Quoi de plus précieux qu'un livre ? Deux livres, oui, une rangée de livres dans une bibliothèque etc. Mais n'est-ce pas pareil ? On ne peut pas multiplier, parce qu'on ne peut aller jusqu'au bout de ses lectures. La Grande Faucheuse fauche aussi les ouvrages que nous n'avons pas lus. Je pensais à ça tout à l'heure en prenant une bière au bar du Café Divan, que j'aime notamment parce qu'il laisse libre la vue sur la librairie d'en face que j'aime beaucoup, même si je n'ai pu y trouver le dernier Richard Yates. On ne peut pas tout avoir. Il me revenait que chez Gibert Joseph, ou était-ce à L'arbre à lettres, mais je ne le crois pas, constatant la profusion de livres non lus ou non relus, j'avais demandé un sursis de 10 ans, ma vie + 10 ans, pour commencer ou recommencer mes lectures. 10 ans accordés par Le Grand Libraire, pour me consacrer uniquement à la lecture et au regret de ne m'y être pas consacré plus.

Marguerite D
Marguerite Duras. Beauté du texte et du visage.

Comment se fait-il que seul dans une librairie avenante je ne me sens jamais seul ? Alors qu'au bar d'un bistrot, au cinéma, voire au milieu de vous, si. C'est peut-être l'idée qu'avec toi et toi, je suis bien, mais vous finirez par partir. Le film, quel véritable intérêt s'il ne peut être décortiqué à la sortie, sans parler de la main absente pendant la projection. Au bar du bistrot, la solitude est palpable, presque brûlante, ce qui fait que je ne reste jamais après avoir asséché mon verre. Non, jamais de deuxième bière, je préfère boire chez moi. Mais les livres sont des compagnons solitaires et amicaux qui ne se referment jamais vraiment, qui sont toujours présents dans la bibliothèque quand l'envie te prend d'en ouvrir un, particulièrement précieux et lire une phrase ou plusieurs ou tout le texte.

Les livres sont comme des chiens qui ne sentent pas le chien mais peuvent sentir le papier, voire la poussière. Qui peuvent sentir le temps. Fidèles, toujours là quand tu en as besoin ou juste envie. Je vais mourir. Et un grand nombre de livres auront vécu sans moi, ou c'est le contraire. J'entends le vent dehors et me vient l'image de feuilles qui s'éparpillent, qui s'envolent, qui s'échappent. Qui aurai-je préféré ? Faulkner et ses accents shakespeariens ? Flaubert, son Emma pathétique, son Frédéric morose ? Marguerite Duras dont les errements langagiers collent à mes hésitations d'homme jamais à sa place ? Peut-être Alexandre Dumas et les huit volumes des Trois mousquetaires etc. Je ne sais pas, ça ne compte pas, ce qui compte c'est lire et y prendre plaisir. Non ?

En ce moment, j'ai une amie qui ne lit pas, va savoir pourquoi... Elle s'est mesurée à Giono récemment et y a laissé ses dents de lait. Peut-être devrait-on lui conseiller Salinger ou je ne sais pas, Laura K. ? Ou peut-être que ça n'a aucune importance de lire ou de ne pas lire. Vivre, tant qu'on y et invité, est la seule clé. Visiter les jardins sauvages. Passer des volcans à Londres. Faire l'amour et s'y sentir bien, avec des personnes bien.

Je ne sais pas.