benjamin_biolayUn des derniers événements musicaux de l'année 2009 a été la sortie de La superbe, le nouveau et généreux (double) album de Benjamin Biolay. Ce jeune auteur compositeur acteur producteur musicien a lui même payé le studio pour enregistrer l'album, n'ayant plus d'éditeur à l'époque, ce qui lui a donné la totale liberté et l'entière responsabilité de ce qui aurait pu être un échec par lassitude -- 23 titres, dont certains relativement longs -- et qui se trouve être la remarquable confirmation, après notamment le sublime A l'origine, en 2005 -- A l'origine / On n'était pas des sau-vages -- de la naissance d'un créateur authentique. On se rappelle que Biolay, soutenu par le charme susurrant de la jolie Keren Ann, avait écrit pour Henri Salvador un texte qui avait inauguré une dernière et fulgurante carrière au crooner fatigué.
Vous vous rappelez ?

Je voudrais du soleil vert
Des dentelles et des théières
Des photos de bord de mer
Dans mon jardin d'hiver

Je voudrais de la lumière
Comme en Nouvelle-Angleterre
Je veux changer d'atmosphère
Dans mon jardin d'hiver

Et ça continuait par des Latécoère qui firent voyager même les jeunes générations qui ont cru découvrir le nom d'un papillon.

Ayant pris son indépendance (Salvador se répandait, grâce à Biolay, sur les plateaux télés et chiait sur lui -- sur Biolay, je veux dire, pas...) Le jeune, beau et authentiquement timide, Benjamin gravait quelques disques déroutants et donnait des interviews risquées : complètement bourré, c'est lui qui chiait sur ses collègues du Top 20-25 (*). Peu lui ont pardonné et BB s'est fait une réputation de connard. Mais cette année 2009, avec la fugue de Bashung vers une destination inconnue, après la désertion terrible pour la musique française de Noir Désir (et je n'oublie pas , écrivant cela, la disparition terrible de la merveilleuse Marie trintignant), l'arrivée de La superbe ne rééquilibre pas les choses, mais c'est une bonne raison de se réjouir sur les capacités incroyables de la vie à gagner à la fin.

Comme j'aime tout de l'album, j'ai eu du mal à en extraire un titre. Brandt Rhapsody fera l'affaire, avec son côté fil(m) décousu collage de post it sur le frigo. Il l'interprète avec Jeanne Cherhal avec qui il a écrit le texte.

Non content d'inscrire 23 titres sur un disque où on peut toujours chercher quelque chose de médiocre ou moyen, BB rend public ces jours-ci 5 chansons inédites sur son site Myspace (http://www.myspace.com/benjaminbiolay), dont un Temps des cerises très personnel, dans lequel il réussit à placer "la France, tu l'aimes ou tu la quittes. Yves Montand y est néanmoins présent.


(*) "Le pire, c'est Bénabar : sa vision du monde est nauséabonde ! Le voir vendre 700 000 disques, c'est pas normal. De toutes façons, la chanson française me débecte" ! (in Technikart, été 2007, après s'être payé Zazie et Louis Chédid et avant d'habiller Salvador pour l'hiver au jardin : "ce mec il n'est pas généreux, c'est un gros connard !" ).