Je n'arrive plus à parler de cinéma, si. Tout à l'heure, au P'tit Breguet, à côté de chez moi, je parlais à un ami des Chiens errants, un des derniers films vus, de Tsaï Ming Liang (orthographe non vérifiée) et, en évoquant les invraisemblables deux derniers plans, j'ai failli pleurer, porté par l'émotion. L'émotion, oui, c'est ce qui reste et je n'arrive plus à la traduire en mots écrits. Je peux répéter comme un disque usé, que le cinéma n'a rien à dire et tout à montrer (citant JLG), je me sens démembré quand l'occasion de commenter un film ne se présente plus.

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 Et que dire des livres, que dire de Bonjour Minuit de Jean Rhys (traduction de Jacqueline Bernard, d'une précision qui fait plaisir), que dire d'Une saison de nuits, premier roman de Joan Didion et sa dernière publication en France, vieux pays qui n'en finit pas de découvrir sa jeunesse d'écriture (dans une traduction impeccable, comme d'habitude, de Philippe Garnier), sinon rien ? Si, j'ai kiffé, bordel.

Comment écrire sur des films et livres dont on n'a pas pu parler, comment ne pas se souvenir que l'écriture est le prolongement harmonieux et structuré de la confrontation verbale ?

Et qui se soucierait, franchement, du plaisir que j'éprouve à écouter et faire découvrir, à des personnes parfois peu réceptives, ce merveilleux album de Metronomy, Love letters ? Cette pop si élégante entre dance floor et mélancolie qui hisse la musique populaire à un tel niveau d'exigence. 

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Avec Bernard, ce soir, on a évoqué les films vus ensemble dont, à Lyon, Boy meets girl, le premier Carax. Assez terroriste à l'époque pour entraîner la petite bande de Lyon découvrir ce qui est devenu, depuis, le brouillon inspiré d'une filmo exceptionnelle (Mauvais sang, Les amants du Pont-Neuf et récemment l'étonnant Holy Motors - quand nous étions sortis de la salle, aux Halles, nous étions restés silencieux ; je l'avais déçue ce soir-là en étant incapable de dire mon enthousiasme, écrasé par cette vision, même si au final, au moment des palmarès de fin d'année, je lui avais préféré Amour de Michael Haneke, pour des raisons personnelles, mais aussi pour me démarquer de mes propres émotions). Le soir de Boy meets girl, Fab avait eu le jugement qui tue toute idée d'échange en disant "On ne peut même pas dire que c'est un mauvais film." Même pas un mauvais film. Rien. Le néant sur pellicule. Bien sûr, ce souvenir m'amuse aujourd'hui. Preuve qu'on peut être brillante, comme elle l'était et l'est encore, j'imagine et ... non, le mot ne me vient pas.

Comment écrire sur le cinéma sans en avoir parlé. Je fréquente actuellement, en tout bien tout honneur, donc purement amicalement, Clo qui se fiche du cinéma comme de ses premières culottes. J'aime beaucoup Clo qui me le rend bien mais quand je lui ai montré des extraits d'A bout de souffle et Bande à part, elle m'a juste dit que c'était "mal joué". Je respecte profondément ce point de vue mais celui-ci ferme toute possibilité de discussion. C'est le même prix, c'est Monoprix.

J'aime la sincérité. En fait, j'en ai besoin. Je suis sincère quand j'affirme J'aime les gens et autant quand je ressasse Je déteste les gens, totalement sincère et à juste distance de l'ignoble Les gens m'indiffèrent. Là, il me vient l'image tragique de Jean Valjean sous les traits d'Harry Baur, les empoignades verbales stupides en faisant la queue, la foi inaltérable en l'Amour sans limites, Louis-Ferdinand Céline, Docteur Destouche soignant gratuitement les malheureux puis leur apportant sans les forcer le réconfort de la littérature, comme religion sans spectre à adorer. Je me revois ces jours-là, un moi sans crainte que le bonheur s'altère. La fin du bonheur comme la fin de la vie, quelque chose d'étrange et de contraire à la raison. Jean Valjean, ce dos solide, cette certitude finale de n'avoir pas vécu pour rien.

Je me souviens de ce type, même si je ne me rappelle rien de lui, rien d'autre que son "So british" inattendu, mais plaisant. Comprenne qui voudra. C'était un beau quartier de Paris où je ne vais plus guère, craignant les fantômes qui se manifestent parfois la nuit quand je ne dors pas ou quand je dors mal. Ça me rappelle une chanson de Nougaro.