Il va falloir aller me coucher, car c'est l'heure.

Photo Raymond Depardon


Sous le soleil cet après-midi.
Je lui dis, non je lui dis rien. Je la regarde et j'approuve ses cheveux blonds et courts.
Mes lunettes de soleil ne sont pas à ma vue. Je les ai trouvées par hasard sur un banc alors que je manutentionnais un gros paquet, une imprimante, dans le 12ème arrondissement de Paris. 
Je la regarde. Elle fuit avec élégance.
Elle ne me veut pas. En fait, je ne la veux pas non plus, en fait j'ai envie d'une bière, ça faisait longtemps, comment qualifier une bière, sinon fraîche.
Assis sur un tabouret, j'apprécie la fraîcheur de ma bière.
C'est un monde de buveurs, de sportifs télévisués, de gros connards quand même. Le mot Arabe revient dans les conversations. Comme l'autre fois, chez le coiffeur, cette dame âgée qui se plaignait que l'hôpital psychiatrique la traite comme une cinglée et que telle fête soit annulée à cause des arabes qui envahissaient, en fait, tout, l'espace, l'histoire, l'avenir, toutes les potentialités. Ah oui, les arabes occupent tout l'espace et les petites vieilles propriétaires ont bien raison de craindre et se plaindre.
Face à certains discours, je me tais, je me ferme, je rentre en moi, je m'escargote, je ne veux plus savoir. Je ne veux plus participer de ce monde qui exclue ce qu'il ignore.
Demain, j'irai à la librairie où les gens sont bienveillants. J'achèterai le livre que j'attendais depuis deux ans.
Cette nuit, oui, il est un peu tard, les fantômes sont priés de se tenir à distance, je veux dormir et demander à mes compagnes et compagnons de m'accompagner dans ces heures vagues où je me perds avec ou sans plaisir, mais c'est ainsi.
Rêver est vivre, à nouveau. Rêver est parcourir les rues et les vallées, les escaliers qui font peur, côtoyer le bureau et le bord de mer, le train qui n'arrive jamais et les réunions de famille où tu n'es rien d'autre que celui qui cherche les chiottes et ne trouve que des endroits dégueulasses, sans rapport avec l'envie.
Je vais aller me coucher en espérant que les rêves, cette nuit, seront aimables.