleux de notre beau pays pour la défense des libertés publiques, voici Hécatombe. Il va sans dire que la chute  de la chanson est purement imaginaire, en fait ce qu'on appelle une licence poétique, mais qui montre quand même que Brassens, dont le nom orne des rues, des Lycées ou des parcs, était un persifleur peu tolérable. il est normal que ses descendants soient condamnés. Il a bien fait le STO, lui, comme quoi, il n'y a pas de fumée, mêmede pipe honnête, sans feu.

Que cent fleurs jaillissent, que cent blogs reprennent ce charmant brulôt qui me fera toujours craquer à l'évocation du sourire faussement nâvré de Georges, lorsqu'il en sortait une bien bonne.

Le texte "incriminé" :

Au marché de Brive-la-Gaillarde
A propos de bottes d'oignons
Quelques douzaines de gaillardes
Se crêpaient un jour le chignon
A pied, à cheval, en voiture
Les gendarmes mal inspirés
Vinrent pour tenter l'aventure
D'interrompre l'échauffourée

Or, sous tous les cieux sans vergogne
C'est un usage bien établi
Dès qu'il s'agit d'rosser les cognes
Tout le monde se réconcilie
Ces furies perdant toute mesure
Se ruèrent sur les guignols
Et donnèrent je vous l'assure
Un spectacle assez croquignol

En voyant ces braves pandores
Etre à deux doigts de succomber
Moi, j'bichais car je les adore
Sous la forme de macchabées
De la mansarde où je réside
J'exitais les farouches bras
Des mégères gendarmicides
En criant: "Hip, hip, hip, hourra!"

Frénétique l'une d'elles attache
Le vieux maréchal des logis
Et lui fait crier: "Mort aux vaches,
Mort aux lois, vive l'anarchie!"
Une autre fourre avec rudesse
Le crâne d'un de ses lourdauds
Entre ses gigantesques fesses
Qu'elle serre comme un étau

La plus grasse de ses femelles
Ouvrant son corsage dilaté
Matraque à grand coup de mamelles
Ceux qui passent à sa portée
Ils tombent, tombent, tombent, tombent
Et selon les avis compétents
Il paraît que cette hécatombe
Fut la plus belle de tous les temps

Jugeant enfin que leurs victimes
Avaient eu leur content de gnons
Ces furies comme outrage ultime
En retournant à leurs oignons
Ces furies à peine si j'ose
Le dire tellement c'est bas
Leur auraient même coupé les choses
Par bonheur ils n'en avaient pas
Leur auraient mêm' coupé les choses
Par bonheur ils n'en avaient pas.

Pour tout savoir sur l'affaire récente, l'article de 20 Minutes.