L'image est une photographie d'Erwin Olaf,
C'est une évocation de Who's affraid of Virginia Woolf réalisée pour la réouverture du DeLamar Theater d'Amlsterdam.
Et puis, comme j'avoue ne pas avoir su choisir entre deux styles de ce photographe généreux qui en affiche beaucoup (de styles), il y a une deuxième photo, beaucoup plus dépouillée mais empreinte de cette sophistication à la fois glacée et nostalgique qui semble la marque du photographe ces dernières années.

Erwin_Olaf_Whos_afraid_of_Virginia_Woolf

Des regards totalement vides ou absents, des personnages qui sont peut-être des statues, plongés dans une solitude parfois claustrophobique. Les personnages d'une nature morte. On ne s'amuse pas beaucoup dans les cadres d'Erwin Olaf, récemment exposé à Paris à l'occasion du mois de la photo. Ses images soigneusement mises en scène, qui ne lésinent jamais sur le détail, s'organisent en séries. Les plus récentes flirtent avec le souvenir d'Edward Hopper et de Todd Haynes. L'ensemble est sous influence de Robert Mapplethorpe, imagerie gay, vocabulaire pornographique assumé, fétichisme visuel SM, voire une certaine idée de l'abjection qu'on trouve acceptable s'agissant d'expressions artistiques socialement et politiquement critiques, mais susceptible d'être déplaisante à certains publics.

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Ça peut être foisonnant (orgiaque), parfois très dépouillé, toujours sophistiqué, on peut y lire une certaine absurdité qui me fait penser, notamment dans certains décors ripolinés évoquant les années cinquante américaines, aux fantômes aliénés par l'objet consommable de la Villa Arpel dont on ne sait, chez Jacques Tati, si l'on doit en rire ou en frémir.

Un détail m'a rendu ce scandinave athlétique aux cheveux en brosse et au regard laser particulièrement sympathique et proche : il souffre comme moi d'emphysème et, comme mon frère d'armes, s'insurge contre Clémenceau qui avait prétendu que dans l'amour, le meilleur moment, c'est quand on monte l'escalier, ce qui est bien une idée de militaire. Moi, je préfère l'ascenseur.

Bien que ce blog n'ait pas la moindre prétention pédagogique ou publicitaire (c'est la même chose, non ?), j'invite les amoureux de la photo, qui ne seraient pas effrayés par certaines visions du vivant, même parfois sans animation, à taper Erwin Olaf dans Google ou ailleurs, Internet est assez riche en images de ce photographe adulte (franchement, j'ai choisi pour vous des très décentes) et furieusement intéressant.

Fin de l'exercice du jour avec une illustration sonore qui fasse sens.

Justement, j'ai sous la main un nouveau groupe (nouveau pour moi) The Dresden Dolls qui, le temps que je le découvre, a disparu en tant que groupe mais maintient un suspense dont on se fout sur leur reformation ou pas.

Des quelques albums écoutés, celui, éponyme comme disent les gens qui savent dire ce genre de chose (donc, The Dresden Doll, de 2003 ou 2004, les exégètes se perdent en conjectures) m'a semblé le plus passionnant. Hypothèse : le rock qui fait un enfant à la république de Weimar (oui, nous avions Berlin de Lou Reed, mais il faut avancer dans la vie) pourrait donner un genre que la cheffe du groupe (ils sont deux, tout ça est en raccord avec le côté SM d'Erwin Olaf), Amanda Palmer baptise de Cabaret Punk Brechtien. On convoque là bien des fantômes, de Kurt Weil à Frank Zappa, en passant par bien des expériences poético-érotico-musicales essentielles.
On regarde les photos d'Olaf en écoutant Missed me. Moi, cette musique en studio enregistrée dans les conditions du concert, me surprend en bien. La voix folle et belle d'Amanda Palmer me comble et me donne envie de plus.