J - 1, bigre !
552012_379928148696996_106626879360459_1199015_239590205_nJ'aurai réussi à jouer l'indifférence jusqu'à J - 1 (Bigre, parconséquent), mais là je ne tiens plus. Je ne tiens en fait pas plus que ça à voir mon Petits Pavés rangé parmi les blogs de pouffes, abstentionnistes par essence qui se consument d'aise dans la contemplation de leurs jolis ongles réticuleusement manucurés, employés à étreindre le dernier bagel à la mode  testé dans une bonbonnière à bouffe au nom à consonnance forcément américaine (du Nord), immédiatement instagrammés pour la postérité et enfin révélés au monde entier ébahi ("je veux trop les mêmes" minauderont les commentaires), dans une flaque de fautes d'orthographe ou de français. Je ne suis pas et ne serai pas abstentionniste. Le droit de voter est un bien collectif trop cher pour être négligé, comme le droit de s'exprimer sur internet est trop précieux pour être galvaudé.
Mais j'avoue un certain désarroi au moment de choisir mon bulletin. Il y a cinq ans, le vote Ségolène s'imposait comme la voie royale pour la raison, pour qui se souvenait d'un certain 21 avril noir. Cette fois, il semble que le candidat de la gauche consensuelle a plus que toutes les chances de l'emporter, du moins au second tour. Encore faut-il qu'il ne se jospinise pas au premier, mais tant les sondages que la rumeur publique (qui enfle, me semble-t-il) tendent à montrer que c'est impossible, tant la distance entre les deux candidats poids lourds et les autres est importante. Alors...
Alors, je voterais bien Mélanchon. Un SMIC à 1700 € ne serait pas du luxe, quand tu vois le prix d'une corbeille à l'Opéra Garnier, théâtre national participant, donc, du service public de la culture. Et si BVA ne se trompe pas, il serait à 14 %, soit au niveau exact (en nombre de voix, pas en qualité philosophique) de la blondasse fachoïde. Un petit coup de pouce pour qu'il la dépasse (pas en qualité humaine, en nombre de voix), quitte à lui marcher sur la choucroute au passage, ferait du bien au moral : Mélanchon, le Troisième homme, comme dans le film, ça aurait de la gueule, non ? Oui mais... A propos de films, Allociné a dévoilé, avant le casting de Cannes, la liste des films préférés des candidats (voir ICI pour rigoler). Et si La Méluche est un intello, ce n'est pas vraiment un cinéphile, sauf à soupçonner chez lui un consensualisme étrange. Bien sûr, ses choix ne sont pas aussi ridicules que ceux de Sarkozy, qui ne craint pas de citer Dreyer et Lubitsch, ce qui est un peu loin du Fouquet's et de la Mireille Mathieu de sa Concorde à lui. Pour Lubitsch, le candidat sortant précise même "les films muets de Lubitsch"... L'Éventail de Lady Windermere, par exemple. Quand on sait que ce film aurait été le dernier vu par Claude Chabrol avant de passer de l'autre côté du scénario, on frémit.
Bref, si on oublie sa dilection pour Out of Africa, Mélanchon apparaîtrait comme le vote utile de gauche, pour la gifle  possibleVotez1 dans la tronche de J'suis dans la Marine, touche mon teuton. Et puis, marquer un peu Hollande à sa gauche pourrait aider à éviter les effets détestables mais probables de son élection, dans la veine un peu godiche des "déçus du socialisme" de 81.
Mais si je m'interroge au plus profond de moi (non, ne regardez pas, c'est très privé), je suis obligé de me demander : certes, Mélanchon est un intellectuel, un tribun et un homme décidé (et probablement droit), mais ai-je, fut-ce juste un peu, de sympathie vraie pour cet homme arrogant, cassant, hugolien ?

Alors, voter pour Eva Joly, pour sa gentillesse et son charme naturel, sa probité, pour avoir dit lors de son meeting de jeudi soir au Cirque d'Hiver, en réponse à une certaine Marine LP, ces phrases très belles, sans doute les plus belles de cette campagne :
« J’ai vu le courage et j’ai vu la beauté de notre nation. Nation citoyenne que je veux débarrasser définitivement de la fiction infâme de la race. (...) Nous sommes chez nous, nous les Français et les Françaises, Métèques venus des quatre coins du monde pour faire la France, nous les métis et les métisses, nous les immigrés qui travaillons sur les chantiers et nous cassons le dos pour ériger des bâtiments. Nous sommes chez nous, nous les Bretons, les Corses, les Occitans, nous les Polaks, les Portos, les Ritals et les Espingouins, nous les Youpins, les Nègres, les Bougnoules. Et nous, les Norvégiennes ménopausées... »
La grande presse aura sans doute retenu, pour l'essentiel, le dernier membre de phrase et c'est dommage.

Voter Hollande dès le premier tour ? Je n'y manquerai pas si les sondages publiés samedi ou dimanche par la presse étrangère laissent le moindre doute sur sa présence au second tour.

Si vous êtes comme moi et que vous recherchez de bonnes raisons de voter (dimanche) pour un candidat en particulier, le Quizz du Monde, qui est plutôt bien foutu, est fait pour vous : vous saurez, en choisissant les propositions qui vous séduisent le plus, le programme électoral dont vous êtes le plus proche. Pour moi, (à en croire Le Monde), le tiercé gagnant est : 1. E. Joly, 2. Ph. Poutou (?) et 3. F. Hollande... Mais le choix d'un candidat se fait-il réellement en fonction d'un programme ? Et ai-je toujours bien compris les propositions du quizz ?

Pour agrémenter la lecture de ce billet, je vous propose d'écouter la dame qui chantait dans les étoiles et qui n'eut pas besoin de monter au ciel pour être un ange.



Depuis quelques semaines, je réécoute beaucoup Ella Fitzgerald, avec une émotion teintée de nostalgie, mais également une admiration sans bornes. Sa façon de faire de la musique et du sentiment avec sa voix et sa propre émotion, sa passion (ou son humour, c'est selon) ressemblent souvent à une leçon, dont l'écoute est toujours bénéfique aux jeunes générations comme aux autres.
J'écoute en particulier deux concerts "historiques" : Ella at The Opera House, enregistré à Chicago en 1958 avec un quartet dirigé par l'immense Oscar Peterson : Oscar Peterson (Piano), Herb Ellis (Guitar), Ray Brown (Bass) et Philly Jo Jones (Drums) ainsi que Ella in Berlin, enregistré en 1960 avec un quartet composé de Paul Smith (piano), Jim Hall (guitar), Wilfred Middlebrooks (bass) et Gus Johnson (drums). La légende veut qu'Ella improvisât les paroles de Mack the knife (concert de Berlin) parce qu'elle en avait oublié le texte. Le même concert comporte avec How high the moon une sorte de manifeste scat qui culmine avec la brève évocation de Smoke gets in your eyes qui mouille toujours les miens.
Si vous avez cliqué le lecteur Deezer, vous entendez la version berlinoise de Misty, thème de Johnny Burke et Erroll Garner qui a inspiré indirectement au réalisateur Clint Eastwood son premier film (Play Misty for me).
Comme vous m'avez lu jusqu'ici, j'aimerais récompenser votre patience en vous offrant justement How high the moon, dans l'enregistrement de 1960 à Berlin. Swing !



Ceci étant, il n'y a pas que les élections dans la vie, même si balancer à la poubelle de l'Histoire la morgue, l'arrogance et la vulgarité de Sarkozy et des siens va se révêler extrêmement bénéfique pour notre environnement immédiat et plus lointain : un petit geste dans l'isoloir, un grand geste pour la planète. Il y a le cinéma, aussi...

A Marseille, il se passe toujours quelque chose et en ces temps où se dévoile la passionnante partition qui sera jouée à Cannes (dès la fin des Présidentielles et juste avant Roland Garros -- ne pas relâcher la pression !) on annonce du 21 (samedi) au 24 (mardi) avril, le Festival du Film Chiant.

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Comme le proclame son affiche, ce festival s'attachera pour sa première édition à montrer et promouvoir un cinéma muet, égocentrique, trop long, court, expérimental, amateur, contemplatif, lent, social, art-vidéo, immature, low-fi, non narratif, politique etc. Tout ce qu'on aime, ici... On relève au long-court d'une programmation plutôt modeste en nombre de films le classique absolu Häxan, la sorcellerie à travers les âges, film dano-suédois de Benjamin Christensen (1922), doublé d'un accompagnement musical, Fenming, chronique d'une femme chinoise et (surtout ?) le court (40 minutes environ) Ce qu'il restera de nous, tourné dans l'urgence par l'étonnant Vincent Macaigne.
Justement, ici, on s'intéresse au cinéma et on a eu l'occasion de dire une partie du bien que l'on pense de Macaigne, homme de théâtre et de cinéma, acteur, réalisateur, metteur en scène et auteur dont le Festival (chiant également) Etrange Cargo, à La Ménagerie de verre, présentait récemment En manque, d'après Crave de Sarah Kane. Que dire de cette pièce, dont la violence assumée cache mal une exacerbation des sentiments, sinon que l'auteur-metteur en scène-acteur-accessoiriste nous a également placés... assis sur  une table de bois. C'était une très belle soirée.
Ciné + Club diffuse actuellement Un monde sans femmes de Guillaume Brac, que nous avons revu récemment, prenant mieux conscience que la première fois, en salle, du talent d'acteur de Vincent Macaigne, aussi doux, attachant et empoté ici, qu'il peut se montrer guerrier, agressif (en apparence du moins) et d'une noirceur profonde dans ses propres productions.
Pour les abonnés et ceux qui ont un(e) copain-copine pour le leur enregistrer, Un monde sans femme sera rediffusé lundi 23 à 18h50 et mardi 24 à 7h55 (puis sans doute à d'autres dates), accompagné du court Le naufragé, complément indispensable, également signé Brac et interprété par Macaigne.

Le site du Festival du Film Chiant, pour tout savoir.

En deux mots, les trois films que j'ai vraiment aimés ces dernieres semaines : Week end, un film d'amour social et sentimental de Andrew Haigh, Twixt, le nouveau Coppola (c'est tout dire) et Trabalhar cansa (travailler fatigue, littéralement), film brésilien de Juliana Rojas et Marco Dutra, malin et inquiétant.

Dimanche, selon l'expression consacrée, VOTEZ DUR, VOTEZ MOU, MAIS VOTEZ DANS LE TROU !