Nous y sommes donc. Mystères de Lisbonne est diffusé en ce moment par Arte, chaine du service public. Et je suis consterné de constater que, comme l'annonçait la chaine dans sa pub, le film est diffusé en VM (version multilingue). Sauf que ma télécommande, et j'imagine que ce n'est pas du à ma télécommande, me donne accès à la VO (allemande, selon numéricable) et je revois ces images qui m'ont bouleversé et j'entends cette langue sensuelle, si belle. Mais aucun sous-titre n'est proposé.

Alors, ça veut dire quoi une chaine de service public proposant un film exceptionnel, d'une durée exceptionnelle également, à une heure de grande écoute, mais forçant le public ignorant le portugais (je n'ai rien contre les portugais, évidemment, mais j'ignore leur langue comme un bon con de français) à le suivre en VF.

Parlons de la VF.

Dans ma jeunesse lointaine et folle, je lisais plein de revues de cinéma, j'en lisais plein, car il y en avait plein (je vous fais grâce des titres et de la nostalgie qu'ils trimballent). Je lisais notamment une feuille radicale et fauchée qui véhiculait plein d'idées séduisantes. C'était Jeune Cinéma. S'agissant du vieux débat VO/VF (qui est clôt depuis longtemps, quand on aime les films on les voit en VO et quand on ne parle pas toutes les les langues étrangères, on les voit en VOST), j'avais aimé lire que voir un bon film étranger doublé en français, c'était comme écouter la IXème symphonie de Beethoven jouée à l'harmonica. Je n'ai rien contre l'harmonica, des gens comme Dylan, Springsteen ou Bashung en ont fait un instrument bouleversant, soulignant par la simplicité de sa ligne harmonique le blues évident de la vie des artistes. Et pourquoi la IXème ? Mais un harmonica n'est pas, il me semble, un orchestre symphonique.

Vous vous souvenez ces films où des souris chanteuses émettent un petit son charmeur mais lointain car trop aigu et étique ? La VF, ça me rappelle ça, quelque chose de facile mais qui force à aller vers le bas pour entendre. Vous faites ce que vous voulez, mais celles ou ceux qui auraient l'impression, trois heures après, d'avoir connaissance de ce qu'est Mystères de Lisbonne, après l'avoir suivi en VF comme un épisode épisodique du Docteur Maison, se plantent et, sans les plaindre, je regrette qu'ils soient passés à coté d'une oeuvre majeure, une des cinq ou dix raisons de continuer à aimer le cinéma depuis dix ans.