Plutôt que de nous seriner que "Chaque nouveau film de James Cameron est un évènement", dixit, par exemple, Écran large, on ferait peut-être bien de se demander ce que "mettre la barre toujours un peu plus haut" apporte au cinéma, au spectateur, au plaisir qui peut être pris à payer pour se laisser enfermer avec d'autres bipèdes dans une salle sombre mais climatisée, sur un fauteuil pas toujours confortable, le regard intensément fixé en sens inverse de la lumière (oui, la source lumineuse, ce n'est pas l'écran, qu'on regarde, mais le projecteur à qui on tourne dédaigneusement le dos) ?

Allez, avouez, soyez gentils. Vous allez courir voir Avatar, vous allez fatiguer vos yeux derrière de lourdes lunettes pour bien voir que c'est en 3 D, comme nous et vos oreilles entre techno hurlante et final beuglant par la staracadémisée british Leona Lewis (Céline Dion ne devait pas être libre et Mireille Mathieu était prise à l'Elysée), plus de deux heures quarante durant... Et vous serez déçus. Vous le savez très bien, vous serez déçus, comme vous avez été déçus par le dernier Potter ou la dernière niaiserie vampiresque pour ados. Ça ne vous empêche pas d'y retourner, mais ce genre de gros bidule acidulé qui colle aux dents, vous savez très bien que c'est fabriqué pour faire naître le désir, mais pas pour procurer du plaisir. C'est d'ailleurs sans doute pour conjurer la frustration que vous accourez à chaque fois, même si vous savez d'avance que vous avez perdu votre virginité de gosse et que ce n'est pas le paquet de dollars qu'on a ajouté aux gros paquets habituels, pour faire de cette production la plus chèèèèère de l'histoire du "7ème Art", donc la plus excitante, celle qu'il ne faut surtout pas rater, afin de se conformer au modèle de consommation normal sous nos tropiques, qui va vous faire repiquer à l'innocence du regard.

Je sais, je suis pas drôle, j'aime pas rigoler, ce que j'aime, c'est me faire tabasser par les gros bras de chez Mobile Hut, comme la semaine dernière (tiens, je suis sûr qu'il a vu le film en avant-première et en VF ce con, en faisant du bruit avec sa bouche avec le pop-corn et du bruit en décapsulant sa canette -attention, je ne suis pas en train de dire que les spectateurs des avant-premières ou les gens qui préfèrent les VF aux VO sont des cons, non, mais lui, avec ses gros bras et sa petite tête, c'est un vrai con et il le resterait devant un Duras en VO). Je suis maso.

Ben non, justement. Je demande au cinéma de me faire rêver et la technique et le fric ne me font pas rêver. Je demande au cinéma de me faire rire, frémir, m'identifier au héros, sourire au second degré, bander, je demande au cinéma de faire de moi un petit tas de sentiments, de sensations, de me plonger dans un bain de jouvence et de poésie où je retrouve la magie de l'enfance, je soupire, je frémis, je pleure, je prends une dimension inconnue, je jouis, je vis devant un film. Mais la technique et le fric ne me font pas rire, frémir, m'identifier, sourire au second degré, bander, la technique et le fric ne me métamorphosent pas en un petit tas de sentiments, de sensations, ne me plongent nullement dans un bain de jouvence et de poésie où je retrouve la magie de l'enfance, je ne soupire jamais, je ne frémis jamais, je ne pleure jamais (ou alors de rage), je ne prends aucune dimension inconnue, je ne jouis pas, je ne me sens pas vivre devant le spectacle déprimant de l'alliance entre la technique et le fric.

Une petite musique de film pour faire passer tout ça, une musique comme j'aime, d'un film comme j'adooore et, comme d'habitude, ceux qui ont trouvé le titre du film et le compositeur ont gagné.

Je me demande si je ne vais pas me faire un petit Avatar, ce week-end. Pour voir, pour me rassurer. Ou bien y envoyer quelqu'un qui me représenterait, qui me ressemblerait ou pas, un...

Bon, La séance de la semaine.

Est-ce l'approche de Noël, mais la semaine cinéma ne m'inspire pas, mais alors pas du tout. Donc, pas question de faire le coup du billet critique structuré avec ses passions de première et de seconde classes et ses dégouts vomitifs. Rien ne me passionne et rien ne me dégoute cette semaine. Je trouverais même Max et ses maxi monstres sympathiques si je n'étais pas révulsé de voir le cinéma américain continuer à nourrir son quotidien par la soupe des autres, recuisinée en daube roborative ou en mousse consensuelle, c'est selon. Je pourrais peut-être me mettre en colère contre Le dernier vol (La dernière arnaque ?), dernier Avatar du ciné franchouillard qui aimerait bien avoir le dixième des moyens (intellectuels) de Cameron, car Cotillon + Guillaume Connard grouillant dans le désert  et dans une histoire qui, apparemment, flirte d'une façon pas très france avec  la franche coloniale, ça donne envie de taper, mais non, j'ai pas la foi, ma foi. Je ne tape pas.

Le film sur la mouvance Dieudonné ? Critique salutaire ou encouragement à dénoncer les juifs ? Dans les deux cas, publicité pour le presque mari de Le Pen (j'ai du mal avec les liens familiaux, c'est trop compliqué pour moi) donc, on oublie.

Le seul film que je voudrais défendre cette semaine, c'est The proposition, ce western australien de John Hillcoat, écrit par Nick cave, également auteur de la musique. Ça m'a l'air aussi sauvage qu'un aborigène fantasmé par un protestant australien niqué par Bernard Madof. Je crois pressentir dans ce film de 2005 (les mauvaises langues ont pu dire que le seul intérêt de La route, du même Hillcoat avec le même Cave à la musique, serait la sortie de The proposition, parce que le succès appelle le succès, comme le pognon appelle le pognon, comme etc.). Violence policière contre violence sadique, ai-je lu, pourquoi pas, tant qu'il ne s'agit pas d'auto-violence (oui, les flics sadiques, ça existe, comme les comptables ou les marins-pêcheurs sadiques. Hum...).

La seule rubrique que je veux sauver, en ces temps avatardeux, c'est le Focus.

FOCUS

3D
Cliquer sur l'image pour le programme.

10279Du 16 décembre 2009 au 3 janvier 2010, à la Cinémathèque Française :

Une sélection de films et de programmes en 3D de toutes origines de tous genres et de toutes époques, de L'Etrange Créature du lac noir à Meurtres à la Saint-Valentin en passant par Le crime était presque parfait d'Alfred Hitchcock (la scène des ciseaux en relief !).

Moi, je veux voir, en fin de soirée "Cinéma bis", vendredi 18, Le pensionnat des petites salopes, un film interdit aux moins de 18 ans de 1982, en relief. Un film français, en plus. C'est ça l'identité nationale, Monsieur Besson, les petites salopes et l'interdiction.

Ya aussi des westerns et The revenge of the Shogun woman et surtout L'étrange créature du lac noir (étrange) de Jack Arnold, le réalisateur du génial L'homme qui rétrécit.

Bon cinéma bis.