Une can de Dr Pepper à la main, un regard vers un vieux post consacrant Dennis Hopper, une oreille pour Marianne (Faithfull), nostalgique, on est juste bien.

Et on se retrouve en plein défilé du Premier Mai. Entre CGT et SUD, une CFDT compacte mais très offensive, les autres syndicats et les partis de gauche, en queue. L'Internationale, reprise un peu partout, des militants de banlieues encore rouges au saugrenu cortège bien rangé dans sa naphtaline des cagots de Lutte ouvrière, dont la montre est toujours bloquée, quel que soit le temps, quel que soit le vent, en 1938. Mais l'Inter n'est pas ce jour-là, la seule, ni même la plus populaire des rengaines révolutionnaires. Le vrai tube, ce Premier Mai 2012, c'est celui-là : On lâche rien !, popularisé entre meetings, festivals, manifs (et campagne de Mélenchon) par HK et les Saltimbanques (album Citoyens du Monde).

Plus proche musicalement de Zebda que du rock, d'une incontestable générosité dont sourd une émotion manifestement sincère à la François Béranger, à défaut de la rigueur d'écriture de Léo Ferré, ce titre, repris avec enthousiasme par les militants, les marchants, les passants, les flanants, est à l'image de la manifestation, populaire, passionnée, indignée, parfaitement politique. Naïve ? Pour autant peut-être que l'utopie se réduirait à la naïveté. La dernière grande manif avant la dernière grande lessive de dimanche prochain. Ils, elles y croient. On y croit. Comment ne pas y croire, d'ailleurs, quand on refuse d'avoir une racine sèche au fond du coeur et un gland à la place du cerveau.
Et les petites clochettes blanches d'espoir du muguet (blanc, vous savez, la page blanche qui reste à écrire, l'histoire à vivre dans l'Histoire) nous fait tourner la tête vers des lendemains qui chanteraient On lâche rien, on lâchera rien, Bordel !

On y était pas par hasard, dans cette manif. Ça avait démarré par une promenade dans le Marais, de la rue Saint-Antoine où nous avons des habitudes nouvelles à la rue du Temple où je viens souvent caresser les débuts de mon histoire, jusqu'à la rue des Rosiers, à la recherche d'une place au soleil Chez Marianne pour prendre un verre à deux comme ça se fait le jour du muguet.
Un peu partout, des traces de la campagne, avec ce montage qui se projette dans l'après 6 mai : que faire des soldes ?

Rue de Rivoli0503121
On en tirera pas grand chose...
Auprès d'une banque d'affaires ? Non ?  Pas compétent, c'est vrai,
vu l'état dans lequel il laisse la France. Sans compter l'Etat.

D'autres images du passé si proche de la campagne, ext. droite, ext. gauche.

 Rue des Rosiers0503122Rue des Rosiers0503121

Puis la manif, lyrique, large, longue, déterminée et le bonheur d'être ici, un, une, parmi les autres, à imaginer une Bastille de fraternité. J'en ai ramené quelques images, mais à ma grande honte, j'avoue m'être planté dans certains réglages de mon appareil photo. En voici deux rescapées, de fin de journée.

Bastille0504122

Bastille0504121

Un dernier appel avant le Grand Saut en avant (gardons l'espoir en l'avenir, camarades, il semble devant nous), celui qui est passé par ces chers Inrocks. Il s'agit cette fois des intellectuels et des artistes qui nous disent :

Pour les savoirs et la culture,
nous voterons François Hollande

Ca commence ainsi, un peu solennel, mais l'appel est bien :

Nous, citoyens, étudiants, acteurs de l’éducation, des universités, de la recherche, de la médecine, des arts et de la culture, quels qu’aient pu être nos votes au premier tour de l’élection présidentielle, appelons l’ensemble des Français à voter François Hollande le 6 mai prochain.
Nous venons d’horizons différents, nous avons sur bien des sujets des positions divergentes voire opposées, nous ne partageons pas nécessairement toutes les options du candidat de la Gauche. Mais une même exigence républicaine nous rassemble : celle d’un pays uni par sa langue et ses valeurs, fondé dans l’histoire par l’esprit d’égalité et de justice, terre d’accueil à chaque génération.
Dans chacun des domaines que nous représentons – les sciences humaines et sociales, les sciences exactes, la médecine, la littérature, la philosophie, le journalisme, les arts – la France ne serait pas la France si elle avait refusé de s’ouvrir aux autres. La France ne serait pas la France si elle n’avait pas toujours promu les valeurs de l’intelligence, de la curiosité, de la découverte, de la réflexion et de la générosité dans le respect des droits de chacun. 

Et ça se termine comme ça :

Le savoir et le partage de la connaissance, sous toutes leurs formes, sont les seuls moyens pour exister et progresser dans le monde d’aujourd’hui. La France ne peut rester grande que par ses valeurs, sa culture, son ouverture au monde. Nous refusons le rétrécissement et l’abaissement intellectuels auxquels on assiste actuellement.
Voilà pourquoi, le 6 mai, nous voterons François Hollande.

C'est signé par un gros paquet d'intellos et d'artistes, certains étant les deux, dont j'aime pour beaucoup (parmi ceux que je connais, oui) le travail. Comme Jeanne Balibar et Robert Cantarella, vus tous deux à la Ménagerie de verre, Jean-Pierre Azéma, Didier Bezace, François Dubet, Louis Garrel, Alain Rey (le Magnifique), Pierre Rosanvallon, Jean Jacques Sempé, Benjamin Stora, Elsa Boublil de France Inter, Anaïs Demoustier, Christophe Honoré, Aldo Romano et tant d'autres sans qui la France compterait moins ou serait moins belle.

La suite de l'Appel à lire ICI, parmi les blogs des Inrocks.

On se quitte avec Charlie et la promesse de dire au petit marquis qui avait juré d'exploser Hollande lors du débat de mercredi (c'est bon de rire), de lui dire dimanche qu'une bonne fois il cesse de nous casser les urnes.

Charlie 6 mai 2012

Et on lâche rien !