George Shearing a eu, le jour de la Saint-Valentin, la pire idée de sa longue vie : la quitter et nous quitter aussi, comme si les pianistes intègres, comme il le fut, ne nous étaient plus utiles. Ce n'était pas une star et il n'était pas seulement intègre. Compositeur de Lullaby of Birdland (le Birdland, cette mythique boite de jazz ou Charlie The Bird Parker aidait les buveurs à vider leur pinte) et du génial Let's call the whole thing off immortalisé par, entre autres, Fred Astaire, (puis ma Diana Krall, après Ella Fitzgerald et tant d'autres) il était devenu vers la fin des années 50 un personnage de roman. Pas n'importe quel roman : Sur la route de Jack Kerouac, qui raconte un concert de Shearing au Birdland, justement.
Il était parfois un agent-double, selon le concept de Pierre Bouteiller, que je salue affectueusement au passage. Je vous propose d'écouter Il never entered my mind, classique du jazz aux multiples interprétations, qu'il avait su intimement unir, comme en un acte amoureux, avec une des plus célèbres Gymnopédies d'Erik Satie. La vidéo ne vaut pas un clou, c'est juste pour écouter et l'image fixe repose. Comme Shearing Sir George Shearing, pianiste blanc, londonien et aveugle de naissance. Ca l'aura préparé à cette nuit éternelle pour lequel je lui souhaite bien des choses.

Shearing mort, la vie continue et parfois la musique est belle.

Je fais rarement de la pub pour la télé. Hier soir, j'ai vu Florent Marchet dans l'émission où le public applaudit bêtement, Taratata, sur France 4. Redif le 18 février sur France 2, me semble-t-il, vérifier l'heure. Les habitués des Petits Pavés savent que Florent Marchet est ici chez lui. Dans l'émission (extraits sur le site de France 4), un très bon sujet sur FM, qui montre sa progression assez prodigieuse, quand on pense que ce mec pêchait des écrevisses dans la Creuse il y a peu. Egalement une interview où il se montre tout à fait éveillé (Wouaaah, les yeux de ce mec, il y a du feu là-dedans), ainsi qu'une version de Benjamin tout à fait convaincante. Comme Gaétan Roussel était de passage (invité par Florent), ils ont entrepris un duo (Nagui adore ça), une reprise pas mal du tout du tube de Stéphane Eicher sur un texte de Philippe Djian, Des hauts, des bas. On écoute (si on veut, évidemment, vous n'êtes pas obligé(e)).

La Belle rebelle sort un disque très beau, très loin des murs de guitare électrique qui enfermaient un peu, il y a quelques années sa musique dans un genre. Il faut se méfier des genres musicaux, surtout quand on déploie sa liberté de ton dans les brisées de l'immense Patti Smith. Après le très serein White Shalk de 2007, porté par un piano et une harpe apaisés, Polly Jean Harvey (PJ pour la police) trait trembler l'Angleterre avec un Let England shake politique, social, voire un peu militaire. Nous sommes en guerre, PJ en écrit la bande-son. Sorti lundi dernier, le disque a donné lieu à un concert parisien, dans l'intime Maroquinerie, retransmis le soir même sur Arte Web TV, Les inrocks et Deezer.

Voici la chose.

Ce concert était le clou enfoncé profondément dans ce billet assez décousu, mais consacré à des artistes que j'aime et qui, s'ils ne me sauvent pas de la damnation, me permettent d'attendre la mort avec gratitude pour certaines choses qui l'ont précédée.