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La Cité de la Musique consacre à Bob Dylan, ("l'explosion rock 61-66"), depuis le 6 mars et jusqu'au 15 juillet prochain une exposition qui me procure à l'avance un vrai plaisir et sera l'occasion de revenir ici, en deux ou trois tempos d'énergique nostalgie, évoquer cet artiste singulier, chanteur, poète, auteur-compositeur, écrivain, peintre et cinéaste (et homme de radio et clown céleste) qui a, il fut un temps, orienté ma vie et ma façon de voir (la vie).

Bob Dylan, autant et peut-être plus que les penseurs de profession (Marx, Sartre, Debord), les politiques (Guevara, Ho Chi Min, Mendès) ou les autres artistes (Ferré, Lennon, Godard) a participé à la formation morale, esthétique et sentimentale de cette génération qui se reconnaitra dans le remue-méninges de 1968 (ne sommes-nous pas le 22 mars ?). Dylan a plaqué ses accords sur nos émissions séminales et nos redditions politico-philosophiques, il a enroulé dans ses phrases labyrinthes nos liaisons amoureuses et nos rencontres citoyennes, il a enduit de blues un peu sale nos espoirs enfouis dans ces gros sacs de réalité dégueulasse, dans ces perspectives aveugles tranchées d'un coup de cutter sanglant.

Il a été présent.

Je dédie ce papier et ceux qui suivront à Gilles le coiffeur poète, à Jean-Marie aux cheveux rouges d'impatience, à Jean-Pierre aux lunettes cerclées de douceur.

La première occasion d'évoquer ici Bob Dylan est le concert de Moriarty, Before Dylan, donné le 8 mars dernier à la Cité de la Musique, en accompagnement de l'exposition. Le groupe franco-américain de Rosemary Standley, répondant à une commande de la Cité, a présenté un programme non pas composé de titres de Dylan lui-même (ce qui aurait été un peu facile, peut-être et sans doute moins fécond) mais des racines, influences, prémisses du Grand Bob. Ce qu'on connaissait sans doute un peu, mais peu justement. Des titres folk, country, blues, rock, de Big Joe Williams (j'ai une faiblesse pour la reprise du Baby please don't go fidèle à une des versions signées Dylan) à Woody Guthrie, bien sûr, mais aussi Hank Williams ou Chuck Berry et évidemment Joan Baez (j'ai une faiblesse, également, pour la reprise toute en finesse humoristique de Mattie Groves). En près de deux heures d'un concert intense et élégant, Dylan sera cité deux fois (Subterranean homesick blues et A hard rain's a gonna fall, en medleys). Quant au reste, ces chansons de gamblers, de ramblers, de marins, d'ouvriers agricoles et de mineurs, de poivrots et de clochards célestes sont magnifiées par la beauté classieuse de la voix de Rosemary Standley, de son maintien, de sa hauteur, de son (encore) élégance aristocratique et par la précieuse précision des arrangements.

Pour celles et ceux qui n'étaient pas à ce concert, voici la vidéo de ce très joli moment d'hommage à la musique populaire américaine, piquée au site Arte Web. En cas de rupture du lien, on peut profiter, in-extenso aussi, de ce merveilleux moment ICI, avec la possibilité d'isoler un titre.


Outre une tournée que j'aurais aimé rattraper (je n'ai jamais écouté Moriarty dans son propre répertoire, sinon en disque), l'actualité du groupe s'étendra à la rentrée au théâtre. Le Théâtre de la Bastille présentera en septembre Memories of the missing room, inspiré à Marc Lainé par le deuxième album de Moriarty.

Rien à voir mais,
au fait, je tiens à exprimer ici que cette semaine, je trouve l'affiche de Charlie Hebdo très con. Au pire, ce dessin de Luz est une saloperie. Si l'équipe actuelle de Charlie voulait montrer la distance entre le triste torchon qu'il est apparemment devenu et son ancètre Hara-Kiri Hebdo, définitivement interdit après son assourdissant "Bal tragique à Colombey" (qui valut à celui-ci une interdiction définitive en novembre 1970), c'est gagné.

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Certains jours, la connerie d'une certaine extrème gauche le dispute à la connerie habituelle de l'extrème droite. Et c'est insupportable. Ceci étant, l'exploitation de la tragédie de Toulouse par une Le Pen qui en profite pour convoquer le rétablissement de la peine de mort (via un référendum, donc en comptant sur ce que nous transportons en nous de plus nauséeux) est à vomir.

A bientôt.