What if it rained We did'nt care She said that someday soon the sun was gonna shine, and she was right
Ce 16 mai, Cannes n'est pas inspirant, je ne ressens rien de l'excitation de l'an passé, même si les sélections hors compète nous révéleront de bonnes surprises qui feront l'année cinéma à venir. Parlons plutôt musique, donc.
Depuis sa sortie en février, un disque ne quitte plus ma platine. J'achète rarement un cd dont je n'ai rien entendu, mais ce jour là, je n'avais pas pu laisser Kisses on the bottom dans les bacs de Gibert Joseph.
Déjà parce que l'image sur le boitier (ce qu'on appelait la pochette, à l'époque des microsillons) est séduisante, avec cette pause de cinéma muet, ce bouquet, ces couleurs blanches, grises et rouges et cet air de grand jeune homme sage, de soupirant poli qui n'aura jamais quitté Sir Mc Cartney, dont on fêtera le soixante dixième anniversaire le 18 juin prochain.
Kisses on the bottom est, par excellence, le disque de la nostalgie, des jeunes années, des musiques un peu surannées mais découvertes avec Daddy, il y a bien longtemps, des musiques de thé et de miel. Le disque, aussi, de la simplicité, voire d'une certaine modestie. Paul Mc Cartney ne pousse jamais sa voix, il la laisse un peu fatiguée, un peu cassée, un peu fragile, comme s'il avait laissé dans un coin perdu de son manoir écossais le secret rock de sa jeunesse qui nous cachait ça : une douceur, une gentillesse, comme une tendre amitié vocale.
A un moment, on n'a plus rien à prouver et ce moment, manifestement, Paul Mc C. le vit avec bonheur, du moins avec sérénité. Ce petit disque, avec ses petits airs entre jazz et variété pop(ulaire), ses petits textes tendres ou amusants, montre, loin d'un Art d'être grand-père, à la Hugo, un art d'être grand et simple, simplement grand, dégagé de toute ostentation. Sensible et nous souriant amicalement.
Avec et sans les Beatles, Paul a montré sa virtuosité, sa capacité à dominer, à être celui qui, dans un choeur, donne le La. Ici, une sensibilité nue, sans affectation, presque sans ambition, nous touche jusqu'à l'intime. On the bottom ?
Histoire de sonner pro, l'affaire est emballée dans un son signé Tommy LiPuma et accompagnée par rien moins que le quatuor de Diana Krall, la Dame canadienne officiant au piano. Que demander de plus à la nostalgie ? Un concert évidemment.
Paul, on t'attend. Même à Bercy.
Comme les produits Beatles et dérivés ne sont pas disponibles chez Deezer, j'ai choisi d'illustrer ce petit billet par un clip, réalisé par Paul Mc et qui réunit deux "stars" libérées, ici, de leurs oripeaux : tutu de cygne noir pour l'une, porté chez Aronofsky et dentition de vampire pour l'autre, à la nouvelle mode Tim Burton. Ça s'appelle My Valentine, titre que je dédie à qui a su l'écouter et en découvrir toutes les subtiles beautés et connivences.
Il faut être con comme un Bayon pour parler, à ce propos, de "cuculterie" (dans Libération du 30 mars).
Et je ne bouderai pas mon plaisir, dans quelques jours, en acquérant la version plus que neuve de RAM (disponible le 21 mai). A noter, outre l'édition pharaonique du Barnum Mc Cartney (101 € pour 4 CD et 1 DVD), que l'édition dite Spéciale de Ram, en double CD, vous coûtera 21,19 € à la FNAC et 17,99 €, livraison comprise, chez Amazon. Je précise que je n'éprouve aucune sympathie particulière pour les requins d'Amazon, mais une sincère aversion contre la FNAC et sa politique des prix (prix relevés le 15 mai, en pré-commande).
RAM était sorti, à l'origine, le 15 mai 1971. Une date, n'est-ce pas ? Bien sûr, je ne l'avais pas acheté. D'une part, je n'avais pas les moyens de tout acheter, d'autre part, cette époque qu'il fallait vivre sans les Beatles, récemment séparés, était évidemment traumatique. Et puis je traversais une période longue de gauchisme aggravé et les langueurs écossaises de Paul (and Linda) Mc C. me touchaient moins que les élans mystico-trotskystes de John L. dont Attica state, titre hommage à la grève des prisonniers d'Attica et Woman is the nigger of the world allaient venir percuter les certitudes bonasses de tous ceux qui avaient pris les Beatles pour des gentils. En attendant, 1971, pour un gros gaucho comme moi, c'était Uncle Albert/Admiral Halsey par Paul le gentleman farmer de Ram contre Power to the people par John le Rouge. Le choix était vite fait.
Ce n'est plus le cas aujourd'hui, à l'heure où la mémoire se teinte de nostalgie. A vrai dire, autant je vais me précipiter sur la rééédition de Ram, autant je pourrais négliger celle d'Imagine, album de 1971 également qui, au fond de moi-même, ne m'a jamais semblé tenir la route.
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(non sponsorisée)
la nuit européenne des musées
sous le signe de bob dylan !
samedi 19 mai de 19h à minuit // entrée libre a la Cité de la Musique.
Dans le cadre de la Nuit Européenne des Musées et à l'occasion de son exposition Bob Dylan, l'explosition rock (61-66), la Cité de la musique règle ses espaces d'exposition au diapason de Bob Dylan.
Le site de l'expo.
Le lien vers le concert Moriarty : Before Dylan
à la Cité de la Musique.
That's all Folks.
Bonne semaine et bonne chance au nouveau gouvernement.
Battre Sarkozy. Votez Hollande. 3. Du Premier au Six Mai, On lâche rien !
Une can de Dr Pepper à la main, un regard vers un vieux post consacrant Dennis Hopper, une oreille pour Marianne (Faithfull), nostalgique, on est juste bien.
Et on se retrouve en plein défilé du Premier Mai. Entre CGT et SUD, une CFDT compacte mais très offensive, les autres syndicats et les partis de gauche, en queue. L'Internationale, reprise un peu partout, des militants de banlieues encore rouges au saugrenu cortège bien rangé dans sa naphtaline des cagots de Lutte ouvrière, dont la montre est toujours bloquée, quel que soit le temps, quel que soit le vent, en 1938. Mais l'Inter n'est pas ce jour-là, la seule, ni même la plus populaire des rengaines révolutionnaires. Le vrai tube, ce Premier Mai 2012, c'est celui-là : On lâche rien !, popularisé entre meetings, festivals, manifs (et campagne de Mélenchon) par HK et les Saltimbanques (album Citoyens du Monde).
Plus proche musicalement de Zebda que du rock, d'une incontestable générosité dont sourd une émotion manifestement sincère à la François Béranger, à défaut de la rigueur d'écriture de Léo Ferré, ce titre, repris avec enthousiasme par les militants, les marchants, les passants, les flanants, est à l'image de la manifestation, populaire, passionnée, indignée, parfaitement politique. Naïve ? Pour autant peut-être que l'utopie se réduirait à la naïveté. La dernière grande manif avant la dernière grande lessive de dimanche prochain. Ils, elles y croient. On y croit. Comment ne pas y croire, d'ailleurs, quand on refuse d'avoir une racine sèche au fond du coeur et un gland à la place du cerveau.
Et les petites clochettes blanches d'espoir du muguet (blanc, vous savez, la page blanche qui reste à écrire, l'histoire à vivre dans l'Histoire) nous fait tourner la tête vers des lendemains qui chanteraient On lâche rien, on lâchera rien, Bordel !
On y était pas par hasard, dans cette manif. Ça avait démarré par une promenade dans le Marais, de la rue Saint-Antoine où nous avons des habitudes nouvelles à la rue du Temple où je viens souvent caresser les débuts de mon histoire, jusqu'à la rue des Rosiers, à la recherche d'une place au soleil Chez Marianne pour prendre un verre à deux comme ça se fait le jour du muguet.
Un peu partout, des traces de la campagne, avec ce montage qui se projette dans l'après 6 mai : que faire des soldes ?

On en tirera pas grand chose...
Auprès d'une banque d'affaires ? Non ? Pas compétent, c'est vrai,
vu l'état dans lequel il laisse la France. Sans compter l'Etat.
D'autres images du passé si proche de la campagne, ext. droite, ext. gauche.
Puis la manif, lyrique, large, longue, déterminée et le bonheur d'être ici, un, une, parmi les autres, à imaginer une Bastille de fraternité. J'en ai ramené quelques images, mais à ma grande honte, j'avoue m'être planté dans certains réglages de mon appareil photo. En voici deux rescapées, de fin de journée.
Un dernier appel avant le Grand Saut en avant (gardons l'espoir en l'avenir, camarades, il semble devant nous), celui qui est passé par ces chers Inrocks. Il s'agit cette fois des intellectuels et des artistes qui nous disent :
Pour les savoirs et la culture,
nous voterons François Hollande
Ca commence ainsi, un peu solennel, mais l'appel est bien :
Nous, citoyens, étudiants, acteurs de l’éducation, des universités, de la recherche, de la médecine, des arts et de la culture, quels qu’aient pu être nos votes au premier tour de l’élection présidentielle, appelons l’ensemble des Français à voter François Hollande le 6 mai prochain.
Nous venons d’horizons différents, nous avons sur bien des sujets des positions divergentes voire opposées, nous ne partageons pas nécessairement toutes les options du candidat de la Gauche. Mais une même exigence républicaine nous rassemble : celle d’un pays uni par sa langue et ses valeurs, fondé dans l’histoire par l’esprit d’égalité et de justice, terre d’accueil à chaque génération.
Dans chacun des domaines que nous représentons – les sciences humaines et sociales, les sciences exactes, la médecine, la littérature, la philosophie, le journalisme, les arts – la France ne serait pas la France si elle avait refusé de s’ouvrir aux autres. La France ne serait pas la France si elle n’avait pas toujours promu les valeurs de l’intelligence, de la curiosité, de la découverte, de la réflexion et de la générosité dans le respect des droits de chacun.
Et ça se termine comme ça :
Le savoir et le partage de la connaissance, sous toutes leurs formes, sont les seuls moyens pour exister et progresser dans le monde d’aujourd’hui. La France ne peut rester grande que par ses valeurs, sa culture, son ouverture au monde. Nous refusons le rétrécissement et l’abaissement intellectuels auxquels on assiste actuellement.
Voilà pourquoi, le 6 mai, nous voterons François Hollande.
C'est signé par un gros paquet d'intellos et d'artistes, certains étant les deux, dont j'aime pour beaucoup (parmi ceux que je connais, oui) le travail. Comme Jeanne Balibar et Robert Cantarella, vus tous deux à la Ménagerie de verre, Jean-Pierre Azéma, Didier Bezace, François Dubet, Louis Garrel, Alain Rey (le Magnifique), Pierre Rosanvallon, Jean Jacques Sempé, Benjamin Stora, Elsa Boublil de France Inter, Anaïs Demoustier, Christophe Honoré, Aldo Romano et tant d'autres sans qui la France compterait moins ou serait moins belle.
La suite de l'Appel à lire ICI, parmi les blogs des Inrocks.
On se quitte avec Charlie et la promesse de dire au petit marquis qui avait juré d'exploser Hollande lors du débat de mercredi (c'est bon de rire), de lui dire dimanche qu'une bonne fois il cesse de nous casser les urnes.
Et on lâche rien !
Battre Sarkozy. Voter François Hollande. 2. Vrai ou faux, le Travail fait son 1er mai.
"Nous allons organiser la Fête du travail, mais la fête du vrai travail, de ceux qui travaillent dur, de ceux qui sont exposés, qui souffrent, et qui ne veulent plus que quand on ne travaille pas on puisse gagner plus que quand on travaille."
Pour cette belle déclaration, le candidat sortant, qui aime les douceurs (le chocolat, les pâtisseries...) mérite un petit cadeau. Aujourd'hui, c'est Marylin Manson qui passe les plats.
Si certains organes de presse ou candidat au premier tour de la présidentielle, voire des intellectuels s'y sont laissé prendre, la supercherie de l'origine pétainiste de la notion de "vrai travail", lancée par Sarkozy au visage des "corps intermédiaires" (les syndicats de salariés, en fait) qu'il a en cette fin de campagne abondamment stigmatisés, aussi fausse fut-elle factuellement, était terriblement vraisemblable. C'est ceci, sans doute, qui gêne dans l'affaire mais qui, aussi, justifie l'activisme naïf de celles et ceux qui s'en sont faits le relais, en toute bonne fois.

L'image de gauche, qui a couru ces derniers temps sur internet,
substitue par photoshopisation le mot "vrai", accolé au mot "travail" par Sarkozy,
à la traditionnelle francisque figurant sur l'affiche originale de 1941.
La droitisation de la campagne du candidat sortant, après la forte radicalisation conservatrice de sa présidence ("autorité", réduction des droits des étrangers, attaques contre les partenaires sociaux, exaltation du mérite personnel, mépris pour la culture etc.) rend au minimum crédible la dérive vichyste dont certains ont pu le soupçonner. Aujourd'hui, son rassemblement de militants UMP au Trocadéro, transgression dangereuse en forme de politisation d'une tradition syndicale jusqu'à présent dévoyée par la seule extrème-droite, ressemble à une déclaration de guerre contre les (syndicats de) salariés. Et au-delà contre le pays, sommé de choisir son drapeau, le rouge n'étant apparemment, comme du temps de la Guerre froide, plus compatible avec le tricolore. Guerre des couleurs à l'époque du grand nettoyage de printemps... Pathétique.
Cette fin de campagne, à droite, sent de plus en plus le marais. Déclarations à l'emporte-pièce (la fameuse apologie des frontières qui détourne, selon celui-ci, le dernier ouvrage de Régis Debray), attaques bas du front contre les media -- de préférence du service public --, mensonges assumés (Sarko nie finalement, mercredi sur TF1, avoir prononcé les mots de "vrai travail". Pourquoi ce mensonge ? Il prétend par ailleurs que Hollande va défiler --ce 1er mai-- "derrière les drapeaux rouges" de la CGT... ce qui n'est pas vrai et serait d'ailleurs, à mon sens, choquant). Dans la cavalcade des arguments-faux-culs, ceux, bien typés des "700 mosquées" qui soutiendraient Hollande, idem du trouble Tariq Ramadan. Bien typée, la rumeur de régularisation de tous les sans-papiers, que j'approuverais plutôt (il faut de temps en temps savoir remettre la situation à plat), mais qui n'est malheureusement pas au programme du candidat socialiste.
Et les sondages montrent que l'écart entre les deux candidats du second tour diminue... Mais enfin, Français, vous êtes maboules ?
De tout ça, et c'est mon droit à la nostalgie, je préfère m'extraire un temps pour revoir ce charmant petit film popu et oublié d'un certain Luis Sasvasky , 1er mai, découvert il y a quelques années à la télévision. Yves Montand y est l'ouvrier tel qu'on aime le voir au cinéma, fils de Gabin et de Gavroche (?), que je rechercherai plus tard dans la journée, lorsque je rejoindrai le cortège syndical à la Bastille.
Au fait, pour celles et ceux qui n'auraient pas encore fait le choix d'un vote (pour les lourdingues, donc), cette info confirmée par le sérieux Huffington Post : Mickaël Vendetta, qui a quand même réussi à élever la bogossitude au niveau de la beaufitude la plus abstraite, confirme qu'il quittera la France si François Hollande est élu. Merci MV (?) de faire ainsi ta campagne personnelle de salubrité publique pour Hollande.
Quant au reste, Kadhafi n'a pas mis un dinar cette année dans la campagne de Sarkozy.
Battre Sarkozy. Voter François Hollande. 1. Les droits des femmes passent par la Gauche
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(ce billet n'est pas sponsorisé)
Contre ce mec là :
Car on ne peut se prétendre président d'une république
Lepenocompatible.
Et en musique :
The times they are a changing. Are not they?
Un appel de femmes et hommes féministes intitulé Les droits des femmes passent par la Gauche a été publié aujourd'hui par Libération. En plein accord avec cet appel, c'est avec plaisir que je le relaie en invitant les lectrices et lecteurs des Petits pavés à le rejoindre.
150 femmes et hommes féministes publient aujourd’hui, mercredi 25 avril, un texte appelant à voter François Hollande. Cet appel, rendu public sur le site de Libération, a été initié par Caroline De Haas, Martine Storti et Françoise Picq et signé par Gisèle Halimi, Annie Ernaux, Zabou Breitman, Françoise Héritier, Philippe Torreton, Laure Adler, Simone Iff, Sylviane Agacinski, Anouk Grinberg, Pap Ndiaye, Michelle Perrot, Philippe Meirieu, Jeanne Cherhal, Fanny Cottençon, Dominique Blanc, Agnès Bihl, Caroline Fourest, Loubna Méliane, Fiametta Venner, Rachel Silvera…
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Nous sommes féministes. Le 6 mai prochain, nous voterons pour la gauche rassemblée, nous voterons pour François Hollande. Nous voterons pour la gauche car elle est notre famille politique. Son histoire, son moteur, son identité, c’est de placer l’intérêt général avant les intérêts privés, la raison au-dessus des croyances ou des préjugés, c’est de faire reculer les oppressions et de construire une société où les dominations de toutes sortes n’auront plus leur place. La gauche est une alliée intrinsèque de la lutte des femmes pour leur libération parce qu’elle a pour but l’émancipation de chaque individu. Ces cinq dernières années, le lien social a été affaibli, les inégalités se sont développées. Les femmes ont payé le prix fort des mesures libérales mises en œuvre par Nicolas Sarkozy : réforme des retraites, fermetures de centres IVG, recul de la parité, augmentation de la précarité du travail, féminisation de la pauvreté… Il est temps de changer de politique, pour les femmes comme pour la société toute entière. L’amélioration réelle de la vie des femmes passe par des mesures spécifiques mais aussi par des politiques publiques qui visent le progrès social, par une plus juste répartition des richesses, le maintien et l’amélioration des services publics. A de nombreuses reprises, la gauche a soutenu les mobilisations féministes. Elle a prouvé qu’elle pouvait mettre en œuvre des politiques progressistes et favorables à l’égalité entre les sexes et à la liberté des femmes. L’arrivée de la gauche au pouvoir est une condition importante de l’égalité entre les femmes et les hommes. Mais nous savons aussi que les mécanismes de domination, multimillénaires, d’invisibilité des femmes et de résistance à leur émancipation et à leur libération, sont puissants. Le candidat de gauche devra les combattre. Nous comptons sur lui. Nous serons là pour lui rappeler ses engagements, le soutenir quand il voudra lutter contre le patriarcat, et le bousculer si les vieux démons reprennent le dessus. La promesse de François Hollande de rétablir le ministère des Droits des Femmes, dans un gouvernement paritaire, est un engagement majeur. Ce ministère, en travaillant avec les associations féministes, devra être un outil politique déterminant pour faire reculer les inégalités et inventer une autre société. Nous affirmons la dimension profondément politique du féminisme. Nous attendons une remise en cause de cette organisation sexuée de la société qui crée et perpétue des inégalités intolérables entre les femmes et les hommes. Voter à gauche, c’est refuser l’assignation à des rôles pré-établis, c’est parier sur la raison et la capacité de chacune et chacun à s’extraire de sa condition pour devenir maître de sa vie. Voter à gauche, c’est parier pour un monde nouveau, dans lequel les droits des femmes passeront des textes de lois à la réalité. Nous appelons toutes celles et ceux qui veulent que les droits des femmes retrouvent le chemin du progrès à se rassembler dans un vote de gauche, à voter François Hollande.
Je signe l’appel
Tiens, des élections en 2012 ? Et autres billevesées.
J - 1, bigre !
J'aurai réussi à jouer l'indifférence jusqu'à J - 1 (Bigre, parconséquent), mais là je ne tiens plus. Je ne tiens en fait pas plus que ça à voir mon Petits Pavés rangé parmi les blogs de pouffes, abstentionnistes par essence qui se consument d'aise dans la contemplation de leurs jolis ongles réticuleusement manucurés, employés à étreindre le dernier bagel à la mode testé dans une bonbonnière à bouffe au nom à consonnance forcément américaine (du Nord), immédiatement instagrammés pour la postérité et enfin révélés au monde entier ébahi ("je veux trop les mêmes" minauderont les commentaires), dans une flaque de fautes d'orthographe ou de français. Je ne suis pas et ne serai pas abstentionniste. Le droit de voter est un bien collectif trop cher pour être négligé, comme le droit de s'exprimer sur internet est trop précieux pour être galvaudé.
Mais j'avoue un certain désarroi au moment de choisir mon bulletin. Il y a cinq ans, le vote Ségolène s'imposait comme la voie royale pour la raison, pour qui se souvenait d'un certain 21 avril noir. Cette fois, il semble que le candidat de la gauche consensuelle a plus que toutes les chances de l'emporter, du moins au second tour. Encore faut-il qu'il ne se jospinise pas au premier, mais tant les sondages que la rumeur publique (qui enfle, me semble-t-il) tendent à montrer que c'est impossible, tant la distance entre les deux candidats poids lourds et les autres est importante. Alors...
Alors, je voterais bien Mélanchon. Un SMIC à 1700 € ne serait pas du luxe, quand tu vois le prix d'une corbeille à l'Opéra Garnier, théâtre national participant, donc, du service public de la culture. Et si BVA ne se trompe pas, il serait à 14 %, soit au niveau exact (en nombre de voix, pas en qualité philosophique) de la blondasse fachoïde. Un petit coup de pouce pour qu'il la dépasse (pas en qualité humaine, en nombre de voix), quitte à lui marcher sur la choucroute au passage, ferait du bien au moral : Mélanchon, le Troisième homme, comme dans le film, ça aurait de la gueule, non ? Oui mais... A propos de films, Allociné a dévoilé, avant le casting de Cannes, la liste des films préférés des candidats (voir ICI pour rigoler). Et si La Méluche est un intello, ce n'est pas vraiment un cinéphile, sauf à soupçonner chez lui un consensualisme étrange. Bien sûr, ses choix ne sont pas aussi ridicules que ceux de Sarkozy, qui ne craint pas de citer Dreyer et Lubitsch, ce qui est un peu loin du Fouquet's et de la Mireille Mathieu de sa Concorde à lui. Pour Lubitsch, le candidat sortant précise même "les films muets de Lubitsch"... L'Éventail de Lady Windermere, par exemple. Quand on sait que ce film aurait été le dernier vu par Claude Chabrol avant de passer de l'autre côté du scénario, on frémit.
Bref, si on oublie sa dilection pour Out of Africa, Mélanchon apparaîtrait comme le vote utile de gauche, pour la gifle possible
dans la tronche de J'suis dans la Marine, touche mon teuton. Et puis, marquer un peu Hollande à sa gauche pourrait aider à éviter les effets détestables mais probables de son élection, dans la veine un peu godiche des "déçus du socialisme" de 81.
Mais si je m'interroge au plus profond de moi (non, ne regardez pas, c'est très privé), je suis obligé de me demander : certes, Mélanchon est un intellectuel, un tribun et un homme décidé (et probablement droit), mais ai-je, fut-ce juste un peu, de sympathie vraie pour cet homme arrogant, cassant, hugolien ?
Alors, voter pour Eva Joly, pour sa gentillesse et son charme naturel, sa probité, pour avoir dit lors de son meeting de jeudi soir au Cirque d'Hiver, en réponse à une certaine Marine LP, ces phrases très belles, sans doute les plus belles de cette campagne :
« J’ai vu le courage et j’ai vu la beauté de notre nation. Nation citoyenne que je veux débarrasser définitivement de la fiction infâme de la race. (...) Nous sommes chez nous, nous les Français et les Françaises, Métèques venus des quatre coins du monde pour faire la France, nous les métis et les métisses, nous les immigrés qui travaillons sur les chantiers et nous cassons le dos pour ériger des bâtiments. Nous sommes chez nous, nous les Bretons, les Corses, les Occitans, nous les Polaks, les Portos, les Ritals et les Espingouins, nous les Youpins, les Nègres, les Bougnoules. Et nous, les Norvégiennes ménopausées... »
La grande presse aura sans doute retenu, pour l'essentiel, le dernier membre de phrase et c'est dommage.
Voter Hollande dès le premier tour ? Je n'y manquerai pas si les sondages publiés samedi ou dimanche par la presse étrangère laissent le moindre doute sur sa présence au second tour.
Si vous êtes comme moi et que vous recherchez de bonnes raisons de voter (dimanche) pour un candidat en particulier, le Quizz du Monde, qui est plutôt bien foutu, est fait pour vous : vous saurez, en choisissant les propositions qui vous séduisent le plus, le programme électoral dont vous êtes le plus proche. Pour moi, (à en croire Le Monde), le tiercé gagnant est : 1. E. Joly, 2. Ph. Poutou (?) et 3. F. Hollande... Mais le choix d'un candidat se fait-il réellement en fonction d'un programme ? Et ai-je toujours bien compris les propositions du quizz ?
Pour agrémenter la lecture de ce billet, je vous propose d'écouter la dame qui chantait dans les étoiles et qui n'eut pas besoin de monter au ciel pour être un ange.
Depuis quelques semaines, je réécoute beaucoup Ella Fitzgerald, avec une émotion teintée de nostalgie, mais également une admiration sans bornes. Sa façon de faire de la musique et du sentiment avec sa voix et sa propre émotion, sa passion (ou son humour, c'est selon) ressemblent souvent à une leçon, dont l'écoute est toujours bénéfique aux jeunes générations comme aux autres.
J'écoute en particulier deux concerts "historiques" : Ella at The Opera House, enregistré à Chicago en 1958 avec un quartet dirigé par l'immense Oscar Peterson : Oscar Peterson (Piano), Herb Ellis (Guitar), Ray Brown (Bass) et Philly Jo Jones (Drums) ainsi que Ella in Berlin, enregistré en 1960 avec un quartet composé de Paul Smith (piano), Jim Hall (guitar), Wilfred Middlebrooks (bass) et Gus Johnson (drums). La légende veut qu'Ella improvisât les paroles de Mack the knife (concert de Berlin) parce qu'elle en avait oublié le texte. Le même concert comporte avec How high the moon une sorte de manifeste scat qui culmine avec la brève évocation de Smoke gets in your eyes qui mouille toujours les miens.
Si vous avez cliqué le lecteur Deezer, vous entendez la version berlinoise de Misty, thème de Johnny Burke et Erroll Garner qui a inspiré indirectement au réalisateur Clint Eastwood son premier film (Play Misty for me).
Comme vous m'avez lu jusqu'ici, j'aimerais récompenser votre patience en vous offrant justement How high the moon, dans l'enregistrement de 1960 à Berlin. Swing !
A Marseille, il se passe toujours quelque chose et en ces temps où se dévoile la passionnante partition qui sera jouée à Cannes (dès la fin des Présidentielles et juste avant Roland Garros -- ne pas relâcher la pression !) on annonce du 21 (samedi) au 24 (mardi) avril, le Festival du Film Chiant.
Comme le proclame son affiche, ce festival s'attachera pour sa première édition à montrer et promouvoir un cinéma muet, égocentrique, trop long, court, expérimental, amateur, contemplatif, lent, social, art-vidéo, immature, low-fi, non narratif, politique etc. Tout ce qu'on aime, ici... On relève au long-court d'une programmation plutôt modeste en nombre de films le classique absolu Häxan, la sorcellerie à travers les âges, film dano-suédois de Benjamin Christensen (1922), doublé d'un accompagnement musical, Fenming, chronique d'une femme chinoise et (surtout ?) le court (40 minutes environ) Ce qu'il restera de nous, tourné dans l'urgence par l'étonnant Vincent Macaigne.
Justement, ici, on s'intéresse au cinéma et on a eu l'occasion de dire une partie du bien que l'on pense de Macaigne, homme de théâtre et de cinéma, acteur, réalisateur, metteur en scène et auteur dont le Festival (chiant également) Etrange Cargo, à La Ménagerie de verre, présentait récemment En manque, d'après Crave de Sarah Kane. Que dire de cette pièce, dont la violence assumée cache mal une exacerbation des sentiments, sinon que l'auteur-metteur en scène-acteur-accessoiriste nous a également placés... assis sur une table de bois. C'était une très belle soirée.
Ciné + Club diffuse actuellement Un monde sans femmes de Guillaume Brac, que nous avons revu récemment, prenant mieux conscience que la première fois, en salle, du talent d'acteur de Vincent Macaigne, aussi doux, attachant et empoté ici, qu'il peut se montrer guerrier, agressif (en apparence du moins) et d'une noirceur profonde dans ses propres productions.
Pour les abonnés et ceux qui ont un(e) copain-copine pour le leur enregistrer, Un monde sans femme sera rediffusé lundi 23 à 18h50 et mardi 24 à 7h55 (puis sans doute à d'autres dates), accompagné du court Le naufragé, complément indispensable, également signé Brac et interprété par Macaigne.
Le site du Festival du Film Chiant, pour tout savoir.
En deux mots, les trois films que j'ai vraiment aimés ces dernieres semaines : Week end, un film d'amour social et sentimental de Andrew Haigh, Twixt, le nouveau Coppola (c'est tout dire) et Trabalhar cansa (travailler fatigue, littéralement), film brésilien de Juliana Rojas et Marco Dutra, malin et inquiétant.
Dimanche, selon l'expression consacrée, VOTEZ DUR, VOTEZ MOU, MAIS VOTEZ DANS LE TROU !
Dylan, l'explosion Rock. #1 Moriarty à la Cité de la Musique : la vraie classe
La Cité de la Musique consacre à Bob Dylan, ("l'explosion rock 61-66"), depuis le 6 mars et jusqu'au 15 juillet prochain une exposition qui me procure à l'avance un vrai plaisir et sera l'occasion de revenir ici, en deux ou trois tempos d'énergique nostalgie, évoquer cet artiste singulier, chanteur, poète, auteur-compositeur, écrivain, peintre et cinéaste (et homme de radio et clown céleste) qui a, il fut un temps, orienté ma vie et ma façon de voir (la vie).
Bob Dylan, autant et peut-être plus que les penseurs de profession (Marx, Sartre, Debord), les politiques (Guevara, Ho Chi Min, Mendès) ou les autres artistes (Ferré, Lennon, Godard) a participé à la formation morale, esthétique et sentimentale de cette génération qui se reconnaitra dans le remue-méninges de 1968 (ne sommes-nous pas le 22 mars ?). Dylan a plaqué ses accords sur nos émissions séminales et nos redditions politico-philosophiques, il a enroulé dans ses phrases labyrinthes nos liaisons amoureuses et nos rencontres citoyennes, il a enduit de blues un peu sale nos espoirs enfouis dans ces gros sacs de réalité dégueulasse, dans ces perspectives aveugles tranchées d'un coup de cutter sanglant.
Il a été présent.
Je dédie ce papier et ceux qui suivront à Gilles le coiffeur poète, à Jean-Marie aux cheveux rouges d'impatience, à Jean-Pierre aux lunettes cerclées de douceur.
La première occasion d'évoquer ici Bob Dylan est le concert de Moriarty, Before Dylan, donné le 8 mars dernier à la Cité de la Musique, en accompagnement de l'exposition. Le groupe franco-américain de Rosemary Standley, répondant à une commande de la Cité, a présenté un programme non pas composé de titres de Dylan lui-même (ce qui aurait été un peu facile, peut-être et sans doute moins fécond) mais des racines, influences, prémisses du Grand Bob. Ce qu'on connaissait sans doute un peu, mais peu justement. Des titres folk, country, blues, rock, de Big Joe Williams (j'ai une faiblesse pour la reprise du Baby please don't go fidèle à une des versions signées Dylan) à Woody Guthrie, bien sûr, mais aussi Hank Williams ou Chuck Berry et évidemment Joan Baez (j'ai une faiblesse, également, pour la reprise toute en finesse humoristique de Mattie Groves). En près de deux heures d'un concert intense et élégant, Dylan sera cité deux fois (Subterranean homesick blues et A hard rain's a gonna fall, en medleys). Quant au reste, ces chansons de gamblers, de ramblers, de marins, d'ouvriers agricoles et de mineurs, de poivrots et de clochards célestes sont magnifiées par la beauté classieuse de la voix de Rosemary Standley, de son maintien, de sa hauteur, de son (encore) élégance aristocratique et par la précieuse précision des arrangements.
Pour celles et ceux qui n'étaient pas à ce concert, voici la vidéo de ce très joli moment d'hommage à la musique populaire américaine, piquée au site Arte Web. En cas de rupture du lien, on peut profiter, in-extenso aussi, de ce merveilleux moment ICI, avec la possibilité d'isoler un titre.
Outre une tournée que j'aurais aimé rattraper (je n'ai jamais écouté Moriarty dans son propre répertoire, sinon en disque), l'actualité du groupe s'étendra à la rentrée au théâtre. Le Théâtre de la Bastille présentera en septembre Memories of the missing room, inspiré à Marc Lainé par le deuxième album de Moriarty.
Rien à voir mais,
au fait, je tiens à exprimer ici que cette semaine, je trouve l'affiche de Charlie Hebdo très con. Au pire, ce dessin de Luz est une saloperie. Si l'équipe actuelle de Charlie voulait montrer la distance entre le triste torchon qu'il est apparemment devenu et son ancètre Hara-Kiri Hebdo, définitivement interdit après son assourdissant "Bal tragique à Colombey" (qui valut à celui-ci une interdiction définitive en novembre 1970), c'est gagné.
Certains jours, la connerie d'une certaine extrème gauche le dispute à la connerie habituelle de l'extrème droite. Et c'est insupportable. Ceci étant, l'exploitation de la tragédie de Toulouse par une Le Pen qui en profite pour convoquer le rétablissement de la peine de mort (via un référendum, donc en comptant sur ce que nous transportons en nous de plus nauséeux) est à vomir.
A bientôt.
Le marin masqué à la télé
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montrera aux téléspectateurs
le Vendredi 9 mars 2012
à 00 heure 35
Un court extrait :
Où sont les femmes ? (suite et fin : Macaigne et Letourneur sont, etc.)
Un peu de musique sans grand rapport avec la suite de ce billet, pour rappeler aux plus fidèles (hé, salut toi) le peut-être bon temps de La séance du mercredi. Et un concours par la même occasion : dans quel film distribué en 2011, entendait-on Joséphine Baker roucouler La conga Blicoti ? Que voici :
Non, on ne gagne rien, sinon le plaisir de se tartiner la mémoire d'une nostalgie sucrée qui fait du bien.
Ce billet est dédié à Erland Josephson, acteur et compagnon d’Ingmar Bergman, du premier film de celui-ci (Il pleut sur notre amour, 1946) au dernier (Saraband, 2003). Cet acteur de cinéma, de théâtre, également écrivain et réalisateur, né en 1923, est mort en février dernier.
Acteur majeur de la fantasmagorie bergmanienne, Erland Josephson a apporté son intelligence malicieuse et la subtilité de son jeu à d’autres grands cinéastes, comme Tarkovski (dans Le sacrifice et Nostalghia) et Angelopoulos (Le regard d’Ulysse).
Photo : Scènes de la vie conjugale (1973) d’Ingmar Bergman avec Liv Ullman.
Le billet précédent (Où sont les femmes ?), outre une manifestation d'animosité bien compréhensible envers un film qui prétend nous montrer l'humanité de Thatcher en vieille peau imbibée et tenant
des discours à son défunt mari, saluait la fraîcheur d'un nouveau cinéma français au format court : Un monde sans femmes (58 mn) de Guillaume Brac avec Vincent Macaigne, Laure Calamy et Constance Rousseau, complété en salle par le court-métrage Le naufragé (24 mn) du même Guillaume Brac avec le même Vincent Macaigne (dans le même rôle), ainsi que Julien Lucas (que l'on retrouvera prochainement chez Mlle Despentes dans Bye bye Blondie). Histoire de défendre le court qui fait du bien, j'évoquais dans le même billet Le marin masqué (36 mn) de Sophie Letourneur avec Elle-même et la pétillante Laetitia Golfi, vue précédemment dans La vie au ranch, de la même Sophie Letourneur.
Quelques mots d'actualité afin de compléter ce billet. Tout d'abord, Thatcher est toujours là, n'ayant pas eu l'élégance délicate de Erland Josephson (elle fut d'ailleurs une piètre politique, là où il fut un grand acteur, or, c'est bien connu, comme on fait son lit on se couche).
Ensuite et surtout, deux très bonnes nouvelles pour les amoureux du cinéma (et du théâtre) :
Le premier film de Vincent Macaigne, Ce qu'il restera de nous (avec Laure Calamy), Grand Prix du Court-métrage et Prix Télérama du Festival de Clermont-Ferrand, peut être vu en salle (au MK2 Beaubourg, à certaines heures seulement, mais Un monde sans femmes y étant encore distribué, il doit y avoir moyen de se faire un petit festival Macaigne ; or, ça vaut le coup -- je sais, ce plaisir raffiné est réservé aux parisiens, le film n'ayant pas encore trouvé de distributeur). Attention, sortir couvert, les 40 mn de ce film décoiffent.
Pour ceux qui s'intéressent à Macaigne, réalisateur, acteur, mais aussi auteur et homme de théâtre, il sera présent du 3 au 6 avril prochain au Laboratoire de création de la Ménagerie de verre, pour un événement entre danse et théâtre inspiré de Manque (Crave) de Sarah Kane.
Sur le site de la Compagnie Macaigne (car L'artiste ne saurait vivre en solitaire), on peut lire "Dans un théâtre qualifié de démesuré, d'outrancier et de fulgurant, les acteurs, les images, la lumière et le son travaillent à faire surgir du mythe et du poétique la violence du réel et du quotidien". Ne pas trop se fier au personnage bonnasse qu'il interprête dans Un monde sans femmes : Vincent Macaigne n'est pas un tiède.
Manque
de Vincent Macaigne adapté de Crave de Sarah Kane
avec Aina Alegre, Isabelle Kürzi, Emmanuel Matte
les 3, 4, 5, 6 avril (20h30)
Ménagerie de Verre
12/14 rue Léchevin, 75011 Paris (métro Parmentier).
Quant au film de Sophie Letourneur, Le marin masqué, il sera diffusé par Arte le vendredi 9 mars prochain (gratuitement) à 0 h 35 (soit, en fait, samedi matin). Attention, Arte annonce qu'il n'y aura pas de rediffusion. C'est donc une occasion unique de voir ce film unique, tant par son image au noir et blanc outrageusement vignetté, prise dans des halos à la Louis Lumière, son dialogue/monologue au débit à feu continu, sa fantaisie loufe, comme si le cinéma se réinventait dans l'image inverse d'une flaque d'eau où plongerait une compagnie de reinettes.
Le marin masqué n'est pas un chef d'oeuvre, c'est beaucoup mieux, l'expression de multiples talents en construction.
Deux photos du film :
Voir le site d'Un monde sans femmes, ICI.
Voir le mini-site du Marin masqué, ICI chez Shellac.
Où sont les femmes ?
Je voulais ne plus écrire sur le cinéma pendant un temps, consacrer au moins deux ou trois billets à d'autres thèmes, de façon à restituer à ce blog son caractère généraliste d'antan. Il est vrai que le cinéma prend presque toute la place ici, un peu comme si'l
m'occupait à temps plein, alors que non. La musique, la danse, le théâtre, l'internet me soucient également, pour ne rien dire de la sphère purement privée de mon existence, ni d'ailleurs purement publique. Ainsi j'aurais aimé écrire sur les raisons pour lesquelles je n'écris rien touchant à la présidentielle,alors même que j'y consacrais une rubrique entière il y a cinq ans. J'ai en vue (ce qui est plus que "j'aurais aimé écrire") un billet me permettant de m'émerveiller de la liberté d'expression presqu'indécente qu'offre internet aux personnes ayant envie de s'exprimer, mais de me montrer navré de l'usage que certains (beaucoup devrais-je dire) en font, un billet que j'aimerais intituler "bloguer est affaire de morale" (oui, le cinéma, encore), le genre de truc à retombées possibles, du genre : tu risques quoi quand tu pisses en l'air (ou contre le vent, ça le fait aussi) ? Une fois encore, j'aimerais taper sur les Césars et leur sélection centriste. En fait, souvent je commence un post sans lien direct avec le ciné et, paf, impossible de le terminer, pas le temps ou pas assez d'intérêt pour la chose. Ou encore une urgence vient démolir mes velléités de diversification.
Donc, c'est décidé, je me préoccuperai dès que possible d'autres divertissements que le cinéma, mais pas aujourd'hui. Car aujourd'hui (en fait, c'est pas aujourd'hui mercredi 15 février, date à laquelle je commence ce papier, c'est plutôt par les temps qui courent) il se passe au cinéma, c'est à dire qu'il passe dans les cinémas, concomitamment, ce qui m'y passionne le plus et ce qui m'y débecte le plus. En outre, ce n'est pas étranger à mes envies d'étrangler certains internautes qui commentent abondamment l'un et ignorent piteusement l'autre. Donc, voila.
Après Iron Man 1 et 2, voici La dame de fer. Non, ce n'est pas l'épouse de Robert Dacier, curieusement surnommé en France L'homme de fer (inoxydable Raymond Burr en super flic monté sur fauteuil roulant, sort mérité après avoir terrorisé James Stewart, lui-même handicapé dans Fenêtre sur cour, mais c'est une autre histoire), c'est juste Thatcher, dont l'intérêt de déballer la vie insipide et un peu crade de chieftaine scoute mal baisée et se vengeant de ses avanies politico-mondaines honteuses en ruinant la vie des honnêtes gens ne relevait pas de l'évidence. Mais crise de scénario oblige, le ciné ricain friqué déballe les histoires de chiottes des autres pour faire du pognon facile et, évidemment, sans odeur.
Donc, on nous tire la larme en nous montrant Madame Kapo quelques années plus tard, noyée dans le gin et bloquée dans le temps par Captain Heilzeimer. Et on nous vidange les sentiments et le porte-monnaie en nous en mettant plein la vue de l'approche de sa mort dégueulasse (au fait, Thatcher, ça vient ?! on va pouvoir enfin tirer la chasse ?). Le plus dégueulasse, c'est l'utilisation du cinéma pour "humaniser" la dame, pour la rendre quasi-sympathique alors qu'elle peut être au mieux pathétique. Et on fait appel pour ces basses oeuvres à l'actrice à effets la plus ringarde d'Hollywood. On se demande à son propos comment, dans une filmo enlisée entre le lamentable Out of Africa et Mamma Mia et semée de bûches, Meryl Streep a trouvé le temps et l'énergie d'être à ce point touchante dans Les routes de Madison. L'effet Clint ?
Pour en finir avec les vieux os marécageux de Thatcher, je dirai juste que ce film qui humanise cette cheffe d'Etat qui n'a rien montré d'humain lorsqu'elle était aux affaires est une mauvaise action. D'ailleurs, après avoir humanisé Thatcher, le cinéma à pognon et gros effets pourrait nous livrer les peines de coeur de Pinochet, les ennuis gastriques d'Idi Amin Dada ou, peut-être, relativiser l'image trop noire d'un Hitler qui a, certes, commis des erreurs, mais a su imposer le plein emploi en Allemagne. Idée : et si Hitler n'était pas mort dans son bunker, s'il vivait des jours pénibles, le corps tressautant au rythme de parkinson, entouré de sa gentille famille propre sous elle, si on embauchait un acteur sympathique, Kad Merad ou Ryan Gosling par exemple, pour l'incarner, on pourrait revisiter l'histoire de manière sympathique et faire un gentil film populaire, cette fois en 3D, en misant non sur l'alzheimer, mais sur l'oubli des spectateurs...

Obsèques de Bobby Sands, une des victimes de la dame de fer
Pour en savoir plus sur Thatcher, voyez plutôt le glaçant Hunger de Steve Mac Queen (2008) avec Michael Fassbender qui retrace, sans démagogie ni facilité, le destin des militants de l'IRA qui, autour de Bobby Sands (1954-1981), ont engagé une grève de la faim et sont morts les uns après les autres (10 en tout) face à l'indifférence de la dame au coeur de ferraille. Ceux qui vont s'émouvoir devant la vieille dame qui perd la boule et ses légumes et asséchant des bouteilles auront peut-être une pensée pour ces jeunes gens sacrifiés.
J'ai l'impression d'avoir passé trop de temps à évoquer ce triste produit du conformisme le plus rance que peut produire la rencontre entre le dollar et la vieille (et toujours perfide ?) Albion. Venons-en à quelque chose de frais, de beau, de neuf, Un monde sans femme de Guillaume Brac avec Vincent Macaigne, Laure Calamy et bien d'autres.
Ce film semble né d'un désir. Brac et Macaigne avaient collaboré à un court métrage (diffusé en complément d'Un monde sans
femmes) montrant un Macaigne balourd, engoncé dans ses complexes, ses envies et ses renoncements, sympa mais sans plus, se portant au secours d'un cycliste naufragé de la piste, personnage ballot, empressé, mais traînant quelque chose de dérangeant. Le personnage est repris dans un moyen métrage (56 mn), tous traits inquiétants gommés. Sylvain est un brave type, plus qu'un pauvre type, complexé et inapte à agir, mais soulevé par une bonne volonté qui transporterait les montagnes, s'il ne s'agissait, juste, d'accueillir deux aimables touristes du genre féminin dans sa résidence secondaire transformée en gite d'été.
On a un peu trop référencé le style de Brac/Macaigne (il est des acteurs qu'on associe spontanément à la réussite d'un film) en leur faisant porter les costumes de Jacques Rozier et Eric Rohmer. Jean Eustache, un peu aussi. Pourquoi pas, mais les références ne doivent qu'éclairer un film, pas l'écraser. Et Un monde sans femmes tient debout sans béquilles, sans jeu de référencement, sans recherche académique.
Nous sommes en Baie de Somme à la belle saison et des plages aux supermarchés, des bistrots à LA boite de nuit où on s'ennuie à draguer ou à se mettre minable, Guillaume Brac filme les gens comme ils sont, sans héroïsme particulier, sans tare distinctive. Ils sont, cet été là, en équilibre entre un passé qui les plombe et un avenir possible. Ils sont vrais, on les croise tous les jours ici et là
sans y faire attention, mais ils portent en eux une vraie densité humaine, une envie d'exister, de croiser le destin qui leur ressemblerait. Cette minuscule histoire de vacances en bord de mer nous touche par la délicatesse de son discours sur les solitudes (les trois personnages centraux sont, chacun à leur manière, très seuls et très en recherche d'une histoire à partager), l'expérience des échecs (les adultes), la crainte du vide possible qui g uette (l'adolescente). Mais le sentiment du tragique est absent, le ton du film est semblable à la couleur du ciel, entre blanc cassé et bleu pâle, jamais noir. Un monde sans femmes est une comédie et on ne peut s'empêcher, entre deux sourires, de se répéter que l'humour est bien la politesse du désespoir.
Dans ce cinéma qui ignore l'esbrouffe et l'effet, on ne sent pas uniquement une proximité avec les personnages, on les aime et on leur souhaite vraiment de réussir dans la recherche du bonheur.
Parmi les atouts de ce film sentimental et concis (56 minutes), deux acteurs complices, Vincent Macaigne et Laure Calamy (photo ci-dessus). La seconde tenait le rôle féminin principal dans Au moins j'aurai laissé un beau cadavre, librement inspiré de Hamlet et présenté au dernier Festival d'Avignon par le premier, également réalisateur de Ce qu'il restera de nous (avec Laure Calamy), Grand Prix du Court-métrage et Prix Télérama au récent Festival de Clermont-Ferrand.
Ce soir là était un soir de chance, et nous avons complété cette séance par Le marin masqué, film pop, routard et sentimental de Sophie Letourneur (la réalisatrice de Ma vie au ranch) avec elle-même et Laetitia Goffi. Ce court (35 mn) en noir et blanc, sait mettre en scène la nostalgie dans un mode drôlatique qui peut évoquer les dernières vacances à Cabourg, votre premier flirt ou un film de Luc Moulet mémorisé pour toujours dans mes gênes, Brigitte et Brigitte sur une rengaine de Dr David (Words don't comme easy) que je n'ose pas vous proposer ici, mais qui vous rappellera votre premier flirt, en vacances au camping de Cabourg.
Sophie, super ton court, on attend le prochain long, dans pas trop longtemps, j'espère.
N'oubliez pas d'aller au cinéma.
Revoir, samedi, La grande illusion,
film tourné en 1937 mais refait à neuf par Carlotta
fut un merveilleux plaisir partagé. Je vous le souhaite pour bientôt.
Ben Gazzara : vers la fin d'une épopée
La mort de Ben Gazzara, dont les chaînes de télé qui ne passaient pas ses films ne vont pas se remettre pendant au moins 15 secondes, sur le thème « disparition du dernier « Husbands » (Husbands étant le titre d’un très beau film, très nostalgique, de John Cassavetes dans lequel trois amis assistent aux obsèques d’un quatrième avant de partir dans une bordée alcoolisée et poétique au bout de laquelle on ne trouve que la solitude. Une sorte de Very bad trip du riche avec Ben Gazzara, John Cassavetes et Peter Falk, disparu il y a quelques mois).
Larmes de croco à bas prix en cette période de soldes du genre « Des trois hommes accoudés au bar, il n'en restait qu'un » (Le Monde).
La disparition de Ben Gazzara en troisième homme m’évoque tout une humanité coutumière dont la photo commence à trembler, comme si les camarades qui y figurent encore s'étaient peu à peu trop éloignés de l’objectif. Et quelque chose de trouble, d'angoissant s'insinue en moi : l'idée sombre de la fin possible de quelque chose d'infiniment précieux.
Gazzara avait 81 ans. Aujourd’hui, Google nous le rappelle opportunément par un visuel, François Truffaut aurait eu 80 ans (Arte présente à partir de ce soir un cycle de 6 films de Truffaut, à raison d’un par semaine). John Cassavetes, pour sa part est né la même année que Gazzara, quelques mois avant Clint Eastwood, quelques mois après Jacques Rivette, un peu après Rohmer. En 1930, l’année de naissance de Gazzara, débarquaient de ce côté de l’Histoire Jean-Luc Godard, Claude Chabrol, Jean-Louis Trintignant et, autour de 1930, Jacques Demy, Agnès Varda, Alain Cavalier et Stanley Kubrick, Louis Malle et Andréi Tarkovski, Jeanne Moreau, Delphine Seyrig et Jean-Paul Belmondo, Carlos Saura, Richard Lester et Tony Richardson, Milos Forman et Roman Polanski.
Cette génération de cinéastes ou d’acteurs nés de la guerre, c’est à dire qui ont vu leurs premiers films pendant la seconde guerre mondiale et se sont passionnés pour le cinéma dans l’immédiat après-guerre est en train, soit de disparaître, soit de s'abimer dans une ingrate retraite. Est-ce important ? Oui, il me semble que c'est important et pour plusieurs raisons.
En premier lieu, cette génération a été façonnée par le cinéma comme aucune autre avant ou après. Ces gens de cinéma ont été imprégnés de valeurs cinématographiques et ont eu accès avant d’épouser la profession
aux images qui portent les valeurs fondamentales de la seconde moitié du vingtième siècle : celles de l'actualité, de la modernité de l’Horreur absolue, celles des Camps et celles, filmées par des cinéastes américains « embarqués »(Georges Stevens, Samuel Fuller…), de la libération des camps. Ensuite, ils ont atteint la maturité en même temps que le cinéma parlant et ont pu, selon les cas, apprendre à regarder à l’école de Rossellini, de Hitchcock, Ford, Hawks ou de Renoir, Becker, Bergman.
Enfin, nourris de cinéma et de ses valeurs (différentes, il est vrai, d’un continent à l’autre, mais d’une différence créatrice de richesse, non de celles qui provoquent les schismes), ils ont entrepris de le changer. On pense bien sûr à la Nouvelle Vague française qui porte le cinéma au coeur de la vie, mais aussi aux nouveaux cinémas européens, anglais, polonais, espagnol, allemand, et américain.
Le cinéma va continuer, certes, sa mort annoncée n’a pas empêché son constant renouvellement, grâce à l’émergence de nouvelles façons de voir, de montrer, l'apparition sur le marché de nouveaux pays (cette continuité dans la régénération n'est jamais redevable à l'apparition de nouvelles techniques, même si le numérique, en raison de sa légèreté logistique et des faibles investissements financiers qu'il nécessite, a permis le développement d’un nouvel underground d’ordre politique, en Iran, en Chine et ailleurs, là où le cinéma n’est pas le bienvenu). Mais l’idée même de la disparition de Godard, Eastwood, puis, plus près de nous, de W. Allen, Scorcese, Garrel, est en soi effrayante. Que dire alors de l’effacement progressif de la génération nourrie par ce cinéma de la maturité, histoire d’une privation annoncée, d’une perte de substance, d’un nouveau chaînon manquant.
Et toutes ces femmes, tous ces hommes étaient de jeunes gens !
Merci Wikipédia pour m’avoir permis de vérifier quelques dates. Je sais à quel point ce billet, écrit le 6 février, est approximatif, (hasardeux ?) mais je le publie à tout hasard. Peut-être pensez-vous différemment, peut-être me fais-je un monde d’un événement terriblement banal. Mais cette coïncidence de dates me trouble.
(Photos : Ben Gazzara, respectivement avec John Cassavetes, puis avec Gena Rowlands, tournage de Opening night, François Truffaut et Françoise Dorléac, tournage de La peau douce)
"Ce n'est pas une image juste, c'est juste une image" : En attendant Godard.
Quoi de neuf au ciné ? Godard, évidemment.
Il y a une actualité Godard. Je ne sais pas pourquoi, mais depuis quelque temps, Godard est partout. Quand un bateau de luxe fait naufrage alors que plusieurs pays européens perdent leur précieux 3A, c'est le Costa Concordia, celui sur lequel Jean-Luc Godard a tourné l'essentiel de Film Socialisme, son dernier et, semble-t-il, ultime opus. Si Anne Wiazemsky relate dans un nouveau livre à succès quelques anciennes histoires de cul, il ne peut s'agir que de celles partagées avec Jean-Luc (Une année studieuse chez Gallimard). Lorsqu'un coffret nous restitue en 80 titres signés
Delerue, Duhamel, Hermann ou Legrand la bande sonore des films de la Nouvelle Vague française, c'est immédiatement la chanson de Camille, Angela ou Marianne (soit, Brigitte, Anna et Anna) qui vient nous caresser l'oreille. (Nouvelle vague - Chansons et musiques de films, Editeur : Emarcy / Universal France). Un livre d'entretiens sur le cinéma, sur l'histoire, sur l'histoire et le cinéma, sur l'histoire du cinéma ? C'est Jean-Luc Godard et Marcel Ophuls, Dialogues sur le cinéma (Le Bord de l’eau, 2012).
Quand Angers fait son festival de cinéma, c'est avec une rétrospective Godard en 50 films (voir le dossier de presse).
L'excellent Blow up, le site web-cinéma d'Arte a profité de cette rétrospective pour revoir Pierrot le Fou et en proposer une version clip, condensée mais aussi drôle, poétique, romantique. Vous ne la verrez pas ici, mais ICI, dans l'espace d'un autre blog, très proche, mais avec sa propre approche de la chose.
En avril 2011, Blow up avait saisi l'occasion de la mise sur le marché d'un très beau coffret d'inédits de Godard (Vivre sa vie, Le Mépris, Bande à part, Pierrot le fou, Masculin féminin, Week-end, La Chinoise et autres, ces films historiques étant, en France, il y a moins d'un an, restés soit inédits en DVD, soit édités dans des versions de qualité très douteuse. Dans ma vidéothèque, à côté de mon Pierrot le Fou flambant neuf, somnole un vieux Pierrot le Fou aux couleurs fanées --un comble pour ce film solaire-- et au son quasi délictueux) pour proposer un Godard / Recut / Années 60 qui me semble vraiment réussi. Très godardien dans son esprit. Voici ce clip. Cliquez-le, c'est beau, c'est du cinéma, c'est Godard et c'est gratuit.
L'actualité Godard en 2012 se poursuivra avec la sortie en copie numérique flambant neuve d'Alphaville, une étrange aventure de Lemmy Caution (film de 1965) avec Eddie Constantine et Anna Karina, qui comporte cette sentence terrible prononcée par l'acteur Howard Vernon : "Ce que vous allez devenir est pire que la mort, M. Caution, vous allez devenir une légende". Il s'agit, comme on dit, d'un film d'anticipation. En 1965, qu'anticipe Godard avec une telle phrase ? Son angoissant devenir ?
J'ai l'impression qu'après la sortie nationale en copie numérique de Vivre sa vie et Le mépris, l'année dernière, Bande à part (film de 1964) avec Anna Karina, Sami Frey et Claude Brasseur, présenté à Angers, devrait suivre avant la fin de 2012.
Au fait. Vous pensez, en dehors peut-être de Bergman et Woody Allen, qu'un cinéaste a su, comme Godard, dire à une femme Je t'aime simplement en la filmant ?
"No longing for the moonlight, no longing for the sun" : ma musique 2011
Il y a une certaine indécence à s'exhiber sur le net, par exemple dans un blog, sous couvert d'imprégnation culturelle et au motif forcément fallacieux du choc tectonique entre deux années, l'année passée, l'année nouvelle. Comme c'est toujours l'année nouvelle qui gagne (l'autre, qu'on l'ait aimée ou pas peut retourner se faire foutre dans les fontaines à oubli du temps passé), j'aime bien consacrer quelques heures, en janvier, à l'évocation des douze mois pour qui les douze coups de minuit ont pu sonner comme douze balles dans la peau.
Pour parler clair, je reviens, une semaine après avoir palmaréïsé le cinéma, édifier mon Panthéon musical annuel, même si c'est un peu indécent, cette façon de s'étaler dans les blogs avec des airs de donneur de leçon, voire de juge de touche décontracté. Mais non, je ne donne pas de leçon, je ne juge rien ni personne, je me fais plaisir, c'est tout.
Il y a un an, j'avouais avoir peu écouté récemment de rock étranger et je voulais dire merci à quelques artistes français plus formatés chanson que rock, ainsi qu'à quelques musiciens de jazz (VOIR, si ça vous tente, mon bilan 2010). En 2011, changement de braquet, on monte le son, c'est dans un déhanchement rock (de préférence anglo-saxon) que j'ai chevauché les douze derniers mois.
Sans classement et sans plus de bla bla, voici mes plus beaux souvenirs musicaux de l'an passé, livrés ici avec le désir de vous faire partager, voire découvrir, quelques beautés parfois encore un peu cachées.
La belle surprise de décembre, qui nourrit mon plaisir de ce début d'année, les 50 words for snow de Kate Bush.
Après un agréable mais un peu prévisible Director's cut livré en début d'année (et revisitant en punchy, mais était-ce nécessaire, les titres de deux des premiers albums de la Dame), Kate Bush, habituellement moins productiviste, revient avec 50 mots pour dire la neige. Et se livre à un exercice qui lui était habituel il y a quelques années : nous surprendre. L'univers très poétique de cet album inattendu tient à une matière cotonneuse, légère et lente, mais à saisir dans l'instant, comme la neige évanescente, sujet unique de l'album.
Musicalement recherché, sophistiqué, saupoudré de tonalités jazzy, mais reposant sur une nappe sereine, des à plats de piano voluptueux, 50 words for snow ne se dévore pas dans l'urgence, mais se déguste avec lenteur, comme ces créatures atténuées déjà par les effets d'un songe naissant, croisées à Orsay cet hiver entre beauté, morale et volupté.
Un clip exprime bien les noces entre rêve et fantaisie qui envoûtent le nouvel univers sonore et poétique de Kate Bush :
Visitez la page de Kate Bush, très excitante.
Mais incontestablement, 2011 a été pour moi l'année des Kills. Ratés à Rock en Seine, poursuivis en vain à l'Olympia (c'est fou, la
vitesse à laquelle les places de concert disparaissent, non ?), il fallut faire le voyage d'Amiens pour les découvrir enfin en scène, là où ce couple improbable (la glace et le feu, le dandysme et le corps en mouvement, l'Angleterre et l'Amérique), formé de la chanteuse américaine Alison Mosshart et du guitariste anglais Jamie Hince, trouve un espace à sa démesure pour inventer le rock d'aujourd'hui. Avec infiniment plus d'intelligence musicale que les punks en leur temps, les Kills ringardisent au pas de charge ce que nous avons si longtemps adoré, à coup de riffs sanglants et de rythmes faussement tribaux, se réclamant autant de Stravinsky que de Charlie Watts.
Blood pressures, sorti en avril, est mon album de l'année. The Kills en est ma grande découverte et il ne se passe pas une semaine sans que je me refasse le film intégral de leur carrière discographique (en 4 albums parmi lesquels je ne sais choisir ce qui me touche le plus). Cette musique est en outre si intimement liée à mon histoire qu'elle m'est devenue peu à peu indispensable.
Future starts slow (et qu'il prenne donc son temps) est même, dans mon imaginaire intime, LE titre de l'année, celui que j'écoute toujours avec un bonheur renouvelé.
J'ai choisi ce clip, plutôt qu'un extrait de concert (j'en avais mis un bien saignant ICI, version live du même Future starts slow) car j'en aime vraiment les premières secondes qui en disent tant sur la rébellion la plus authentique, avec les gestes les plus radicaux que je puisse imaginer et reproduire aujourd'hui.
Une autre découverte saisissante de 2011, dont les concerts (Rock en Seine, puis le Festival des Inrocks) ont largement confirmé la très forte impression laissée par le premier disque, la belle et glaciale (au sens où une héroïne d'Hitchcock peut être glaciale) Anna Calvi.
L'écoute de son premier album, simplement baptisé Anna Calvi, nous avait séduits au sens fort de ce mot et la perspective de l'entendre et la voir évoluer en concert se faisait pressante et surexcitante. Un nouvel album, en 2012 (dont un titre, Wolf like me, est en écoute sur iTunes et Deezer) sera l'occasion de mettre à l'épreuve l'éventuelle viabilité de cette potentielle "Grande Dame" du rock. En effet, si son espace musical manque encore un peu d'ampleur (défaut de jeunesse ?), elle en exploite avec un talent évident et un sérieux qui fait plaisir, toutes les ressources et je ne doute pas que la suite de l'aventure sera passionnante.
A ce sujet, je voudrais revenir sur un phénomène qui a un peu gâché mon plaisir ces derniers temps et qui se manifeste notamment dans les blogs à vocation consumériste et à prétention "culturelle". Calvi a été propulsée, trop vite, trop violemment, au premier plan, comme une star, ce qui pouvait se révéler extrèmement casse-gueule pour la jeune artiste qu'il aurait été pertinent de voir comme une débutante douée d'un réel potentiel à confirmer (comme toute débutante). Or il s'est passé peu de mois pour que les adorateurs d'un jour se transforment en juges implacables des convenances. Le fond de l'affaire : la belle anglaise, un peu froide, ne serait pas assez sympathique en scène, elle ne parlerait pas, elle se contenterait de faire son numéro de musicienne. Et l'expression "tête de Troll" (si si) dont un plaisant commentateur de blog l'a affublée, pris dans une mise à l'encan en forme de défouloir collectif, m'est salement restée dans l'esprit.
J'en profite pour exprimer ici mon ras-le-bol définitif devant une partie (grandissante) du public à qui tout serait dû (le client est roi) et en particulier l'expression par l'artiste testé d'un lien de proximité, de connivence, vraie ou fausse mais sonore. Certains artistes maîtrisent parfaitement l'exercice, jusqu'au malaise s'agissant, par exemple, de Fabrice Luchini qui sait jouer de cette tendance du public pour mieux le mettre dans sa poche, mais avec un mouchoir par dessus (le coup de l'étouffoir, tu connais ?). Il faudrait que les artistes pondent des mélodies plaisantes, les interprètent avec entrain et fournissent en plus du service prêt à consommer, le sourire de rigueur, la touche de décontraction sans complexe et la blague facile à digérer, entre faux amis. Sinon, ils ne seraient "pas sympas", pas proches du public, pas à la portée du premier cochon payant venu, même un peu par hasard, en concert.
Ben non, la vie c'est pas comme ça. Si un artiste vient vendre son talent, ça devrait suffire. S'il a le don de la communication, c'est encore mieux, mais ce don ne peut être une obligation et, surtout, le réflexe de la blague pourrave ne doit pas devenir un tic.
Et Anna Calvi montre sur scène un talent naissant mais très original, avec ou sans sourire forcé et c'est très bien ainsi, n'en déplaise à celles et ceux qui se déplacent en concert pour exercer leur droit au toujours plus en packaging cadeau. Fin de ma minute de mauvaise humeur.
Voici Anna Calvi en Black session (France inter) invitée par l'indispensable Bernard Lenoir, indispensable sauf pour notre station de radio favorite qui l'a viré, après de nombreux autres, il est vrai.
Pour visiter le site d'Anna Calvi, c'est ICI.
Autre révélation qui a bouleversé les moeurs de l'année écoulée, au moins mes moeurs domestiques, (à revoir en juin au Trabendo), Austra, avec un album électro pop obsédant, Feel it break dont voici un extrait en clip.
La vidéo vient de Dailymotion et non de Youtube qui l'a, apparemment, censurée (remplacée par une version dite "clean", ce qui pourrait signifier que celle proposée ici est sale...). Au fait, Austra est un groupe basé à Toronto, pas à Sydney.
En concert, Austra s'est révélée musicalement à la hauteur des attentes, avec un beat rappelant curieusement celui des Kills et une ambiance générale très "cathédrale", sa leadeuse, Katie Stelmanis, semblant constamment, par le mouvement de ses bras en élévation vers le ciel (de La Maroquinerie, en l'occurence), évoquer certains esprits connus d'elle seule. Toute plaisanterie mise à part, la voix de la chanteuse s'élève constamment vers les cieux et élargit notre espace mental et sensuel dans une sorte de fête spirituelle et voluptueuse dont on a le plus grand mal à redescendre, le concert fini.
Vers la fin de l'année 2011, comme souvent, ce fut Noël et le retour des chansons qui vont avec, pleines de sucres gras et de couleurs pompeusement niaises, accourues à l'aide d'un peuple uni dans la ferveur dindinesque avide de se débarrasser au plus vite et le plus connement possible de son treizème mois. C'est l'heure où les enfants poètes n'auront pas de guitare en cadeau, mais des machins électroniques qui marchent tout seul (et qui n'ont donc pas besoin des enfants).
Cette année là, il y a quelques semaines donc, un ange est tombé du Ciel pour déniaiser Noël, ses chants et son fameux esprit à deux euros : Florent Marchet sortait ses Noëls's songs, allait les défendre au Café de la Danse, puis sur les ondes publiques (Le Pont des Artistes, le samedi soir sur Inter).
Depuis, ces chansons ne me quittent pas et je peux avoir l'impression, certaines nuits, lorsque les Anges veillent sur moi, que l'Esprit de Noël m'accompagne, me tient la main comme dans les couloirs du métro, voire plus car affinités. Une très belle surprise, un très joli disque dans lequel le doux et cynique Florent réinvestit la Maison du Père Noël à coups d'harmonies subtiles ne craignant pas d'entraîner certaines mélodies rabachées vers des accords mineurs où elles retrouvent leur ingénuité d'Antan.
Voici un extrait du Pont des Artistes, piqué sur le site de Florent.
Sans vidéo, sans musique, deux autres découvertes capitales de 2011, en disque et en concert. EMA, la blonde léthale au rock aiguisé et Metronomy à la pop élégante et fruitée. Deux mondes, de quoi écouter, se parler. j'y reviendrai à la première occasion.
J'attendais les concerts pour évoquer Camille, mais tout s'est mélangé dans ce papier musical qui ne suit pas la portée.
Donc Camille (Hé, Léo, c'est pour toi que j'écris) a réalisé un des plus beaux disques de l'année, Ilo veyou. Ce disque est une sorte de chose parfaite, ronde et carrée, triste et gaie et enjouée et poétique et, en fait, magique, optimiste, énergique, intelligente, sensuelle mais suffisamment naïve pour accéder à l'Esprit de Noël jusqu'à atteindre par endroits l'Esprit d'Enfance.
Le disque et bien d'autres titres a été présenté lors d'une série de concerts au Café de la Danse d'une générosité, d'une gentillesse, d'une poésie (poésie lunaire, poésie de Pierrot lunaire, poésie hallucinée) presque old fashion, tant et tant qu'on n'en attend plus autant.
Pas de vidéo de Camille, ni du Café de la Danse, ça reposera un peu les oreilles et les yeux du lecteur curieux, mais voici une adresse où on peut visionner plein de vidéos de Camille, notamment celles du Café : C'est le L. Rico blog, très cher à mon coeur, allez-y et laissez un commentaire, son auteur adore ça. J'espère d'ailleurs revoir Camille avec lui, en mai, au Trianon (j'ai les places).
2011 fut une année très riche en concerts et en découvertes live. Camille, donc, mais aussi The Kills et Jean-Louis Murat et EMA et Metronomy et bien d'autres (Austra, L). Mais il y eut UN "concert de l'année". Celui dont on rêve, enfant ou presque, mais qui tarde trop à venir, celui de la sympathie évidente, de l'énergie rock intègre, celui de la décontraction, de la coolitude, de la sérénité, de la poésie qui convoque Rimbaud, Genet, Ginsberg, des guitares qui déchirent et des sourires qui apaisent, le concert de la plénitude, du bonheur d'être là et pas ailleurs, avec la personne idéale pour partager ce moment très rare, partager les bières et les émotions, le besoin de bouger les hanches, même si on est un peu cul serré en public, de dire Merci Madame, de dire Encore, Encore, de dire et répéter qu'on sera là à chaque fois que tu y seras, Patti, que tu n'as qu'à siffler ou chantonner que tu danses pieds nus, que tu pisses dans la rivière, que tu écrives la suite de tes mémoires de jeunesse avec Robert.
Pas de vidéo non plus, celles en ligne ne rendent compte de rien, ne peuvent dire l'événement, le beat, l'amitié, l'intelligence ou la sensibilité. Pour finir ce papier en beauté, une simple photo du bon vieux temps qui ne disparaîtra jamais tant qu'il y aura un soupçon de mémoire, la page d'un livre, un riff, un poème, la chevelure ou les pieds ailés d'Arthur Rimbaud. Une sorte de message posté du Paradis, un paradis qui n'existe pas, mais qui, dans nos rêves, existerait.
Le titre de ce billet, "No longing for the moonlight, no longing for the sun" est piqué à Future starts slow des kills. Merci à eux et à tous les autres pour cette année musicale merveilleuse, expression en modes majeur-mineur d'une année par ailleurs exceptionnelle. Merci à toi pour l'avoir partagée avec moi.



























