Je n'ai ni l'habitude ni le goût de faire de la publicité. Mais une fois n'étant pas coutume, je m'autorise à dire tout le bien que je pense d'une des nouvelles fonctions de Deezer (nouvelle ? du moins je ne l'avais pas remarquée avant la dernière mise à jour) et que je ne trouve que sur la version pour smartphone (iPhone en l'occurence), mais il est possible que j'aie mal cherché sur mon PC de marque ASUS (pendant qu'on y est). Il s'agit de la fonction Flow. Ça fonctionne un peu comme un robinet à musique, sans pub, bien sûr, mais fondé sur le principe habituel des voyous du net (Amaz'chose, Goog'chose, Face chose etc.) consistant à fliquer le moindre mouvement de souris pour te suggérer, généralement sous forme de pubs ou d'offres commerciales (genre "cher client, tu as aimé tel chanteur mort, écoute donc celui-ci, il est très malade, il va crever d'un cancer, tu vas adorer"), de dépenser les derniers euros qui resteraient dans le fond de tes poches, après avoir payé tes impôts, ta pension alimentaire, ton loyer sans rapport avec tes moyens, ton appartement de Bergerac totalement dévalué et ta femme de ménage, si tu as la chance d'avoir, encore, une femme de ménage.

C'est vrai, c'est un principe dégueulasse du net. En plus, ça marche moyen. Allez sur mon compte Facebook et expliquez-moi pourquoi je reçois régulièrement, via FB, des pubs pour des sites me proposant rien de moins que de me taper des putes russes ou asiatiques, généralement très jeunes.

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Dans le cas de Deezer, c'est différent et il s'agit moins ici de faire de la promo que d'expliquer comment mes oreilles ont eu un peu de bonheur.

Car Flow, que j'ai écouté aujourd'hui pendant deux ou trois heures, ayant passé pas mal de temps entre transports et attentes, m'offre de manière aléatoire une "playlist" (quel mot horrible) composée de toute la musique que j'aime. Et je ne m'appelle pas Johnny.

Ainsi, j'ai entendu aujourd'hui Steve Reich, Yves Montand, Lou Reed, Jean-Louis Murat, Miles avec Charlie Parker, The Kinks et ce bon vieux Donovan Leitch, sans oublier Wagner (Tannhaüser) et Emilie Simon, comme en duo sur les deux faces de la partition. Et vieille cerise sur le gâteau, Dany Logan et les Pirates. Et j'entends en écrivant Clo story par Yves Simon... N'est-ce pas extraordinaire ? C'est une question que je me pose à moi-même, parce que nous n'avons pas forcément les mêmes goûts. Avec ce type d'application, je deviens directeur des programmes de FIP. J'entends sans effort ce que j'ai envie d'écouter. Parfois, je trouve, internet a du talent. D'ailleurs, je partage ce point de vue exprimé dans une émission d'Inter qui me rend heureux tous les dimanches où je suis disponible (3 D) : l'apparition d'internet a eu, pour l'Humanité, une importance comparable au passage du crû au cuit (merci Levi-Strauss, pas le jean, l'anthropologue).

Que de redécouvertes magnifiques avec Flow, nostalgiques, poétiques et notamment ce titre énumératif et superlatif de Philippe Katerine, que j'avais complètement oublié, Morts - Vivants, et que je livre ici à vos appétits iconoclastes. Ici, Katerine fait son Dylan (celui de Don't look back de P.A. Pennebaker), mais montre que la campagne française peut etre plus dangereuse que la jungle newyorkaise.

Mais des découvertes aussi, grâce à un algorithme intelligent qui déduit des choix déjà effectués, d'autres choix possibles dans un champ proche. J'ai ainsi eu la très agréable surprise de sentir mon oreille et ma sensibilité attirées par un titre de Vincent Liben, que je connaissais très peu. Avec cette voix fragile et ces mélodies délicates qui rappellent Yves Simon (on trouve d'ailleurs sur Youtube une belle reprise de Diabolo-menthe par Vincent Liben), le jeune homme me semble vraiment quelqu'un à suivre et à découvrir, pourquoi pas, lors d'un prochain concert. L'élégance textuelle et musicale de ses compositions et cette impression que le texte renvoie parfois à un sens caché me font aussi penser à Bertrand Belin, qu'on n'entend décidément pas assez .

Voici Puerto Loco, enregistré à la RTBF. 

Une autre version, nettement plus électrique est disponible ICI, où le jeune homme utilise la Fender Jazzmaster qu'affectionne Florent Marchet. Mais "on comprend moins bien les paroles" et c'est dommage.

Voici une nouvelle journée qui se termine. Comme un chapelet d'événements se sont entremêlés les moments agréables, pleins d'odeurs de madeleine et les moments vides, avec cette odeur de pourriture, cette confusion des sens et des sentiments, cette impression de perte. La rédaction de ce billet, les recherches faites pour trouver les vidéos adaptées (il y en a cinq, quand même) ont été un moment paisible. Comme une simple envie d'écrire...