J'ai eu ce weekend deux films qui m'ont fait me sentir bien, alors que les choses ne m'y conduisaient pas forcément.

Night moves de Kelly Reichardt, écolo, pas écolo on ne sait pas, mais flippant, très flippant. La réalisatrice nous avait gatés avec deux longs métrages, Wendy et Lucy en 2008 et l'austère, minimaliste comme on dit, mais passionnant La Dernière Piste (Meek's Cutoff) en 2010. Night moves, c'est une heure cinquante de grand cinéma, plus une minute, soit totalement surprenante, soit un peu inutile, je n'arrive pas à me faire une opinion (juste avant le très graphique générique de fin, donc je n'en dirai rien de plus).
Le moteur de ce thriller au tempo lent et hypnotique est le hasard, le grain de sable qui fait exploser (c'est une explosion lente) une machination trop bien huilée. L'absence de manichéisme surprend. On est dans le fameux ciné indé US, donc chez les péquenauds, mais  le misérabilisme habituel (cf. le récent Joe) est resté aux vestiaires du studio. L'angoisse monte peu à peu, infiniment maîtrisée par une réalisation elle-même apaisée, jusqu'à la peur (en ce qui me concerne) pour le sort possible des personnages. Et puis, cette scène finale, surprenante ou inutile, au choix.
Comment certain(e)s cinéastes américains arrivent-ils, avec leurs petits sujets d'actualité, toucher de si près l'ample tragique du western ?



Pas son genre de Lucas Belvaux, qui, il faut être honnête, a déçu depuis quelques années, après la flamboyance de ses premiers films, est ma grande découverte de la semaine et je remercie la personne qui me l'a conseillé.

Au  départ, c'est juste un film sentimental, or Belvaux avait montré des sentiments pour la classe ouvrière ou les destins croisés de personnages ordinaires, pas spécialement pour les couples.

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Ici, il s'agit d'un prof de philo très parisien muté à Arras où il rencontre une coiffeuse. A priori sans intérêt. Mais deux circonstances rendent le film passionnant. D'abord l'approche "entomologiste" (je n'ose pas écrire sociologique, de peur de faire fuir) de cette histoire d'amour. Deux personnes qui se plaisent, mais issues de sphères socio-culturelles différentes, voire opposées, peuvent-elles construire une histoire ? Là, j'ai pensé à La vie d'Adèle et à cette exposition clinique de la genèse d'un amour. Jamais Belvaux ne prend parti, il sait trop (je ne cesse de le répéter, désoler) que le cinéma n'a rien à dire, mais tout à montrer (JLG). Ensuite, et j'ai l'impression qu'il n'y aurait pas eu de film sans elle, comme on n'imagine pas L'ange bleu sans Dietrich ou La Reine Christine sans Ga rbo, le film repose sur l'incarnation absolument lumineuse de son personnage par Emilie Dequenne. Là aussi je repense à La vie d'Adèle, tant je n'avais plus vu une jeune actrice se faire cinéma depuis Exarchopoulos. Emilie Dequenne est tellement bonne actrice (on le savait depuis Rosetta, son premier film) qu'il devient difficile de lui trouver un alter ego. Or, si l'acteur de la Comédie française Loïc Corbery est plutôt bien, jamais il n'atteint le niveau d'incandescence de sa protagoniste. Elle est dans la passion, la vie, l'énergie, il reste dans la passivité. Là aussi, c'est une question de point de vue, on peut penser que, passif (indifférent ? je ne crois pas et là, Belvaux se plait à brouiller les cartes), il est dans son rôle. Mais j'ai senti que Dequenne était trop brûlante pour lui. Pourquoi Belvaux ne s'est-il pas attribué le rôle ? Il a été acteur avant d'être cinéaste. Se trouvait-il trop vieux ? Il n'y a pas d'âge pour être amoureux. Je veux bien en témoigner.

Qui veut voir l'un de ces films avec moi ? Je me ferais bien une deuxième fois.