Puisqu'il faut vraiment de tout pour faire un monde, une dédicace acoustique, prétexte à revoir et réentendre BB.

Gatsby est peut-être magnifique, mais (vous avez remarqué qu'on parle toujours de la Première et de la Seconde Guerre Mondiale, supposant au passage que cette dernière restera la dernière, mais qu'on est infoutu de numéroter la Paix Mondiale ; en fait de paix, on est encore loin du chiffre Un) ça commence à taper sur les nerfs, non, cette exploitation de la plus belle littérature par le plus sordide des cinémas. Le livre de Scott Fitzgerald comporte des beautés purement intériorisées, une sorte de musique secrète qui emporte le lecteur vers un intime vertige que le cinéma est impropre à traduire en images. Surtout un certain cinéma. Surtout en 3 D. Les producteurs sans idée, foutez la paix à la littérature, adaptez les best sellers, les livres de vampires pour ados, les livres de cul pour rombières, mais laissez les vrais livres à leurs lecteurs, putain ! Pourquoi pas, pendant que vous y êtes, travestir Les Misérables en comédie musicale ? Pourquoi pas réincarner l'imaginaire délicat de Boris Vian en Gondryole ? Laissez-nous tranquille avec nos livres, nos yeux pour voir, nos cerveaux pour nous représenter, notre sensibilité pour en faire ce qu'on veut, laissez-nous rêver, laissez-nous vivre et occupez-vous de vos autoroutes à péage, loin de nos ères de repos, loin de nos parties intimes et notamment de notre imagination, qui ne regarde que nous, qu'en nous.

gastbyCe jour là, un vrai jour de bonheur, nous avions découvert une belle librairie, Libralire, rue St Maur et j'en étais sorti avec Gatsby le magnifique (que je n'avais jamais lu), dans une belle édition Folio, pour le plaisir simple d'acheter un beau livre dans un bel endroit. J'en avais parlé, en y ajoutant quelques photos, ici. C'était hier.
J'étais venu à Fitzgerald, dont la lecture, auparavant, ne m'avait jamais attiré, sous la double influence du merveilleux Midnight in Paris de Woody Allen (dont je me souviens avec émotion, car nous l'avions vu un jour comme aujourd'hui, un jour d'ouverture du Festival de Cannes, tiens, nostalgie, nostalgie) et, très lié à ce film, de Paris est une fête d'Hemingway.
Vous voyez, ça c'est très beau, ce lien de respect et de désir entre cinéma et littérature. Woody Allen écrit (c'est un tel bel écrivain) et réalise un film avec en tête, manifestement, le livre d'Hemingway, même si son film n'est en rien une adaptation. Woody Allen est de ces cinéastes qui n'ont besoin de personne d'autre qu'eux-mêmes pour écrire leurs films. Nous voyons le film simultanément à sa présentation en ouverture du Festival de Cannes, en mai 2011, rive droite. Nous le revoyons quelques jours plus tard, mais Rive gauche, par souci d'équité. Le film donne des envies de lecture, Paris est une fête donc, titre emblématique car Paris à cette époque commençait à être une fête permanente. Hemingway évoque longuement son amitié un peu trouble avec Fitzgerald (pas trouble au sens sexuel, mais au sens où on se demande si cette amitié n'avait pas un caractère factice) et sa lecture me donne envie de découvrir le dandy alcoolo (enfin, l'autre alcoolo, car Ernest était rarement à sec à l'époque où il écrivait ses souvenirs de jeunesse parisienne). Et il est vrai que Gatsby, le roman, est magnifique. Je ne sais pourquoi, la poursuite de la lecture de Fitzgerald, avec Tendre est la nuit, a été décevante. Un peu comme si Fitzgerald avait conservé le champagne de Gatsby, mais sans souci d'intériorité, sans mystère. Mais je n'aimerais pas décourager qui que ce soit de lire Fitzgerald, je me demande d'ailleurs, à propos de Tendre est la nuit, si je n'ai pas tout simplement été un mauvais lecteur ? Ça arrive.

Mes chers amis, un conseil en forme de supplique. Ne vous laissez pas voler le plaisir de vos lectures par les marchands du temple. Voyez des films qui sont des films, pas des produits, pas des phénomènes boursiers. Lisez des livres qui vous plaisent, gardez ce plaisir intime pour vous ou partagez-le, mais ne laissez personne galvauder ce plaisir, le salir. Oui, je sais, je suis un poil sentencieux. Ça arrive  aussi.

Chouette, j'ai réussi à faire court.