09 octobre 2009
Îvre de livres : questionnaire
Ça me tient tellement là j'ai, depuis plusieurs semaines, le besoin d'exprimer (faire sortir) les pensées qui pressent l'intérieur de mon crâne pour courir dehors à l'air libre et se coucher en remuant de la virgule sur les papiers couchés (également) et étinceler sur les écrans d'ordinateurs, de vos ordinateurs surtout et répandre dans le terreau de l'air vicié de nos villes et pollué de nos campagnes, des questions. En fait, je n'en dors plus de cette dévaluation organisée de la parole publique, de la parole politique, surtout, depuis qu'elle se nourrit, sous la férule vénale et virale de la pensée sarkosique, au lait fétide des patrons de TF1 et autres Direct8 et Matin-Soir. Mais ça ne vient pas.
Ça ne vient pas car je n'ai pas le temps de faire venir. En fait, je cultive l'art stérile de la perte de temps ou de l'utilisation du temps à autre chose, toujours autre chose (des trucs aussi vains et laids que travailler, des machins aussi fatigants qu''essayer de dormir etc.). Donc, au lieu d'écrire ce billet au bon moment, je le commence, puis j'attends que la parole publique se soit encore plus dégradée pour reprendre, mais là je dois changer l'angle, tirer plus bas et c'est l'heure de se mettre à table ou c'est une réunion et, franchement, tirer plus bas que Sarkozy, c'est pas la classe.
Et si je ne publie pas, vous cessez de me visiter. Je sais, j'ai les statistiques.
Alors, j'ai eu envie de préparer un billet tout simple, construit à partir d'un questionnaire vu sur un blog de fille, puis sur un autre et les réponses lues m'ont amusé tout en m'intéressant.
Je dédie ce post à la librairie Les Tropiques, rue Losserand à Paris, où j'adore donner mon fric inutile contre des bouquins très beaux.
(Le site : http://librairietropiques.free.fr/ et merci à toutes ces belles librairies d'exister)
Donc, c'est un questionnaire trouvé sur un blog de fille très chouette, sur les livres, ou sur la lecture, ou sur des souvenirs de lecture.
A quel livre dois-tu ton premier souvenir de lecture ?
Un livre pour enfant illustré en vert et noir. Son
souvenir reste très mystérieux, car j’ai peu de souvenirs de la prime enfance.
Mais je sais que ce livre a compté. Même s’il ne m’en reste que les couleurs,
le vert, le noir et le format : un peu grand pour moi.
Quel est le chef-d’œuvre officiel qui te gonfle le plus ?
Walden de Henry-David
Thoreau. J’ai honte, mais ce pavé, à l’origine de la non-violence, qui a
inspiré Gandhi et le Pasteur King, m’est tombé des mains pour
s’écraser lourdement sur le sol. Qu’est-ce que j’aimerais aimer… Mais qu’est-ce
que c’est chiant. Ce mec qui vit tout seul dans la forêt, qui vit de rien, qui
est absolument altruiste et défend des principes de vie devant lesquels je m’incline,
ce mec écrit plat. Lourd. Américain du XIXème. D’ailleurs, j’en ai autant pour Hawthorne.
Quel est le classique absolu que tu n'as jamais lu ?
Don Quichotte de la Manche. Le chef-d'œuvre de Cervantès, fondateur de
la littérature moderne, a passionné les écrivains, les aventuriers et les
cinéastes. Mais c'est une œuvre qui s'échappe. Avant Terry Gilliam (qui
depuis 2000 n'a toujours pas trouvé à réaliser son film), Orson Welles
s'était attaqué en vain à ce monument. Paul Auster avait un projet de traduction
en anglais US, avorté également.
Quel est le livre unanimement jugé mauvais que tu as honte d'aimer ?
L'unanimité ne sied pas à la littérature. Et je n'ai jamais honte de mes lectures, surtout quand j'aime.
Quel
est le livre que tu as le sentiment d'être seule à aimer ?
Aucun, bien sûr, je ne suis pas assez présomptueux pour.
Mais, j'aime à croire que l'édition en 10/18 de L'énergie des esclaves de Léonard Cohen, qu'un mec un peu paumé m'avait filé un soir dans un bistrot de Paris, il y a quelques paies de ça, parce que j'avais parlé avec lui, je sais pas de quoi et on s'en fout ; je crois qu'il m'avait donné ce livre pour qu'il reste quelque chose de ces minutes ou ces heures d'échange, quelque temps après. Ben tu vois, mec, il reste quelque chose. Ce livre ne m'a jamais quitté.
Cette histoire me rappelle une chanson de Léo Ferré, Richard, qui dit : "Les gens, il conviendrait de ne les connaître que disponibles / A certaines heures pâles de la nuit / Près d'une machine à sous, avec des problèmes d'hommes simplement / Des problèmes de mélancolie / Alors, on boit un verre, en regardant loin derrière la glace du comptoir / Et l'on se dit qu'il est bien tard..."
Peut-être que ce livre là, dans cette édition là, donné par un mec paumé à un type qui avait peut-être l'air encore plus paumé ce soir là, je suis le seul à l'aimer vraiment.
Quel
livre ferais-tu lire à ton pire ennemi pour le torturer ?
Par construction, un ennemi pire ne partagerait pas
mes addictions. S'il est président d'une République, peut-être La Princesse
de Clèves. Sinon, un livre un peu hard à lire, par exemple un Brett
Easton Ellis, probablement Lunar Park. Un ennemi ne supporterait pas
Lunar Park.
Quel
livre aimerais-tu faire découvrir au monde entier ?
"Asthmes" de Sophie Maurer. J'ai un peu (peu) écrit sur Sophie Maurer, mais quand on fait une recherche google sur son nom, mon site est en haut de la liste. C'est dire si on a peu écrit sur elle. Elle-même a peu écrit, en dehors de thèses sociologiques probablement passionnantes, mais Asthmes, c'est un livre pas pareil. Un livre qui, en 93 pages, dit l'amour et la solitude et le désir et le fait qu'on est pas tout seul. Dans une langue d'une pureté d'eau claire.
Quel
livre pourrais-tu lire et relire ?
Pendant longtemps, j'ai repris régulièrement les
quatre tomes du théâtre de Molière, tous les 3 ou 4 ans, en prenant soit
les grandes comédies, soit au contraire les pièces burlesques. Id. pour Tintin
et Milou, en lire un, c'est vouloir les relire tous. Mais j'ai perdu ces
habitudes. Autant je revois les films sans fatigue, autant je relis peu.
Quel
livre faut-il lire pour y découvrir un aspect de ta personnalité ?
L'éducation sentimentale de Gustave Flaubert. Je déteste quelque chose de Frédéric Moreau, mais qui dort en moi. Une sorte de pusillanimité. Ou d'indécision blâmable.
Quel livre t'a fait verser tes plus grosses larmes ?
Aucun, parce que et je le prouve. Quand tu pleures, ça fait de l'eau dans tes yeux, de l'eau ça fait loupe ou lentille et tu vois rien de près, à distance de livre. Alors je pleure au cinéma ("Les temps modernes" ou "Honkytonk man", par exemple) parce que l'écran est loin et on peut continuer à regarder en reniflant (non, pas en reniflant, c'est beurk) mais pas en lisant parce que, techniquement, c'est pas jouable.
Quel
livre t'a procuré ta plus forte émotion érotique ?
Soit La liberté ou l'amour de Desnos,
soit Madame Edwarda ou encore Histoire de l'œil de Georges
Bataille. Cette réponse est à prendre au premier degré.
Quel
livre emporterais-tu sur une île déserte ?
USA de John
Dos Passos. Avec ses 1500 pages, ses 10.000 personnages principaux, ses
actualités, ses biographies d’hommes célèbres ou anonymes, sa façon de faire se
rencontrer des histoires faites pour rester parallèles, ce triptyque m’a
toujours passionné.
De
quel livre attends-tu la parution avec la plus grande impatience ?
Le troisième volume de la série dite Underworld USA
de James Ellroy sur l’histoire (ou la contre-histoire) récente des Etats-Unis,
de Kennedy à Nixon, vue du côté latrines. Après American tabloïd (1995) et American death trip
(titre français de The cold six Thousand, 2001), American madness
(titre français de Blood’s rover). Une littérature tellement
dure, rapide et tranchante que j’en suis toujours sorti sans souffle, cassé, presque
sans vie.
Quel
est selon toi le film adapté d'un livre le plus réussi ?
En général,
les bons livres font de mauvais films, les réalisateurs sont paralysés par leur immense sujet, mais il y a des exceptions, assez
nombreuses. Je retiens Le grand sommeil (The big sleep) de Howard Hawks, d'après Le grand sommeil (The big sleep) de Raymond Chandler. D'abord, on est aussi déboussolé par le film que par le livre. Ensuite, le générique du film montre, dans un noir et blanc très noir, comme le film, un cendrier, deux cigarettes posées dans le cendrier et les volutes de fumée qui s'enlacent et s'embrassent et ça, mes amis, c'est du cinéma.
28 septembre 2009
Les 100 livres préférés des français
J'ignore si c'est une mode mais pourquoi ne pas m'y prêter ? Je remarque ces temps-ci que de nombreux blogueurs s'intéressent à la liste des 100 livres préférés des français et indiquent ceux qu'ils ont lu. C'est une activité comme une autre qui présente pour chacun l'avantage facile de comparer sa normalité à celle des autres.
Donc j'ai fait l'exercice et voici le résultat qui serait effrayant s'il avait la moindre signification quand à mes mœurs livresques. Heureusement, tout ceci est parfaitement vain.
Tout d'abord, le classement, établi par voie de sondage pour la revue Lire, date de 2004 et un certain nombre de phénomènes littéraires ont pu, depuis, affecter le score, même marginalement. Il ne faut pas rêver, il est évident que le phénomène des auteurs pour hyper-marchés a pris de l'ampleur et que les P. Coelho, M. Levy et autres Musso sont plus lus qu'il y a 5 ans. Surtout à Auchan (je sais pas pourquoi, mais j'ai une aversion particulière pour Auchan, la marque, les magasins, l'allure générale... j'aimerais pas habiter à côté d'un magasin Auchan). A l'inverse (si je puis dire) il semble évident, et le nombre des rééditions l'atteste, qu'une nouvelle addiction pour La Princesse de Clèves s'est emparée d'une partie du lectorat depuis qu'un petit roitelet croassant a bavé tout le mal qu'il fallait en penser.
Ensuite, c'est vrai que j'ai lu nombre des livres mentionnés, mais que ça ne traduit aucune inclination particulière pour ceux-ci, sauf exceptions comme Les Misérables ou Madame Bovary. En fait, parmi ceux qui ont eu la chance de passer par mes mains sans en tomber, seuls 10 ou 12 me semblent vraiment indispensables. Autant, au moins, sont parfaitement dispensables.
Par ailleurs, on note un certain nombre d'inappropriations. Les dictionnaires "Larousse, Robert etc." ne sont pas un livre et je compte sur les doigts de moins d'une main ceux qui les ont lus dans mon entourage. Id. pour "Les albums de Tintin de Hergé" (même si j'adore, si dans l'esprit des sondés, Tintin = la bande dessinée, autant arrêter tout de suite) de parler littérature. Id. aussi pour Les Rougon-Macquart de Zola (que l'actuel locataire de l'Elysée - c'est quand qu'il nous paie son loyer ? - prononce Roujon-Macquart (1)) : les Rougon, c'est quand même un ensemble de 20 romans, dont certains sont cités ailleurs dans la liste.
Enfin, si parmi les livres que j'avoue avoir négligés certains - assez rares dans cette liste - pourraient devenir ou sont déjà des projets de lecture, parfois remis à plus tard depuis bien longtemps (La Bible, Belle du Seigneur, Si c'est un homme, Cent ans de solitude me semblent former une liste exhaustive), la plupart se passeront de moi.
Donc, ceux qui se retrouvent peu dans la liste établie par Lire il y a cinq ans peuvent, néanmoins, faire ou avoir fait une belle carrière de lecteur avisé. Le conformisme, la componction de cette liste est, en effet, assez désespérante et nous renvoie non l'image du meilleur de la littérature, mais de sa moyenne algébrique, prétendument acceptable par tous.
D'une part,
la littérature française, qui n'est certes pas la meilleure du monde, y est invraisemblablement privilégiée. Par ailleurs, au sein de la littérature française, si je vois Hugo et Zola en bonne place, si Flaubert, l'inventeur de la littérature moderne, est cité, que de grands noms manquent, que de grandes aventures littéraires sont négligées. Comment citer Bazin, Frison-Roche, Druon et négliger Breton, Vaillant, Eluard, Apollinaire, Rimbaud, Molière, Proust, Mauriac ? La littérature étrangère est parfaitement absente, américaine, en particulier et le nom du médiocre mais célèbre Steinbeck ne peut cacher l'absence de ceux, prestigieux, de Poe, Caldwell, Dos Passos, Miller (H), Roth, Brautigan, l'immense Faulkner et, plus proches, Harrisson (J), Morrison (T), Auster, Kasischke, Husvedt et l'immense Brett Easton Ellis. Comment citer, comme résumant la littérature policière l'urinaire Agatha Christie (Barbara Cartland, why not ?) et laisser dans l'ombre de leur noire littérature Dashiell Hammett, Raymond Chandler et le thrillant James Ellroy ? Et en dehors de l'Amérique, Dostoîevski, il existe pas ? Et Joyce, et Cervantes ? Et Simenon ?
Si je me suis amusé à retrouver certaines de mes lectures dans la liste "officielle" de Lire (en me demandant, d'ailleurs, si j'avais lu tel ou tel truc, ou non), je me suis encore plus amusé à en dire du mal, d'autant que ça a été l'occasion de vous parler de Sarkozy. Sarkozy est partout. Sarkozy EST TOUT.
(1) Je ne résiste pas à reproduire à ce propos la fin d'un billet de Fabrice Pliskin dans l'Obs en mai dernier : "Et voilà : on publie la liste de ses lectures sur Facebook, on joue le paranjon, pardon, le parangon du bel esprit, et on écorche le nom de la famille la plus populaire de l'histoire de la littérature française. Une famille de grévistes, il est vrai, en butte à Napoléon-le-Petit et au culte de l'argent. A quelques semaines du Bac de français, l'effet est non seulement déplorable mais dangereux pour les jeunes âmes. On commence par commettre ce genre de petite incivilité, et, bête humaine, on finit par siffler «La Marseillaise» et organiser une tournante avec Mme de La Fayette."
La liste des 100 livres préférés des français
(amusez-vous à dénicher vos lectures ou vos lacunes)
- surlignés : je les ai lus,
- barrés, je ne les lirai jamais.
1 La Bible
2 Les misérables de Victor Hugo
3
Le petit prince d'Antoine de
Saint-Exupéry
4
Germinal d'Emile Zola
5 Le seigneur des anneaux de J.R.R. Tolkien
6 Le rouge et le noir de Stendhal
7
Le grand Meaulnes
d'Alain-Fournier
8 Vingt mille lieues sous les mers de Jules Verne
9 Jamais sans ma fille de Betty Mahmoody
10 Les trois mousquetaires
d'Alexandre Dumas
11 La gloire de mon père de Marcel Pagnol
12 Le journal d'Anne Frank d'Anne
Frank
13 La bicyclette bleue de Régine Deforges
14 La nuit des temps de René Barjavel
15 Les oiseaux se cachent pour mourir de Colleen Mc Cullough
16 Dix petits nègres d'Agatha Christie
17 Sans famille d'Hector Malot
18
Les albums de Tintin de Hergé
19 Autant en emporte le vent de Margaret Mitchell
20 L'assommoir d'Emile Zola
21 Jane Eyre de Charlotte Brontë
22 Dictionnaires Petit Robert, Larousse, etc.
23 Au nom de tous les miens de Martin Gray
24 Le comte de Monte-Cristo d'Alexandre Dumas
25 La cité de la joie de Dominique Lapierre
26 Le meilleur des mondes d'Aldous Huxley
27 La peste d'Albert Camus
28 Dune de Frank Herbert
29 L'herbe bleue Anonyme
30 L'étranger d'Albert Camus
31 L'écume des jours de Boris Vian
32 Paroles de Jacques Prévert
33 L'alchimiste de Paulo Coelho
34 Les fables de Jean de La
Fontaine
35 Le parfum de Patrick Süskind
36 Les fleurs du mal de Charles
Baudelaire
37 Vipère au poing d'Hervé Bazin
38 Belle du seigneur d'Albert Cohen
39 Le lion de Joseph Kessel
40 Huis clos de Jean-Paul Sartre
41 Candide de Voltaire
42
Antigone de Jean Anouilh
43
Les lettres de mon moulin
d'Alphonse Daudet
44 Premier de cordée de Roger Frison-Roche
45 Si c'est un homme de Primo Levi
46 Les malheurs de Sophie de la
comtesse de Ségur
47 Le tour du monde en 80 jours de Jules Verne
48 Les fourmis de Bernard Werber
49 La condition humaine d'André Malraux
50 Les Rougon-Macquart d'Emile Zola ??
51 Les rois maudits de Maurice Druon
52 Cyrano de Bergerac d'Edmond Rostand
53 Les hauts de Hurlevent d'Emily Brontë
54 Madame Bovary de Gustave
Flaubert
55
Les raisins de la colère de
John Steinbeck
56 Le château de ma mère de Marcel Pagnol
57 Voyage au centre de la Terre de Jules Verne
58 La mère de Pearl Buck
59 Le pull-over rouge de Gilles
Perrault
60 Mémoires de guerre de Charles de Gaulle
61 Des grives aux loups de Claude Michelet
62 Le fléau de Stephen King
63 Nana d'Emile Zola
64 Les petites filles modèles de la comtesse de Ségur
65 Pour qui sonne le glas d'Ernest Hemingway
66 Cent ans de solitude de Gabriel García Márquez
67 Oscar et la dame rose d'Eric-Emmanuel Schmitt
68 Robinson Crusoé de Daniel Defoe
69 L'île mystérieuse de Jules Verne
70 La chartreuse de Parme de Stendhal
71 1984 de George Orwell
72 Croc-Blanc de Jack London
73 Regain de Jean Giono
74 Notre-Dame de Paris de Victor Hugo
75 Et si c'était vrai de Marc Levy
76 Voyage au bout de la nuit de
Louis-Ferdinand Céline
77 Racines d'Alex Haley
78 Le père Goriot d'Honoré de
Balzac
79 Au bonheur des dames d'Emile Zola
80 La terre d'Emile Zola
81 La nausée de Jean-Paul Sartre
82 Fondation d'Isaac Asimov
83 Le vieil homme et la mer d'Ernest Hemingway
84 Louisiane de Maurice Denuzière
85 Bonjour tristesse de Françoise
Sagan
86 Le club des cinq d'Enid Blyton
87 Vent d'est, vent d'ouest de Pearl Buck
88 Le deuxième sexe de Simone de
Beauvoir
89 Les cavaliers de Joseph Kessel
90 Jalna de Mazo de la Roche
91 J'irai cracher sur vos tombes
de Boris Vian
92 Bel-Ami de Guy de Maupassant
93 Un sac de billes de Joseph Joffo
94 Le pavillon des cancéreux
d'Alexandre Soljenitsyne
95
Le désert des Tartares de Dino
Buzzati
96 Les enfants de la terre de Jean M. Auel
97 La 25e heure de Virgil Gheorghiu
98 La case de l'oncle Tom de H. Beecher-Stowe
99 Les Thibault de Roger Martin du Gard
100 Le silence de la mer de Vercors
28 mai 2009
Joan Didion : L'Amérique (Chroniques)
"Nous racontons des histoires pour nous assurer que nous sommes vivants".
(Joan Didion)
En parcourant les premières pages de L'Amérique (Chroniques), je me suis dit que Joan Didion n'était pas tout à fait une inconnue. Le San Francisco de ses souvenirs ('in "Requiem pour les années soixante'") a moins de fleurs dans les cheveux que de brume dans les yeux. On peut dès lors se rappeler que l'auteure avait écrit le scénario de l'effrayant Panique à Needle Park (The Panic in Needle Park, USA, 1971) de Jerry Schatzberg, plongée compassionnelle mais vertigineuse avec les voyageurs en solitaire d'Heroin Airlines. Au moment où elle écrit les chroniques rassemblées dans ce recueil, Joan Didion aime l'Amérique du Nord comme j'aime l'air que je respire. Comme une insidieuse et dérisoire nécessité vitale.
De quoi s'agit-il ?
Le Monde présente l'ouvrage ainsi : "Publiées aux Etats-Unis des années 1960 aux années 1980, inédites en français, onze enquêtes dans lesquelles l'auteur plonge au coeur d'une Amérique en décomposition tout en découvrant ses propres fêlures." Car la belle (oui, dans mon imagination, cette femme née en 1934 à Sacramento est belle, forcément belle, comme la voiture, la clope, les lunettes noires oubliées dans la boite à gants de la couverture du livre publié par Grasset) chronique l'Amérique, enquête à la manière d'une journaliste, d'une essayiste, d'une romancière, d'une actrice, d'une photographe, d'une femme à l'aise dans son temps comme une jeune fille jetée à l'eau et qui en profite pour apprendre à nager, ça peut servir.
"Culte" aux Etats-Unis, elle est à peine reconnue en France, sinon par un prix Fémina pour le bouquin précédent (L'année de la pensée magique), car peu traduite et peu publiée. Elle serait une des inspiratrices de Brett Easton Ellis et Jay Mac Inerney ce qui ne m'étonne pas vraiment.
Journaliste peut-être, mais qui écrit à la première personne, qui dévoile ses blessures et pratique une langue qui oscille entre étoffe soyeuse et scalpel.
J'ai particulièrement aimé les 205 premières pages, consacrées à la côte Ouest. Non, je mens, je n'ai pas aimé, je me suis introduit dans le livre comme un cafard dans un paragraphe et j'ai voulu vivre ces petites histoires écrites comme de grands romans. Car, évidemment, si La belle a un talent de conteuse journalistique ébouriffant, c'est par son style qu'elle nous achève, nous laisse sonné sur le tapis, à la fois comblé et encore désirant.
Ce journalisme de chroniqueuse nous coule dans l'esprit comme un miel poétique, mais vigilant. Ce titre (Chroniques), on voudrait qu'il soit suivi d'un chiffre ("Chroniques, 1") comme le livre de Dylan, dont le 2 est attendu dans la fièvre.
Pour moi, l'émotion déborde quand, sur le tournage des 4 fils de Katie Helder, au Mexique, elle rencontre (non, elle le croise, elle croise son parcours, elle humanise la légende) John Wayne, fier d'avoir "vaincu le Grand C" -- ce cancer du poumon, qui l'emportera là où s'éternisent les stars. Le grand Wayne, après Jim Morrison l'indifférent ou Charles Manson le monstre et sa cour pourissante.
A partir de l'agression au demeurant banal d'une joggeuse, elle nous raconte New York, avec l'acuité d'Albert Londres et le style narratif de Frédéric Pottecher (pour ceux qui s'en souviennent) et donne au fait-divers la dimension de la ville. Et en racontant New York, elle se dit, elle, avec une langue acérée, précise, objective comme un rapport de police (ou comme la description du lieu du meurtre sadique par James Ellroy), distancée mais impliquée, un style chirurgical mais poétique, un point de vue critique, mais politique. Brillant mais simple. Revenant constamment au sujet mais en empruntant systématiquement des détours supposés, qui ajoutent à l'éclairage du sujet. J'aimerais qualifier la manière de Joan Didion par une image aussi signifiante que "explosante-fixe", mais je ne trouve pas. J'aimerais la citer, mais il me faudrait taper au moins une page et demie et je ne le fais jamais. Alors, j'arrête là.
Lire Didion.
Aimer Didion.
Les Inrocks, toujours aussi pertinents, ont fait de ses chroniques américaines Le livre à lire, pendant plusieurs semaines. Là, je propagande, mais ça ne me gêne pas de propagander quand j'aime, certes, mais que je suis groggy.
Il me reste une trentaine de pages à lire... Putain, j'veux pas que ça finisse. Messieurs-dames Grasset, un volume 2, s'il vous plait ?
Je vous livre un extrait de la première partie, Slouching towards Bethlehem, mais en anglais (j'en profite pour saluer le magnifique travail du traducteur, Pierre Demarty).
Some Dreamers of the Golden Dream
"This is a story about love and death in the golden land, and begins with the country. The San Bernardino Valley lies only an hour east of Los Angeles by the San Bernardino Freeway but is in certain ways an alien place: not the coastal California of the subtropical twilights and the soft westerlies off the Pacific but a harsher California, haunted by the Mojave just beyond the mountains, devastated by the hot dry Santa Ana wind that comes down through the passes at 100 miles an hour and whines through the eucalyptus windbreaks and works on the nerves. October is the bad month for the wind, the month when breathing is difficult and the hills blaze up spontaneously. There has been no rain since April. Every voice seems a scream. It is the season of suicide and divorce and prickly dread, wherever the wind blows."
Lire la suite...
C'est la couverture de ce livre, Maria avec et sans rien qui m'a fait pénétrer le monde si particulier de Joan Didion, il y a deux ans.
D'abord la photo, qui dans cette si belle librairie qui regarde le Conseil d'Etat d'un air insolent, m'a séduit. Puis, la quatrième de couverture : " Maris, 31 ans, est une actrice de seconde zone à Hollywood (...). Pour oublier, pour s'évader, elle sillonne dans sa Corvette les routes arides et sèches de la Californie. Elle pleure souvent au volant, roule des heures entières, mais cette fuite ne mène nulle part. Le désert est partout."
C'est ainsi qu'on devient amoureux.
Quand on veut savoir la suite.
A l'époque, j'avais commencé une chronique, ni terminée, ni publiée avant ce soir. Elle est désormais visible ICI (cliquer, SVP, merci).
12 mai 2009
Welcome to Toni Morrison
La belle, talentueuse, généreuse Toni Morrison nous fait le plaisir et l'honneur d'un passage par l'Europe (dont la France) pour présenter son nouveau livre Un don (A mercy). BONJOUR ET BIENVENUE CHEZ VOUS, MADAME.

Toni Morrison,
femme, noire, combattante, écrivaine,
Prix Nobel de littérature, Prix Pulitzer,
auteure de Beloved (1989), Sula (1992) et Jazz (1998)
Son éditeur, Christian Bourgois, présente le nouveau livre de Toni Morrisson, Un don, à travers les mots de Michiko Kakutani et John Updike :
« Situé deux cents ans avant Beloved, Un don évoque, dans la même prose lyrique et verdoyante qui caractérisait son précédent roman, le monde beau, sauvage et encore anarchique qu'était l'Amérique du XVIIe siècle. Toni Morrison a redécouvert une voix pressante et poétique qui lui permet d'aller et venir avec autant de rapidité que d'aise entre les mondes de l'histoire et du mythe, entre l'ordinaire de la vie quotidienne et le royaume de la fable... Un don, le récit déchirant de la perte d'une innocence et de rêves brisés, est, dès à présent, à ranger aux côtés de Beloved, parmi les écrits les plus obsédants de Toni Morrison à ce jour. » (Michiko Kakutani, The New York Times)
« La force épique avec laquelle Toni Morrison rend compte de l'espace et du temps surpasse encore le talent avec lequel elle décrit ses personnages. Elle excelle à trouver une forme de poésie dans ce monde colonial brutal et décousu, amenant son œuvre au-delà de la simple dénonciation des infamies de l'esclavage et des difficultés d'être afro-américain. » (John Updike, The New Yorker)
Toni Morrison participera cette semaine à plusieurs manifestations
entre Paris et Strasbourg et Lausanne
Allez-y de ma part, merci.
20 novembre 2008
Laura K : une rencontre (suite)
Ici, nous n'avons jamais caché notre admiration pour Laura Kasischke. Hier, les pages se sont envolées et Laura s'est enfin incarnée. Son élégance naturelle, sa simplicité, l'intelligence de ses points de vue, son petit sourire, ses rougeurs parfois ont transformé l'admiration en autre chose. Récit.
Laura Kasischke à l'Imagigraphe, Paris 11e.
La lettre d'information de Christian Bourgois commençait par ces mots : "Suite à la parution de La couronne verte son dernier roman traduit de l'anglais par Céline Leroy, Laura Kasischke vient à la rencontre de ses lecteurs français au mois de novembre."
Venir à la rencontre de ses lecteurs français...Venir à la rencontre, c'était bien la démarche de Laura K. hier soir, lors de la soirée organisée par la librairie l'Imagigraphe à Paris (rue Oberkampf). Une rencontre vraie, qui ne s'est pas réduite pour les lecteurs à faire la queue au fond de la librairie pour enfin obtenir la signature standardisée et automatique d'une auteure en promo.
Nous étions une petite quarantaine de lecteurs fidèles, rassemblés dans une salle en sous-sol décorée par un accrochage de photos (mois de la photo oblige), lecteurs de tous âges sagement (timidement ?) assis face à une table blanche derrière laquelle l'auteur et sa jeune traductrice attendaient de nous rencontrer, que nous les rencontrions.
La rencontre fut d'abord une mise-en-bouche et en-oreille avec la lecture des premières pages de Feathered (titre original de la Couronne Verte) par Laura K., puis du même passage en français par Céline Leroy. L'écriture a pris corps avec une simplicité évidente et gentille. Une première rencontre de ce nouveau roman qui, dès les premiers mots, a tissé les liens indissociables entre l'écriture romanesque et l'écriture poétique de l'auteure.
Cette lecture, moment magique -- à la surprise née naguère de l'enregistrement d'une lecture publique aux Etats Unis piquée à internet s'est mélangé hier le plaisir de voir cette jeune femme lumineuse, au dos bien droit sur la chaise, bien élevée, un peu timide elle aussi peut-être -- a ouvert la voie à un échange réel entre lecteurs et auteur, traductrice et éditeur (Mme Bourgois était discrètement présente, assise sur une marche d'escalier). Qualité de l'écoute de la part de Laura Kasischke, souci naturel d'apporter de vraies réponses, qu'il s'agisse de questions de la libraire ou d'un jeune étudiant qui, délicatement, avait pensé à apporter des roses pour l'écrivaine.
En substance, Laura K. a rappelé quelques principes, essentiels à son écriture. Est-il vraiment nécessaire de connaître les intentions réelles de l'auteur (on pense alors à tout le mystère des images, l'impalpable flou du dénouement de ses romans) ? La place que l'image poétique ("imagery" en VO) tient dans son écriture, qu'il s'agisse de poésie ou de romans. Le besoin de traduire ce qui se cache derrière l'apparence, de traduire l'invisible de manière sensible. L'idée que la mort est dans la vie, que la vie est dans la mort et que l'essence est renaissance.
On pourrait, on devrait lui poser mille autres questions. Mais on est impressionné sans doute, même lors de l'incontournable séance de dédicaces, agrémentée d'un apéritif offert par l'Imagigraphe. Séance de dédicaces qui se déroule dans le même respect d'écoute et d'ouverture, le même souci de rencontre vraie, que l'échange précédent. Nouvel échange : l'auteure interroge alors ses lecteurs français, cherche à en savoir un petit peu plus sur chacun afin de déposer quelques mots personnels sur la première page d'un roman préféré ou, plus rarement, d'un recueil de poésie. Et l'écriture s'incarne, devient Laura Kasischke, auteure, femme, accessible à la main tendue, inaccessible voyageuse d'un Pays des Merveilles. Au fait, les photos mentent. Elle est très belle.
Dernière pensée : et si l'on pouvait être à Bordeaux ou à Toulouse les 20 et 21 au soir pour aller plus loin ?
19 novembre 2008
Dernière minute : rencontrer Laura K.
Pour ceux qui souhaiteraient associer un visage et une voix à la plume de Laura Kasischke, son encre à son écriture, les éditions Christian Bourgois proposent de rencontrer l'auteur à l'occasion de la parution en français de son dernier roman la Couronne verte (Feathered en VO):
Ce soir (mercredi 19/11) à Paris, Librairie l'Imagigraphe (84, rue Oberkampf) dès 19h
Jeudi 20/11 à Bordeaux, Librairie Mollat (15, Rue Vital Carles) dès 18h
Vendredi 21/11 à Toulouse, Librairie Ombres blanches (48-50 rue Gambetta) dès 17h30.
Plus d'info : l'agenda de Chirstian Bourgois
Des nouvelles demain de la soirée à l'Imagigraphe .
17 avril 2008
Aimer Césaire
Aimé

Co-inventeur de la notion de négritude,
avec Léopold Sédar Senghor
(1913 - 2008)
Partir.
Comme il y a des hommes-hyènes et des hommes-
panthères, je serais un homme-juif
un homme-cafre
un homme-hindou-de-Calcutta
un homme-de-Harlem-qui-ne-vote-pas
l'homme-famine, l'homme-insulte, l'homme-torture
on pouvait à n'importe quel moment le saisir le rouer
de coups, le tuer - parfaitement le tuer - sans avoir
de compte à rendre à personne sans avoir d'excuses à présenter à personne
un homme-juif
un homme-pogrom
un chiot
un mendigot
mais est-ce qu'on tue le Remords, beau comme la
face de stupeur d'une dame anglaise qui trouverait
dans sa soupière un crâne de Hottentot?
Aimé Césaire
10 janvier 2008
"Dites-leur que je suis un homme" un livre utile
Un livre que j'ai envie de vous conseiller : Dites-leur que je suis un homme (A Lesson Before Dying), écrit par l'écrivain américain Ernest J. Gaines en 1993, lauréat du National Book Award en 1994.

Dans le plus pur style pompier, l'éditeur français, Liana Levi, le présente ainsi :
"Dans les années quarante, en Louisiane, Jefferson, un jeune Noir démuni et ignorant, est accusé d’un crime qu’il n’a pas commis : l’assassinat d’un Blanc. Au cours du procès, il est bafoué et traité comme un animal par son propre avocat commis d’office devant la cour et, pour finir, condamné à mort. La marraine du jeune homme décide alors que ce dernier doit, par une mort digne, démentir ces propos méprisants. Elle supplie l’instituteur, Grant Wiggins, de prendre en charge l’éducation de Jefferson. Le face à face entre les deux hommes, que seule unit la couleur de la peau, commence alors…"
J'ai lu Dites-leur que je suis un homme d'Ernest J. Gaines, auteur dont je ne savais rien, et malgré une certaine aversion pour les livres à thèse. Ce qui tombe bien, parce que Gaines n'a pas, ici, écrit un livre à thèse. En particulier, il n'y n'est guère question de leçon (le titre original étant A Lesson Before Dying), dans le sens où un maître, qui sait, enseigne à un élève qui ne sait pas, mais d'échanges. D'échanges multiples entre un condamné mutique et un instituteur pas à l'aise dans le rôle qui lui a été confié : faire marcher droit vers la chaise un jeune homme que son propre avocat a traité de cochon. Rencontre entre le même instit' et un des adjoints du shérif qui a su préserver, malgré sa fonction, un minimum d'humanité et d'ouverture à l'autre. Histoire de couple aussi, histoire d'amour complexe sur fond se ségrégation raciale. Histoire familiale, conflits générationnels.
Et contrairement à ce qu'avance la notice de l'éditeur, le procès du chapitre 1er ne finit pas par une condamnation à mort : il commence là. Parce que la victime est un commerçant blanc ; l'accusé, Jefferson, un jeune homme noir. Et ce n'est pas le crime qui l'accuse, c'est la couleur. Ce n'est pas le mauvais homme au mauvais moment ou au mauvais endroit, c'est la mauvaise couleur au mauvais moment. La condamnation à mort est normale, dans la logique des choses.
Ce qui l'est moins, c'est la réaction de la marraine de l'accusée, vieille femme qui sait ce qu'est la souffrance, mais connaît aussi la dignité. Contrairement à ce que dit l'éditeur, elle ne demande à personne de faire l'éducation de son filleul. Elle sait. Elle sait que son filleul, qu'elle a élevé avec amour et qui n'est pas un mauvais garçon, qui n'est pas coupable (et peu importe, d'ailleurs, personne ne se pose vraiment la question, surtout les jurés blancs), elle sait qu'il va mourir par la justice des Blancs. Elle n'écoute pas les débats, elle n'en a pas besoin. Elle n'écoute pas la plaidoirie de l'avocat. Un seul mot traverse la carapace de patience et d'indifférence au mal, résultat de toutes ces années d'esclavage. Le mot "porc". Plaidant l'inhumaine imbécillité de son client qui "n'est qu'une chose pour tenir le manche de la charrue, charger vos balles de coton, couper votre bois, récolter votre maïs", "une chose qui agit sur ordre" et qui serait donc incapable de préméditer un cambriolage et un crime. Une chose ? Voire. "Quelle justice y aurait-il à prendre sa vie ? (...) Enfin, autant placer un porc sur la chaise électrique."
Ceci, la marraine de l'accusé, du condamnné par principe, l'entend mais ne l'accepte pas. Puisqu'ils en ont le pouvoir, les Blancs peuvent prendre la vie de son filleul. Il ne sera pas le premier, ni le dernier. Mais les Blancs prendront la vie d'un homme, pas d'un animal.
C'est un des sujets du livre et le sujet principal : comment rester debout, comment marcher droit ? Comment s'élever au-dessus de la condition d'esclave, que l'on soit un jeune paysan, un instituteur, un pasteur, un adjoint du shérif. Même une bagarre de bistrot nous renvoie à cette question : comment rester debout et marcher droit ? Et à Vivian sa fiancée qui lui reproche de s'être battu en raison d'une provocation raciste ("Tu aurais pu t'en aller"), Grant, l'instituteur, répond "Est-ce que Jefferson peut s'en aller de la prison ?" et tout est dit. Une cellule dans le quartier des condamnés à mort, décor de la tragédie du peuple noir américain, qui n'a d'autre solution que de marcher vers la chaise, en homme ou en animal. L'alternative est mince et le message d'espoir de la fin (une poignée de main entre un homme noir et un homme blanc, tous deux dans le doute et tous deux de bonne volonté) ne fait pas illusion. Le combat sera rude, long, sanglant.
D'autres thèmes traversent ce livre fort, intelligent, jamais caricatural ni réducteur, sur lequel plane le doute, doute de soi, de ses convictions, de son bon droit, de ses propres chances de s'en sortir, même si on a fait de bonnes études. Le débat sur la religion est à cet égard très convaincant.
Voilà un livre qui n'est pas, formellement, exempt de défauts et, notamment, la sobriété de la langue frôle parfois une certaine platitude, ose parfois, au contraire, une certaine pompe toute manucurée, lorsque Gaines perd son calme et se veut trop militant. Mais c'est un détail. Compte-tenu de la force de son sujet (de ses sujets imbriqués et qui se fondent tous dans le sujet principal : comment être debout et marcher droit) et du trajet choisi par l'auteur, linéaire de l'absurde de la condamnation à l'absurde des dernières pages (oui, tuer au nom du droit est une absurdité), Dites-leur que je suis un homme est un livre simplement utile. J'en cite un passage, parce qu'il m'a semblé effrayant : "Où était-il en ce moment ? A la fenêtre, à regarder le ciel ? Couché sur le lit à fixer le plafond gris ? Debout à la porte de la cellule à attendre ? Comment se sentait-il ? Avait-il peur ? Pleurait-il ? Etaient-ils en train de venir le chercher à cet instant ? Etait-il à genoux, suppliant qu'on lui accorde encore une minute de vie ? Etait-il debout au contraire ? Pourquoi n'étais-je pas là-bas, pourquoi n'étais-je pas à son côté ? Pourquoi mon bras n'était-il pas sur ses épaules ? Pourquoi ?".
Ce livre traite principalement de deux des monstruosités qui hantent encore aujourd'hui la "première puissance mondiale" mais qui nous concernent tous : la discrimination faite à certains humains en raison de leur origine et le droit de donner la mort, en utilisant une technique légale, au nom du peuple. En mon nom. C'est pourquoi j'en conseille vivement la lecture. En plus, ce n'est ni compliqué, ni chiant.
Un regard sur Ernest J. Gaines : "Dites-leur..." en contexte
À un journaliste l’interrogeant sur le public qu’il cherchait à toucher, Gaines répondit : "J’écris pour la jeunesse afro-américaine de ce pays, particulièrement dans le Sud, afin qu’elle sache qui elle est et d’où elle vient et en soit fière… [Et pour] la jeunesse blanche de ce pays, particulièrement dans le Sud, car, à moins de savoir qui sont ses voisins depuis 300 ans, elle ne connaît qu’une moitié de son histoire".
Gaines ancre son écriture dans la réalité du Sud, une réalité qu’il a lui-même vécue avant de quitter la Louisiane. Les lieux sont ceux de son enfance dans les années 40 ― le Sud rural, une plantation de canne dans le comté de Pointe Coupee, l’école noire dans une église ―, de même que la société qu’il décrit ― basée sur les lois ségrégationnistes et les convenances tacites issues de l’esclavage ― et la langue de ses personnages. C’est une vision de l’intérieur qu’il nous offre, le point de vue d’un Noir sur l’histoire des Noirs dans la période précédant les mouvements pour les Droits Civiques. Le monde dans lequel Grant, l'instituteur, se débat semble immobilisé par la tradition comme par les lois Jim Crow*, à l’instar de la société dans les états du Sud à cette époque : ségrégation de l’enseignement qui tend à rendre les espoirs d'ascension sociale vains, justice blanche et partiale… On est à moins de 10 ans du début des combats pour les Droits Civiques et, pourtant, la société est figée dans un fonctionnement vieux de plus de 60 ans.
Plus que la ségrégation officielle, ce sont les habitudes et convenances tacites qui paraissent peser le plus lourd : importance de la famille et poids de la communauté (dilemme entre deux nécessités : partir ou rester, fuir ou accepter), maintien, par les usages directement issus de l’esclavage, de la population noire en situation d’infériorité (exactions et intimidation systématique, gestes et attitudes soumis à l’attention des Blancs, dégradants mais acceptés par les Noirs comme une norme).
Coincé dans cette société, Grant apparaît emblématique de ces Noirs éduqués qui se trouvent prisonniers entre leur incapacité à accepter et leur incapacité à tourner le dos à leurs racines. Dans une interview de 1998, Gaines note que, selon Booker T. Washington*, les esclaves nouvellement libérés firent trois choses : ils quittèrent la plantation (au moins temporairement), changèrent de nom (prenant une nouvelle identité) et apprirent à lire et écrire. Grant est passé par ces trois étapes mais, malgré sa nouvelle identité en tant que "professeur", il reste mentalement esclave. C’est seulement en reconnaissant sa parenté avec Jefferson et en retissant le lien qui l’unit à sa communauté qu’il atteint finalement la liberté.
Viviane, sa fiancée, est peut-être le personnage le plus marquant et représente une sorte d’antithèse. Alors qu'elle aurait pu se faire passer pour une Blanche, et échapper ainsi à la loi, elle a fait le choix de se marier tout d’abord avec un homme de couleur, quitte à être rejetée par sa famille. Elle aussi enseigne dans une école noire mais elle l’accepte et le fait avec détermination. Enfin, elle qui n’est pas issue des plantations, mais sans doute d’une famille d’anciens mulâtres émancipés avant l’abolition de l’esclavage, elle choisit de faire le chemin inverse et de se lier à Grant, enfant d’esclaves, de se lier à la communauté de la plantation.
Plus qu’un récit sur l’accession à une mort digne, A Lesson Before Dying est également, et surtout, une leçon de vie, sur l’acceptation d’une identité vraie, condition sine qua non pour accéder au statut d'homme libre ... Rester debout et marcher droit.
*Deux précisions utiles autour de "Dites-leur..."
Jim Crow Laws (1876 à 1965) : Lois votées dans les états du Sud qui définissaient un statut « séparé mais égal » pour les Noirs. En fait, c’est sur elles que reposait la ségrégation dans les écoles publiques, les lieux (dont toilettes et restaurants) et transports publics. A ne pas confondre avec les Black Codes (1800-1866) qui limitèrent les droits et libertés civiques des Afro-américains.
La ségrégation dans les écoles fut déclarée anticonstitutionnelle en 1954.
Booker T. Washington (1856-1915) : Educateur américain, auteur et leader de la communauté afro-américaine après l’abolition de l’esclavage. Ancien esclave, il réussit à suivre des études poussées –- il obtint un PhD [doctorat] –- et fut le fondateur de la première école normale d’enseignants pour les Noirs. Il raconte qu’au moment de s’inscrire à l’école, il s’aperçut qu’il n’avait pas de nom de famille, contrairement aux autres, et s’inventa lui-même son nom, Booker Taliaferro Washington.
Un extrait, dans sa propre langue, des notes de Jefferson (en écho aux questions de Grant) :
im gon sleep a long time after tomoro
[…]
my lite on but they aint no mo lite on in the place an the place is quite quite but nobody sleepin
they got a moon out ther an i can see the leves on the tre but i aint gon see no mo leves after tomoro
i dont kno if they got a heven cause samson say they aint non fo niger but reven ambros say they is one for all men an bok dont kno
i been shakin but am gon stay strong
i aint had no bisnes goin ther wit brother an bear cause they aint no good an im gon be meetin them soon
its quite quite an i can yer my teefs hitin an i can yer my hart
* * * * * * *
when i was a litle boy i was a waterboy an rode the cart but now i got to be a man an set in a cher
dont kno if you can red this mr wign my han shakin an i can yer my hart
i can yer randy but i aint listnin no mo cause he for the livin an not for me
its late an i dont kno what time it is but i kno its late an i jus went to the tolet an i jus wash my face
day breakin
sun comin up
the bird in the tre soun like a blu bird
sky blu blu mr wign
good bye mr wigin tell them im strong tell them im a man good by mr wigin im gon ax paul if he can bring you this
sincely jefferson
A chaque nouvelle lecture, ce texte me fout en l'air.
La chanson a toujours exprimé la douleur des corps et des âmes et c'est d'autant plus vrai du blues. Body and soul. Billie Holiday a écrit et interprété ces fruits étranges qui pendent aux arbres de désolation. C'était généralement un chanson de fin de concert. Nous aimerions qu'il s'agisse une chanson d'un monde disparu. Il est vrai que même au Texas on ne pend plus guère les gens de couleurs. Maintenant on les pique. Comme des chiens. En voici le texte et une version en public.
Southern trees bear strange fruit,
Blood on the leaves and blood at the root,
Black bodies swinging in the southern breeze,
Strange fruit hanging from the poplar trees.
Pastoral scene of the gallant south,
The bulging eyes and the twisted mouth,
Scent of magnolias, sweet and fresh,
Then the sudden smell of burning flesh.
Here is fruit for the crows to pluck,
For the rain to gather, for the wind to suck,
For the sun to rot, for the trees to drop,
Here is a strange and bitter crop.
Dites leur que je suis un homme a été adapté pour le cinéma en 1999, sous la direction de Joseph Sargent, tâcheron vieillissant qui ne restera pas dans l'histoire. Disponible en DVD, mais probablement à éviter.
2 Infos qui réchauffent:
A la mi-décembre, le New Jersey a aboli la peine de mort. «Le New Jersey évolue. Ceci est un jour de progrès pour nous et pour des millions de personnes dans notre pays et dans le monde, qui rejettent la peine de mort comme réponse (..) au meurtre», souligne Jon Corzine, Gouverneur Démocrate, dans un communiqué.
Le 18 décembre, l’Assemblée générale des Nations unies a voté avec une forte majorité une résolution appelant à un moratoire sur l’application de la peine de mort dans le monde. C'était l'objectif de la Journée mondiale contre la peine de mort organisée le 10 octobre dernier.
06 octobre 2007
Lire Laura Kasischke
Laura Kasischke fait partie des auteur(e)s contemporain(e)s qui me passionnent. J'avais l'intention de vous proposer un regard croisé sur les trois derniers romans féminins qui me sont passés sous les lunettes, mais je ne trouve pas, pour l'instant, le temps d'écrire la chronique. Il s'agissait de Jazz de Toni Morisson, de Maria, avec et sans rien de Joan Didion et de Un oiseau blanc dans le blizzard de Laura Kasischke.
Comment donner envie de lire les livres quand on ne trouve pas les mots (ou le temps pour les mots) pour le dire ? Pourquoi pas en donnant accès aux textes des écrivains. Comme je n'ai pas les moyens de recopier ici un livre, voici un poème de Laura K (extrait de son recueil Fire & Flower disponible -- très peu disponible et c'est vraiment dommage -- uniquement en anglais US), texte original, puis traduction. Entrez dans un monde magique.
The baby learns to say baby
Flowering bulbs just under the snow, or under
a parking lot, or sunk into mud, where a house
has been built on the mud, a foundation
laid, rooms
of furniture, embroidered rugs, a roof, and under it
all, the small hard bulbs of blooming
that wait and want
to tear it up. I think
of a boy I knew who changed. He was smashed
on the back of the head with a bottle
one night outside a liquor store. He had
been crazy, and it
was the craziness I'd loved. He'd
kiss my lips in public
with his tongue, but then
for seven months
he was no one, and when, again, he finally was, he
was someone else. A Mormon. A worrior. A wearer
of ties. He'd forgotten everything
about his life
except the final blow, how
a bulb had exploded that
first night in his brain, how it had grown
hot and bright -- brightness
rinsing away
what had accumulated there
through all the years of becoming. And then
the nothing, and then
the waiting. The last
talk we had
was about the Outer Darkness, about
God wanting to pull us out
of Outer Darkness one by one. And also
I think of a girl I knew
who was chased through a field by a man. She
remembered the knife, and the sky, and the sound
of a dog in the distancepanting hard. She ran across the fallen
leaves, because it was autumn, and the air
was a loose
dress of dampness
and a warm breath of rum on her neck. She
stumbled, but got up, kept running, and when
she felt him touch her, when
she could no longer run
or pretend it wasn't what it was, or bear
what it was no longer, she
was laurel, and untouched. And also
I saw a dog hit once
by a truck. Its legs
were loose as rags
As the driver dragged it away. What should I do? I asked
when I pulled over. Nothing, he said, there's no pain
although the eyes of the dog were open, and it heard. Who's
that? I ask
and point to the baby
reflected in the mirror. He pauses. Something
clicks. He looks up. His tiny
tongue’s stuck out like a scrap
of velvet between his lips. Something
struggles, and then
he questions my reflection, thinking
of the word for him, then
looks at the baby again, knowing
the baby for the first time. Baby, he says, and I gasp
at the image
& the word
reversed in my arms. I think of a crow I thought I saw
one afternoon
beating out of a tree, black against
the blank sky, with something
twice its size and also
with wings, and black and its beak. I think
of the Outer Darkness again, how
it hugs the world with thought, the great
forgotten, remembered, wallowing
fluid and physical as a bath in which
dreams, and the weather, and our names float in blood, and how
I didn't believe in it, but that
boy had carried it
a long time in his brain -- a thing
with its own life, but part of him, swallowed
like a god, or a word, or love, or the consciousness
of self, and then
I carry the baby naked to his tub, pour
a palmful of warm
water over his head, wash it, and bless it, and think of who I was.
- - - - - - - - - -
Des bulbes qui fleurissent juste sous la neige, ou sous
un parking, ou engloutis dans la boue, là où une maison
a été édifiée sur la boue, des fondations
posées, des pièces
pleines de meubles, des tapis brodés, un toit, et sous tout
cela, les petits bulbes durs en éclosion
qui attendent et veulent
l’éventrer. Je pense
à un garçon que je connaissais qui a changé. On lui a fracassé
l’arrière de la tête avec une bouteille
une nuit à l’extérieur d’un magasin d’alcool. Il avait
été fou, et c’est
la folie que j’avais aimée. Il avait l’habitude
d’embrasser mes lèvres en public
avec sa langue, mais ensuite
pendant 7 mois
il n’a été personne, et quand, à nouveau, il a enfin été, il
était un autre. Un Mormon. Un inquiet. Un porteur
de cravates. Il avait tout oublié
de sa vie
sauf l’assaut final, comment
un bulbe avait explosé
cette première nuit dans son cerveau, comment il était devenu
chaud et éclatant -- l’éclat
rinçant
ce qui s’était accumulé là
pendant toutes ces années en devenir. Et puis
le rien, et puis
l’attente. Notre ultime
conversation
portait sur les Ténèbres Extérieures, sur
Dieu qui veut nous tirer à l’extérieur
des Ténèbres Extérieures un par un. Et aussi
je pense à une fille que je connaissais
qui a été pourchassée à travers un champ par un homme. Elle
se souvenait du couteau, et du ciel, et du bruit
d’un chien au loin
haletant. Elle
a couru à travers les feuilles
mortes, car c’était l’automne, et l’air était
une robe
vague d’humidité
et un souffle chaud de rhum sur son cou. Elle
a trébuché, mais s’est relevée, a continué à courir, et quand
elle l’a senti la toucher, quand
elle n’a plus été capable de courir
ou de prétendre que ce n’était pas ce que c’était, ou de supporter
plus longtemps ce que c’était, elle
est devenue le laurier, et intacte. Et aussi
j’ai vu un chien se faire renverser un jour
par un camion. Ses pattes
étaient molles comme des chiffons
alors que le conducteur le traînait plus loin. Que puis-je faire ?
j’ai demandé
quand je me suis rangée sur le côté. Rien, a-t-il dit, il n’y a aucune souffrance
bien que les yeux du chien soient ouverts, et il entendait. Qui
est-ce? je demande
et je montre le bébé
reflété par le miroir. Il s’immobilise. Un
déclic. Il lève les yeux. Sa petite
langue rouge pointe comme une bribe
de velours entre ses lèvres. Quelque chose
se débat, et puis
il interroge mon reflet, réfléchissant
au mot qui le désigne, puis
regarde le bébé à nouveau, reconnaissant
le bébé pour la première fois. Bébé, il dit, et j’ai le souffle coupé
devant l’image
& le mot
inversés dans mes bras. Je pense à un corbeau que j’ai cru voir
un après-midi
s’échappant en palpitant d’un arbre, noir contre
le ciel vide, avec quelque chose
de deux fois sa taille et aussi
avec des ailes, et noir et son bec. Je pense
aux Ténèbres Extérieures à nouveau, comment
elles enlacent le monde de pensée, le grand
oublié, remémoré, qui se vautre
fluide et physique comme un bain dans lequel
les rêves, et le temps qu’il fait, et nos noms flottent dans le sang, et comme
je n’y croyais pas, mais ce
garçon l’avait porté
longtemps dans sa tête -- une chose
avec une vie bien à elle, mais qui faisait partie de lui, avalée
comme un dieu, ou un mot, ou l’amour, ou la conscience
de soi, et puis
je porte le bébé
nu jusqu’à sa baignoire, je verse
du creux de ma main de l’eau
tiède sur sa tête, la lave, et la bénis, et je pense à qui j’étais.

Laura Kasischke photographiée en 2002.
Merci à la traductrice
14 septembre 2007
Joan Didion
Le nom de Joan Didion ne m'était pas inconnu, mais quoi ?
Elle n'était plus traduite en français depuis vingt ans. J'avais peut-être vu ce nom dans Les inrocks il y a quelques semaines, ou peut_être dans Actuel, il y a quelques dizaines d'années (salut Jean-François, j'espère qu'on entend du jazz de qualité là-haut ?). Je n'avais pas l'intention d'acheter ce jour-là, quand je suis entré dans cette librairie. Vous savez, une vraie librairie avec de vrais livres, des découvertes possibles, des aventures
C'est la couverture, ci-contre, qui m'a accroché. La photo de cette fille non naturelle, un peu pute, un peu innocente et on ne voyait pas bien si elle était assise sur un chiotte, le slip baissé ou dans la salle d'attente d'un médecin avec juste une jupe courte et la marque d'un bas de soie.
Le titre aussi, très séduisant. Ce n'est pas du tout la traduction du titre original, mais écrit comme çà, sans majuscule, maria avec et sans rien, ça m'interrogeait. J'ai retpourné le livre et lu la quatrième de couverture, ça commençait à bien me plaire, cette jeune femme qui parcourt des kms d'autoroute pour aller nulle part, juste pour rouler, en pleurant parfois, c'était très tentant.
J'avais commencé ce post le 14 septembre 2007, mais ne l'avais ni terminé, ni publié. Depuis, d'autres textes de Joan Didion ont été traduits en français et publiés ici, où elle semble rester à peu près inconnue, sauf peut-être des lecteurs des Inrocks, alors qu'aux Etats-Unis, elle est considérée comme une des "figures de proue de l'intelligentsia américain", je l'ai lu dans un blog.
En mai 2009, terminant la lecture de L'Amérique (Chroniques), j'ai eu envie d'écrire sur Joan Didion et de rechercher ce que j'avais pu publier surr elle. Ce papier, donc, que je mets en ligne ce jeudi 28 mai 2009, vers 21h30, avant de me mettre à table, puis finir ce livre que je vous souhaite, L'Amérique (Chroniques).



