21 août 2008
Prague, 21 août 1968

Nous sommes le remords du monde, nous sommes le souvenir
Nous sommes le sang qui innonde le creux vague de l'avenir
Et les pures Amours d'une blonde expirent comme fin du sourire
Sur nos lèvres moribondes.

Les amours d'une blonde
Milos Forman (1965)
Cette année-là, le Printemps levé avant-terme d'un souffle chaud de poésie sur ses bourgeons désirants fut anéanti en plein mois d'août, à Prague, alors que le monde regardait de l'autre côté. Jean Ferrat chantait encore le joli mai alors qu'un orage de fer d'acier de sang grisait notre avenir d'un hiver sans fin. Et le doute glacé éclipsait le soleil d'été.
Au printemps de quoi rêvais-tu ?
(Texte de Jean Ferrat, 1968)
Au printemps de quoi rêvais-tu ?
Vieux monde clos comme une orange
Faites que quelque chose change
Et l'on croisait des inconnus
Riant aux anges Au printemps de quoi rêvais-tu ?

Au printemps de quoi riais-tu ?
Jeune homme bleu de l'innocence
Tout a couleur de l'espérance
Que l'on se batte dans la rue
Ou qu'on y danse
Au printemps de quoi riais-tu ?

Au printemps de quoi rêvais-tu ?
Poing levé des vieilles batailles
Et qui sait pour quelles semailles
Quand la grève épousant la rue
Bat la muraille
Au printemps de quoi rêvais-tu ?

Au printemps de quoi doutais-tu ?
Mon amour que rien ne rassure
Il est victoire qui ne dure
Que le temps d'un Ave, pas plus
Ou d'un parjure
Au printemps de quoi doutais-tu ?

Au printemps de quoi rêves-tu ?
D'une autre fin à la romance
Au bout du temps qui se balance
Un chant à peine interrompu
D'autres s'élancent
Au printemps de quoi rêves-tu ?

D'un printemps ininterrompu

Les amours d'une blonde
Ecouter Jean Ferrat
14 juillet 2008
14 Juillet - Anniversaire - fête nationale - la marseillaise
[post modifié le 14 dans l'après-midi]
Le 14 juillet est une grande fête nationale, partout dans le monde. C'est un grand anniversaire et la France qui se lève tôt a droit à la grasse matinée.
Chaque année, la France et les autres nations civillisées, même si elles n'ont pas le privilège d'être gouvernées, comme nous, par un grand homme qui va, en moins d'un mois serrer la main de Bachar al-Assad, puis de dirigeants chinois (se lave-t'il les mains après, comme quand on sort des toilettes ?), arrêtent tout pour honorer Léo Ferré, qui nous a quittés le 14 juillet 1992. Même le général de Gaulle, mort le 10 novembre (veille du 11, pour ceux qui ne suivent pas) n'avait pas réussi une telle rencontre avec l'Histoire.
Alors Léo, après tout ce temps, je te redis que tu nous manques, que ta hauteur et ton humanité nous manquent. Il vaut mieux, sans doute, que tu n'aies pas vécu la énième victoire de Berlusconi dans le pays que tu avais adopté et où tu faisais
ton beau métier d'imprimeur. Il vaut mieux pour toi que tu ignores que nous sommes présidés par quelqu'un qui ne se lave pas les mains après avoir salué le président de TF1. Tiens, Bronislaw Geremek (photo ci-contre) qui, comme toi, mais avec d'autres armes, a été une conscience, est mort hier, nous laissant avec les libéralistes, ou je ne sais comment les appeler, enfin ces mecs qui imaginent que tu as ton équivalent en euros ou en dollars. On vire les ouvrier français et on installe les usines à l'étranger, et on vire les étrangers installés en France, parce que ça rapporte plus aux (ré)actionnaires bien pensants qui pensent bien que sarko a raison de livrer une ancienne extrémiste italienne à la justice de berlusconi (tiens, encore lui) Berlu qui vient de faire voter une loi interdisant à la justice italienne (la même que pour Petrella) de s'intéresser à ses affaires à lui, à ses affaires pas claires de fric.
Alors je me souviens en ce 14 juillet qu'en 1969, dans dans une Mutualité en flamme et pour un Gala Louise Michel, tu nous as chanté La Marseillaise.
Salut Léo. On t'aime. Tu nous manques.
[Ajouté le 14/07/08 après-midi et piqué à Libé.
"Voilà ce qu’on appelle une manifestation éclair. A peine avaient-ils déployés leur banderole qu’ils étaient maîtrisés par les forces de l’ordre. Ce matin, peu avant 10 heures, en marge du défilé du 14 juillet, Robert Ménard, le secrétaire général de Reporters sans Frontières et une poignée de militants ont été interpellés alors qu’ils scandaient «Liberté en Syrie». Ils ont ensuite été conduits au commissariat pour vérification d'identité avant d'être remis en liberté en fin de matinée."]
C'est vrai, d'une part que réclamer, de Paris, en présence de Bachar al-Assad, main dans la main avec son ami le petit Nicolas, la "Liberté en Syrie", ça méritait bien une arrestation pour le responsable d'une organisation qui milite pour la liberté de la presse. Responsable qui fut arrêté, également, il y a quelques semaines, en Grèce, à l'occasion du passage du flambeau olympique et parce qu'il défendait les valeurs européennes en dénonçant la situation des droits de l'homme en Chine.
Je suis d'accord, réclamer la liberté en Syrie et en Chine, ça mérite la prison. Verra-t'on sur le TF chinois ou syrien, des reporters chinois ou syrien réclamant la liberté de la presse en France ?
Comme l'a dit le responsable de RSF après sa libération, "Simplement, il y a des gestes en politique riches de sens et le recevoir [Bachir] pour le 14 juillet dans la tribune officielle ça a un autre sens parce que c'est la chute de la Bastille. Pour quelqu'un qui embastille, si j'ose dire, à longueur de temps tout ce qui ressemble à un opposant, c'est la pire des choses."
Léo, rendors-toi dans ce ciel qui n'existe pas. Tout ça, c'est des bétises.
10 mai 2008
10 mai - Comme une fille
Le 10 mai au soir fut, le soir, la nuit, le matin, un orgasme politique sans fin. D'ailleurs, je ne suis pas certain d'en être sorti. Certains, à l'époque, sont entrés dans le LSD pour ne plus sortir d'un voyage blême, moi j'ai l'impression de n'être pas sorti de cette nuit de mes 19 ans, du moins pas sans dégât.
Nous faisions la première partie de Colette Magny au Théâtre Gérard Philippe.
Après, j'ai confié mes disques (dont certains aussi précieux que "Newport folk festival - 1963", session où Dylan fusionne avec Pete Seeger, puis Joan Baez) à une 2 CV que je ne reverrai pas.
Toute la semaine, nous avions recherché l'événement, mais nous étions rentrés bredouilles, la révolution en berne.
Ce 10 mai, ils brillaient noir dans la nuit terne, massifs, casqués de brillance mortelle, protégés par ces boucliers d'un autre âge. Ils étaient d'un autre âge, ces fonctionnaires de la violence, et nous incarnions - au moins dans notre imaginaire - des façons nouvelles de voir se lever le soleil.
Quand ils ont chargé, croyant éteindre nos espérances, ils nous ont propulsé vers des lendemains dont nous n'osions rêver.
Un artiste, un seul, pour témoigner de cette nuit dite "des barricades", qui fut en fait la nuit où s'écroulèrent nos barricades mentales. Une chanson qui me fait sentir à nouveau, ce goût de sang, de sueur et d'espoir en un nouveau lever de soleil.
06 mai 2008
Paris Mai
Le 6 mai, les événements se sont précipités.
Nanterre évacuée, la Sorbonne occupée par les "forces de l'ordre" depuis vendredi, les étudiants parisiens (à l'exception des étudiants en droit et en médecine, qui continuent à suivre leurs cours) investissent la rue. L'après midi, au Quartier Latin, une manif plutôt pacifiste est chargée par les hommes en noir. La solidarité s'organise. La nuit sera belle.
C'est une semaine folle qui commence ce lundi et ne trouvera un repos qu'à l'issue de la nuit des barricades, du 10 au 11 mai. Dans la 2 CV de Denis, on emporte désormais des grosses quilles en bois, quand on descend le soir, avec Gilles, au Quartier.
Peyrefitte, serre les fesses, dans 40 ans, la plupart des français auront oublié l'ombre portée de tes oreilles sur ton crâne de ministrion (et je ne parle pas de ce pauvre Fouchet, qui s'en souvient ?), alors qu'ils se rappelleront parfaitement le rouge des cheveux de Cohn-Bendit.
Plus tard, c'est Nougaro qui saura trouver les mots à la hauteur de ces journées éblouissantes et de ces nuits fauves.
(...) Je repère en passant Hugo dans la Sorbonne
Et l'odeur d'eau-de-vie de la vieille bonbonne
Aux lisières du soir, mi-manne, mi-mendiant
Je plonge vers un pont où penche un étudiant
Le jeune homme harassé déchirait ses cheveux
Le jeune homme hérissé arrachait sa chemise
Camarade ma peau est-elle encore de mise
Et dedans, mon coeur seul, ne fait-il pas vieux jeu ?
Avec ma belle amie quand nous dansons ensemble
Est-ce nous qui dansons ou la terre qui tremble ?
Je ne veux plus cracher dans la gueule à papa
Je voudrais savoir si l'homme a raison ou pas
Si je dois endosser cette guérite étroite
Avec sa manche gauche, avec sa manche droite
Ses pâles oraisons, ses hymnes cramoisis
Sa passion du futur, sa chronique amnésie (...)
Paris Mai, de et par Claude Nougaro
envoyé par mouche45
Si les images ne sont pas forcément de qualité,
au moins elles sont d'époque.
23 avril 2008
Jacques Debronckart
Pour continuer avec les chansons qui "passaient dans le poste" (plutôt Europe 1 que les chaines nationales gaullistes), quand nous attendions 68, à faire tout seul des taches dans les plumards en feuilletant Lui ou PentHouse (PentHouse était nettement plus avancé dans la précision morphologique de ce qui nous faisait rêver et, pour ma part, avec un romantisme échevelé, je découvrais Vian et Sartre, Godard et le cinéma underground américain, je n'étais plus un ouvrier, déjà un employé, je lisais Rimbaud et Marx, comprenais ni l'un ni l'autre, mais avec cette urgence d'avaler le monde ; je dégustais des tartes aux fraises au Drugstore Opéra, j'allais parfois en Angleterre pour prendre le pouls du monde, je ne partais plus en vacances avec mes parents, j'avais laissé tomber le Lycée Marcellin Berthelot en deuxième (pas en seconde, tout le monde ne le sait pas, mais on ne dit second que lorsque le deuxième est aussi le dernier, par exemple je voyage en seconde classe, parce que dans notre beau pays on a supprimé la troisième classe, mais j'habite au deuxième étage, car j'ai des voisins au-dessus de ma tête) pour faire du rock avec ma guitare électrique Hoffner, la marque de la basse en forme de violon de Paul Mac Cartney, mais mes parents n'avaient pas cette vision généreuse qui aurait consisté à me nourrir, me blanchir et me donner un toit jusqu'à ce que je devienne George Harrisson, au fallacieux prétexte que mon père, facteur (comme Jacques Tati) et ma mère, vendeuse d'"articles parisiens" dans la rue du Temple n'en avaient pas les moyens.
Alors j'ai tout fait pour quitter l'usine métallurgique dont je trouvais l'ambiance trop violente. Moi j'écrivais de la poésie et des chansons, je dessinais, je lisais Vercoquin et le plancton ou Troubles dans les Andains (édition Pauvert, introuvable aujourd'hui). En particulier, je ne supportais pas de travailler 10 heures par jour à 15 ans avec un petit chef merdeux qui lisait Paris-Jour ; je ne supportais pas l'odeur de l'usine métallurgique où je manipulais une machine à faire des trous, sans savoir où allaient ces trous, quand je les avais terminés. Je ne supportais pas qu'en plus des 10 heures par jour on m'oblige à revenir le samedi matin, parce que le samedi matin, j'étais fatigué. Je ne supportais pas que les petits chefs racistes dressent les différentes ethnies les unes contre les autres de façon à manipuler tout le monde, je ne supportais pas les chefs, ni les sous-chefs, ni les demi-chefs (merci Léo de m'avoir appris que le pouvoir, hein ? le pouvoir qu'on a sur les autres "c'est toujours le pouvoir de la merde"). Ce fameux jour où, manipulés par un petit merdeux facho et inculte, deux types noirs, d'ethnies différentes, se sont battus dans la cour de l'usine avec des barres de fer parce que l'un avait agressé l'autre verbalement, sans que j'y comprenne grand chose d'ailleurs, je n'ai pas aimé voir gicler le sang, je n'ai pas aimé les quelques visages pâles qui les entouraient et les incitaient à plus de violence (attention, ce n'était qu'une minorité des ouvriers de l'usine) et je n'ai pas aimé qu'un petit cheffaillon de merde, aidé par des colosses pour les stopper, les licencient sur le champ. Ce jour là, je suis parti, j'ai décidé que je ne serais jamais ouvrier. Je ne savais pas ce que je ferais de ma vie, j'étais trop jeune. Mais je savais un truc, que je ne serai jamais le chef de personne.
C'est à cette époque qu'à la radio est passée cette chanson coup de poing de et par Jacques Debronckart. C'est avec des chansons comme ça, je crois, qu'on finit par comprendre Marx et Rimbaud, la supériorité de l'être sur l'avoir et le plaisir du dérèglement des sens. La chanson en question s'appelle : J'suis heureux !
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A l'époque, pas mal de films, de livres et quelques chanteurs dénonçaient l'inutilité de cette accumulation de biens dans les classes moyennes, mais la richesse était mal répartie et certains avaient peu. Je me souviens, par exemple, que mes parents n'avaient jamais vraiment souffert de ne posséder presque rien, pas de voiture, pas de maison. Mon père avait des accidents de solex. Moi je m'en foutais, je voulais faire du rock ou du cinéma ou écrire, un de ces machins où tu ne trouves pas, sur le chemin de tes désirs, un chef pour te dire non, n'avance pas, recule, écrase.
J'ajoute une chanson de le même époque, peut-être moins violemment désespérée (voire moins excessive), Adélaïde. C'est une chanson qui eut son petit succès. J'associe Jacques Debronckart à Maurice Fanon (dont il avait été le pianiste), que je vous ai fait écouter (découvrir ?) il y a quelques jours ; enfin, pour ceux qui écoutent. C'est visuellement ringard à écouter, mais de la chanson populaire honnête. Et plus quand même. L'ugence de dire est là.
Sur le site dont l'adresse suit, on peut lire :
"Jacques était un homme rare, intègre, passionné et rebelle. Il était trop lucide pour être heureux mais il aimait vivre."
Le site, dit officiel, se trouve là : http://www.debronckart.fr/jacques%20debronckart.htm
Jacques nous a quitte en 1983.
22 avril 2008
Maurice Fanon
Quand nous attendions 68, un peu impatients, un peu assoupis, envie de se réveiller au beau mois de mai, nous écoutions des chansons. Du rock, bien sûr, un peu de jazz, mais aussi quelques chansons françaises.
Maurice Fanon n'a pas fait une grande carrière commerciale, mais je m'en souviens. A le réécouter aujourd'hui, bien sûr, j'y découvre quelques fleurs surannées. Mais dans ces années 60 françaises, quand nos oreilles adolescentes se tendaient avec force vers l'Angleterre, avec ses merveilleuses stations de radio pirates (Radio London, Radio Caroline, qui était cet animateur qui se présentait toujours avec ce "Hello pop pickers, it's me again !" ?).
Musicalement la France était un désert, où poussait parfois une fleur sauvage, rebelle.
Maurice Fanon fut un de ceux qui nous permirent de nous réveiller un peu. Voici deux chansons qui furent des succès populaires, mais qui ne méprisaient pas le peuple. Pas populistes. Les gens les reprenaient en fin de banquet. Ou les mettaient sur leur électrophone pour faire l'amour.
Je ne sais pas ce qu'est devenu Maurice Fanon. Je sais qu'il a écrit pour Juliette Gréco, Catherine Sauvage, Cora Vaucaire, Pia Colombo, Francesca Solleville ou Isabelle Aubret et que ces femmes magnifiques ont fait mieux qu'une carrière de vedettes, elles nous ont fait rêver, réfléchir, aimer.
Je ne sais pas ce que tu es devenu, Maurice, mais tu as eu bien eu de la chance pour que ces femmes chantent tes mots.
Deux chansons de et par Maurice Fanon, un peu démodées ("j'aime les roses fanées" chantait Dutronc sur des paroles de Gainsbourg) mais, chansons d'amour, donc chansons révolutionnaires, et restent audibles.
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L'écharpe
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Jean-Marie de Pantin
14 avril 2008
I Can't get no...
Le rock conduit tout droit à 68. Pas le rock américain des années 50, plutôt réac (Jerry Lee, Elvis, Gene), mais le riot rock qui croise à partir de 1965 le rock poissé de blues porté par les jeunes british (Stones, Animals, Kinks) et la contestation contre la guerre du Vietnam et la société de consommation incarnée par l'encore très jeune Bob Dylan.
Curieusement, l'année rock 1965 commence le 28 août 1964, dans un hôtel new-yorkais : ce jour là, la légende rencontre la légende, entre d'autres termes les Beatles rencontrent Bob Dylan. Ei ils n'échangent pas que des recettes pour se faire du bien à la tête, ils parlent musique, poésie, textes, littérature, politique.
Cette rencontre au sommet portera plus tard des fleurs acidulées, désirables, vénéneuses : le magique Revolver des Beatles, puis l'aérien Sergent Pepper's. De l'autre côté de l'atlantique, 1965 marque le début d'un rock sur lequel on ne danse plus, on écoute, on réfléchit, on se remet en cause et, éventuellement, on plane. Dylan met de l'électricité dans son génie créateur et ça donne Like a rolling stone, audible et visible sur ce blog dans différentes versions (donc je ne reproduis pas).
Mais à Londres, la révolution avait déjà commencé, avec des mecs à gueules de voyous, qu'aucun père de famille honnète n'aurait voulu pour gendres.
A Londres, en 1965, la révolution avait commencé comme ça :
"When I'm watchin' my TV
And that man comes on to tell me
How white my shirts can be
But he can't be a man 'cause he doesn't smoke
The same cigarrettes as me
I can't get no, oh no no no
Hey hey hey, that's what I say"
Et vraiment, ça ne faisait que commencer.
13 avril 2008
Poète, vos papiers !
Le Printemps 68 ne relevait pas de la génération spontanée.
Des courants, des mouvements, des idées émulsionnèrent ce beau printemps argentique et peu à peu le révélèrent.
Il est un artiste qui, rétrospectivement, symbolise plus que d'autres cette érection progressive de la rue, c'est Léo Ferré et il reviendra souvent nous parler de ces temps déraisonnables (on avait mis les morts à table) sur ce blog, ces temps qui appelèrent le jaillissement vital, le temps de nous débarrasser de nos boutons d'acné sur le lit consentant des quilles qui n'étaient plus à la vanille et qui mordaient les cerises du temps, rouge sang.

C'est déjà loin tout ça, or il semble que certains détails soient restés. Je me souviens de ces deux flics rubiconds qui m'avaient menacé de me couper les cheveux, sans doute nostalgiques d'un temps où ils avaient ainsi traité des Zazous. Il y avait aussi des histoires de papier. Il y a quelques jours, Baba Traoré avait présenté sa carte de transport Navigo, lors d'un contrôle banal, SNCF et police. C'est un truc qui m'arrive aussi, mais avec moi, on est généralement poli et on ne ma demande rien d'autre que mon titre de transport. Mais Baba, lui, on lui a demandé ses papiers. Absolument par hasard, absolument pas en raison de sa couleur malienne. Il en est mort. Pas moi.
Alors, c'est un peu pour lui, en hommage à cet homme de 29 ans, qui avait été appelé à Paris pour donner un rein à sa soeur, il y a quatre ans et que nos institutions qui trouvent normal les contrôles au faciès ou à la couleur, comme j'ai connu des contrôles à raison de l'âge ou de la coupe de cheveux, que je vous offre une chanson de Léo où, déjà, il était question de papiers. Et de bien autre chose.
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Léo Ferré, Poète, vos papiers
06 avril 2008
Hasta Siempre Comandante Che Guevara
Aux origines des mouvements de 1968 en France, mais un peu partout dans le monde, plusieurs figures tutélaires. On oubliera Mao Dse Dong et son petit bréviaire rouge.
Mais on ne peut passer par ce mort "trop grand pour nous" comme le chantera Lavilliers bien des années après. Un mort trop grand pour nous, qui fut un être vivant extrême, médecin argentin fils de bourgeois aisés qui se retrouva parmi les leaders de la révolution cubaine. Une icône de 1968.
Ce qui distingue Ernesto Che Guevara de la plupart des autres dirigeants révolutionnaires, c'est son refus du pouvoir. Egal de Castro dans l'imaginaire cubain, promis aux carrières les plus brillantes, adulé, assuré d'avoir une bombe sexuelle chaque soir dans son lit, le Che accomplit le geste romantique et suicidaire qui le fait basculer dans la légende. Méprisant les ors émollients du pouvoir, Che Guevara quitte la bulle circulaire des dirigeants "historiques" du Cuba libre pour exporter la révolution et reprendre le combat, avec une poignée de guerilleros "barbudos" et une dose incroyable de culot et d'espoir. Ce sera la Bolivie et la fin du voyage après des conditions éprouvantes, accompagné un temps dans son combat, par un jeune intellectuel français qui se fera, d'ailleurs, emprisonner par l'armée bolivienne, Régis Debray.
Je me rappelle, en 1967, ces photos publiées par le Nouvel Observateur, d'un Che Guevara désormais inerte, couché sur
le dos les yeux ouverts, mort. Ces photos, étonnantes à l'époque, comme pour exorciser la mauvaise conscience des médiocres assassins devant la grandeur, même si elle échappait à leur minuscule idée de la grandeur, de leur gibier. Et d'une légende qui inspire encore les lycéens d'aujourd'hui en lutte contre ce pauvre Darcos.
Hasta siempre, commandante est une chanson hommage, écrite en 1965 par Calos Pueblo, on peut dire qu'il s'agit d'une chanson d'amour pour le Che. Il s'avère qu'elle a fait le tour du monde progressiste et que cette chanson-hymne à l'amour n'était jamais loin des luttes de ces 40 dernières années.
Cette chanson a connu de multiples interprétations, dont celles de Chico Buarque, Compay Segundo ou, récemment Robert Wyatt. En France Luke ou Les motivés se sont enroulés dans ce drapeau guévariste.
Je vous livre une version que j'ai découverte récemment, tout à fait au hasard de la toile, mais qui m'a à la fois séduit et dérangé, malgré une ambiance musicale qui ne trouve pas, à mon sens, la bonne hauteur.
Mais le clip ne laisse pas indifférent.
Il s'agit de Nathalie Cardone, comédienne et chanteuse, que je ne connais pas plus que çà.
Nathalie Cardone - Hasta Siempre Comandante Che Guevara
04 avril 2008
Est-ce ainsi que les hommes vivent ? Léo Ferré
Mai 1968 n'a rien de la génération spontanée, même si on a voulu y voir, à l'époque, un conflit de générations. Bien des événements ou des courants ont traversé l'inertie française gaulliste et endormie sur ses trente glorieuses, comme la Nouvelle vague, les Beatles, la mini jupe, la pilule, Marcuse, Guy Debord ("La société du spectacle"), Raoul Vaneigem ("Traité de savoir-vire à l'usage des jeunes générations"), le Living Theater, la multiplication des écrits dans les bonnes librairies (merci Monsieur Maspéro) et j'arrête là, et allumé la petite mèche qui allait exploser en mai, cette année là, où la météo était clémente.
Dans cette nouvelle rubrique, prévue pour durer jusqu'à l'automne, je voudrais évoquer des trucs, événements, créations etc. qui ont annoncé mai 1968, un mois de mai pas comme les autres, mois d'une saison de raison.
Léo Ferré y a toute sa place.
Je viens de découvrir cette version de "C'est ainsi que les hommes vivent" par Leo Ferré.
Il me semble juste d'initier cette rubrique sur mai par Léo. Même si la référence à Aragon (auteur du poème mis en musique et interprêté par Léo) permet d'introduire une distance ironique avec "les événements".
La version que vous allez écouter par Léo, le Bouffon Tragique, que je ne connaissais pas il y a 1/4 d'heure, m'a terrassé. j''avais publié récemment une interprétation du même titre par Yves Montand, qui chante le texte et les notes d'Aragon et Ferré avec une sorte de sentiment d'urgence et une autorité subjuguante. Il y a des titres qui reviennent sans cesse à nous, comme une sorte de mauvaise conscience. Mais cette version, que je ne sais pas dater, est simplement sublime. Certains, sans doute, pourraient la trouver ridicule. Mais le ridicule et le sublime, hein, c'est comme des frères siamois, et tu me fais pas chier !






