30 octobre 2008
Une femme sans-papiers dénoncée par une mairie parisienne (suite...)
Suites et réactions à la dénonciation d'une mère de famille salariée "sans-papiers", de nationalité équatorienne, par un bon français, fonctionnaire à la mairie du 5ème arrondissement de Paris (Tibéri Land), qui a fait l'objet du post d'hier. Delanoë indigné, Tibéri fier de lui, La LDH inquiète, les militants de RESF dans la rue ce matin, un policier agacé... Mme M. est ressortie libre et la préf réfléchit à son cas, mais que se serait-il passé sans mobilisation et médiatisation de cette affaire ?
Pendant ce temps là, Laurent Joffrin s'émeut de la vision tibériste de l'honneur et Hortefeux se félicite de la bonne tenue de ses comptes.

30/10/2008 - 16:59
Delanoë indigné
Le maire de Paris Bertrand Delanoë a exprimé son "indignation" après la convocation de la jeune Equatorienne. Cette convocation "après qu'elle ait inscrit son fils à l'école suscite une indignation que je partage", a-t-il indiqué.
"Je rappellerai donc à tous les agents concernés ainsi qu'aux maires d'arrondissement eux-mêmes, que l'inscription des enfants n'est pas subordonnée à la régularité de la situation des parents et que les données recueillies auprès de ces derniers ne doivent en aucun cas comporter de mention relative à la régularité du séjour qui ne rentre pas dans la procédure d'inscription à l'école", a-t-il prévenu.
"Une enquête administrative sera d'ailleurs diligentée afin d'établir précisément les responsabilités de chacun dans la conduite de ce dossier", a annoncé le maire de Paris.
La fonctionnaire a "appliqué la loi de bonne foi"
La mairie du Ve, accusée de "dénonciation" par le Réseau éducation sans frontières (RESF), a quant à elle affirmé que le fonctionnaire municipal qui avait inscrit l'enfant avait simplement "signalé au procureur de la République" cette situation irrégulière, en vertu de la loi.
Jean Tiberi a assuré que la fonctionnaire s'était contentée de demander à la mère un papier d'identité. "Elle n'avait qu'un passeport sans visa, ce qui impliquait automatiquement qu'elle était en situation irrégulière", a-t-il dit, estimant que l'employée municipale avait "appliqué la loi de bonne foi".
Entrevue avec J.P. Dubois, Président de la Ligue des droits de l'homme.
Une jeune Équatorienne de 30 ans a été dénoncée par la mairie du Ve, lors de l'inscription de son fils à l'école. Fin octobre, elle recevait une convocation au commissariat. La mairie du Ve affirme être dans son bon droit, en faisant référence à l'article 40 du Code Pénal qui dit que "tout citoyen a le devoir de signaler aux autorités tout crime ou délit dont il a connaissance". Que pensez-vous de ces déclarations ?
- Comme le maire de Paris l'a rappelé, la mairie du Ve n'avait pas le droit de demander à cette personne de présenter un titre de séjour afin d'inscrire son enfant à l'école. C'est la mairie du Ve qui est dans l'illégalité. D'une part, la fonctionnaire n'a pas respecté la loi car elle n'avait pas à demander ce papier. De plus, le fait d'inscrire son enfant dans une école ne constitue ni un crime, ni un délit. Elle devait avoir un visage qui suscitait la méfiance de ces personnes. Il y a des fonctionnaires qui font du zèle, qui vont bien plus loin que ce qu'on leur demande de faire, particulièrement dans cette mairie. La réalité, c'est que certains s'acharnent sur des sans-papierssans-papiers qui sont pourtant déjà dans une situation souvent calamiteuse, des personnes n'ayant à priori pas le bon faciès à leurs yeux. Cela à beaucoup à voir avec la xénophobie. Il reste toutefois scandaleux de dire que de ne pas avoir de papier constitue un délit. On poursuit des personnes qui sont dans une misère noire. On criminalise la misère.
Une enquête administrative a été ouverte à la demande de la mairie de Paris. Quelle est la position de la LDH sur ce nouveau rebondissement ? La mairie du Ve doit-elle être mise face à ses responsabilités ?
- L'application des lois semble assez paradoxale au sein de la mairie du Ve. On est beaucoup plus dur avec des personnes qui sont pourtant dans la misère et qui se battent pour s'en sortir, et d'un autre côté, on a étouffé allègrement l'affaire des faux électeurs des municipales de 1995. L'application des lois est moins dure pour les personnes frauduleuses que pour les personnes cherchant à s'en sortir.
La faute commise doit être caractérisée car il faut que les autres fonctionnaires sachent qu'il y a un risque de sanction. Mais il est triste d'en arriver là. La morale devrait suffire.
La Ligue des Droits de l'Homme espère que l'enquête va aboutir car cette faute professionnelle prive un enfant d'un droit fondamental, accéder à l'enseignement. Un bien triste constat à un mois et demi du 60e anniversaire de la Déclaration des Droits de l'Homme.
La situation n'est pas comparable à celle des dénonciations pratiquées durant la Seconde guerre mondiale dans la mesure où ces personnes ne risquent pas de se retrouver gazées dans un camp de concentration. Les conséquences sont moins effroyables mais le comportement immonde de ces personnes qui aiment dénoncer est tout à fait comparable à celui des dénonciateurs durant la Seconde guerre mondiale.
Que risquent aujourd'hui la jeune Équatorienne et son enfant ? La LDH va-t-elle continuer à se mobiliser pour cette famille ?
- Alors que cette jeune femme avait le droit d'inscrire son enfant à l'école, elle risque maintenant de se retrouver très rapidement en centre de rétention, voire même d'être reconduite en Equateur. Cette jeune Equatorienne risque gros. En plus de devoir faire face à cette probable reconduite à la frontière, elle va sans doute devoir prendre une décision vis-à-vis de son enfant. Soit elle repart avec son enfant, soit il sera placé à la DASS. Quelle belle action de la République française ! Cette affaire donne la nausée. En quoi lire et écrire dérangent les fonctionnaires. Il y a aujourd'hui une certaine jouissance à envoyer des personnes dans la misère dans des centres de rétention.
Localement la Ligue des Droits de l'Homme va agir, comme à son habitude. On va essayer de venir en aide à cette jeune femme et à son enfant. Mais la LDH se doit aussi de mettre en avant médiatiquement ce genre d'affaire. La LDH dira ce qu'elle pense, quoiqu'il arrive.
Interview de Jean-Pierre Dubois par Carole Vial
(Le jeudi 30 octobre 2008)
30/10/2008
Une sans-papierssans-papiers au commissariat, les militants au poste
Reportage, Marie Piquemal
L'EquatorienneL'Equatorienne, dénoncée par un fonctionnaire de la mairie du Ve, est ressortie libre – et choquée – du poste de police, où étaient rassemblés autant de militants que de journalistes.
Une petite foule s'est donné rendez-vous ce jeudi matin devant le commissariat du Ve. Dès 9 heures, ils sont une petite cinquantaine – militants actifs et Parisiens solidaires – rue de la Montagne-Ste-GenevièveMontagne-Ste-Geneviève, à soutenir Mme M., convoquée par la police. Venue à la mairie de Paris Ve en juillet inscrire son enfant à l’école, cette Equatorienne risque désormais l’expulsion après avoir été dénoncée par un fonctionnaire.
Pour la soutenir, le collectif de vigilance 12 appelait à un rassemblement, passant le mot aux autres associations militantes comme Réseau éducation sans frontière (RESF) ou le Mouvement contre le racisme et pour l’amitié des peuples (MRAP).
Presque aussi nombreux que les manifestants : les journalistes avec leurs caméras et leurs objectifs à rallonge. «Normal, l’affaire fait du bruit depuis hier. On ne va pas s’en plaindre, cette pression médiatique est utile et va peut-être permettre à Mme M d’éviter l’expulsion», assure un militant, planté sur le trottoir d’en face.
Arrive Mme M., escortée par «sa marraine» du collectif, Sylvie Boitel, militante de la Ligue des droits de l’homme, et Pascale Boistard, adjointe à la mairie de Paris. Premier défi : se frayer un passage parmi les caméras et autres micros pour accéder au commissariat.
Conformément à la procédure, Mme M. s’est ensuite entretenue seule avec l’officier de police. «Le tête-à-tête a duré une bonne heure, raconte Sylvie Boitel, restée dans le couloir le temps de l’entretien. Apparemment, l’officier de police n’a pas été très sympathique avec notre protégée. Il lui a reproché tout ce “bazar” devant le commissariat.» Dehors, justement, l’entretien paraît d’une durée interminable. «Ils essaient de nous avoir à l’usure ! Mais je ne partirai pas, même frigorifiée, je reste jusqu’à ce qu’elle sorte » annonce Pauline, enseignante dans le 13e et membre de RESF.
Onze heures passée, Mme M. sort libre du commissariat. «Enfin, si on veut ! Regardez-là, elle est complètement assaillie par ces fou furieux de journalistes…», s’indigne une militante, son badge RESF collé sur le manteau. Son ami renchérit: «Elle a été harcelée pendant une heure par l’officier de police… Et maintenant, les journalistes prennent le relais, faut le voir pour le croire !»
Emue et visiblement choquée, la jeune équatorienne ne s’exprimera pas ou très peu. «Elle tremblait de la tête aux pieds, nerveusement, c’est très dur pour elle», explique Sylvie Boitel de la LDH, qui joue au porte-parole pour l’occasion. «Elle est ressortie libre du commissariat, elle n’a pas été placée en garde à vue, c’est déjà ça.»
La préfecture de police avait cependant précisé avant la convocation qu'il serait procédé, «sans mesure de garde à vue, à l'examen de sa situation personnelle» et qu'à l'issue de cet entretien «et au vu des éléments d'information recueillis, les services de la préfecture de police examineront avec attention sa situation administrative». «A présent, on attend la décision du parquet dans le cadre de la procédure judiciaire», conclut Sylvie Boitel.
La dénonciation de sans-papierssans-papiers en France : selon Libé,
"Dans la traque aux sans-papierssans-papiers, d’autres institutions ont récemment été mises en cause dans des affaires de dénonciation. Ainsi, le 18 juin, la presse révélait qu’une assistante sociale s’était rendue quelques jours plus tôt à la police pour «dénoncer la situation administrative clandestine d’un ressortissant sénégalais vivant à Besançon», selon les termes du procès-verbal de la police : cet «individu de 22 ans dort le matin jusqu’à 12 heures au moins et sort peu de peur d’être contrôlé par la police.»
Le 12 janvier, un contrôleur de la SNCF contacte avec la police des frontières, soupçonnant Aurore Pokossi, étudiante à l’université de Tours, de vivre illégalement sur le sol français. Inscrite en 2e année d’histoire, l’étudiante de 22 ans obtient immédiatement le soutien de Michel Lussault, le président de l’Université François-RabelaisFrançois-Rabelais et des élus locaux, ce qui favorise la régularisation de son dossier.
Fin 2007, un responsable du bureau de poste de Châtillon (Hauts-de-SeineHauts-de-Seine) fait part à la police de ses doutes concernant la situation d’un ressortissant algérien. Au finale, le jeune homme et son épouse obtiennent leur titre de séjour grâce à la mobilisation du Réseau éducation sans frontières.
A cette occasion, RESF rappelle aussi qu’en 2006, «la police est venue cueillir Nicole Masese à sa sortie du CHU après avoir été alertée par un agent de l’accueil des urgences». Cette fois, la jeune Congolaise et son fils avaient été expulsés sur le champ."
Laurent Joffrin inquiet.
"Voilà un homme qui a une étrange conception de l’honneur. Jean Tiberi, maire du Ve arrondissement, déjà très contesté pour ses pratiques électorales, vient de se faire l’apôtre de la délation d’Etat. On osait espérer que le signalement à la police d’une mère de famille sans papiers voulant inscrire son enfant à l’école était un dérapage circonscrit. La scolarisation des enfants, faut-il le rappeler, ne dépend pas, aux termes de la loi, de la situation de séjour de leur famille. Elle est considérée comme un droit imprescriptible, le statut légal des parents serait-il irrégulier. Et voilà que Jean Tiberi, interrogé sur le geste de son administration, la justifie au nom de l’article 40 du code de procédure pénale. Cet article commande aux fonctionnaires de dénoncer au procureur de la République les faits délictueux dont ils ont connaissance. Mais il s’agit de la lettre du texte. Dans son esprit, il s’agit évidemment de délits manifestes et graves. Si désormais l’infraction au séjour était rangée dans cette catégorie et si - ce que Jean Tiberi préconise implicitement - tout contact d’un sans-papierssans-papiers avec l’administration peut déboucher sur sa dénonciation et son expulsion, une population entière se verra privée de ses maigres droits, ou des droits de ses enfants, qui deviendront les boucs émissaires de la politique d’immigration du gouvernement. Est-il honorable de s’attaquer ainsi aux femmes et aux enfants, au nom d’une politique elle-même très critiquable ? Voilà une question à laquelle les pouvoirs publics doivent apporter une réponse rapide, sauf à chasser de l’école des dizaines de milliers d’enfants." L. J.
Hortefeux satisfait.
Le ministre de l’Immigration Brice Hortefeux a annoncé mercredi que le nombre d’expulsions d’étrangers en situation irrégulière pour les neuf premiers mois de l’année dépassait celui de toute l’année 2007. A «la fin septembre, le nombre d’éloignements - des étrangers en situation illégale - était supérieur au total des éloignements de toute l’année 2007», a déclaré Hortefeux, qui présentait le budget de son ministère devant la Commission des finances élargie de l’Assemblée nationale.
L’an dernier, ce chiffre avait été de quelque 23.200 éloignements, en-dessous de l’objectif de 25.000 pour 2007, porté à 26.000 pour 2008.
29 octobre 2008
Une femme sans-papiers dénoncée par une mairie parisienne

29/10/2008 - Marie Piquemal.
"Elle s'est rendue à la mairie du Ve arrondissement pour inscrire son fils à l'école. Le mois d'après, elle était convoquée au commissariat. RESF appelle à un rassemblement.
La traque aux sans-papiers se poursuit. En voici un nouvel exemple, révélé ce matin par le quotidien l’Humanité. L’histoire remonte au mois de juillet dernier. Mme M, équatorienne, emménage avec son fils dans le Ve arrondissement de Paris. Elle se rend donc à la mairie du Ve (dirigée par Jean Tiberi) pour inscrire son fils à l’école de son quartier. «Et là, curieusement, on lui demande si elle possède un titre de séjour, document qui n’a pas à être demandé lors d’une inscription scolaire», rapporte Réseau éducation sans frontière (RESF) sur son site. Trois pièces suffisent en effet pour inscrire son enfant à l’école: le livret de famille, un document attestant que l'enfant a subi les vaccinations obligatoires et un justificatif de domicile.
«Des dénonciations de ce genre assez fréquentes»
Fin août, Mme M. reçoit une première convocation au commissariat. Inquiète, elle ne donne pas suite. Fin octobre, nouvelle convocation au commissariat, et cette fois la raison est donnée. «Motif : suite à l’inscription de votre enfant à l’école et votre situation alors irrégulière en France (...) » (la convocation est consultable en cliquant ici)
Pour le collectif RESF, cela ne fait aucun doute : «Ce sont les services de la Mairie du Ve qui ont dénoncé la situation de Mme M. à la police.» Et ce ne serait pas une première selon Brigitte Wieser, une des responsables de RESF interrogée par Libération, qui rappelle que «des dénonciations de ce genre sont assez fréquentes dans les villes de province… On a déjà vu par exemple des sans-papiers arrêtés à leur sortie de l’hôpital !»
«Les droits fondamentaux sont bafoués: si un sans-papiers ne peut même plus avoir accès aux soins ou même inscrire son enfant à l’école, c'est vraiment grave» s’indigne Brigitte Weiser, rappelant que «les rafles sont également de plus en plus fréquentes sur les lieux de travail... Du coup, on arrête les sans-papiers les plus intégrés dans la société!» Et de reprendre l'exemple de Mme M. Elle avait déposé une demande de régularisation dans le cadre de son travail. Femme de ménage, «elle a un contrat de travail en bonne et due forme».
RESF appelle à un rassemblement devant le commissariat de police afin «d'accompagner Mme M.» à sa convocation, demain jeudi à 9h30, rue de la Montagne Sainte Geneviève."
Appel de RESF :
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Nous, citoyens, élus, sommes indignés par ces pratiques honteuses qui perdurent encore dans notre République. Nous ne pouvons accepter que l’exercice de la peur et du désespoir soit organisé et exécuté en notre nom. Nous serons donc nombreux à accompagner Mme M. au commissariat de police :
Jeudi 30 Octobre 2008 à 9H30,
4, rue de la Montagne Sainte Geneviève
Paris 5e Métro : Maubert Mutualité
28 octobre 2008
Guet-apens à la préfecture de Rouen
Je publie ce témoignage, terriblement ordinaire et quotidien, terriblement semblable à ces dizaines d'autres qui me parviennent. Je le publie, non parce qu'il est particulièrement édifiant, mais net, concis, précis et signé par une des responsables de la Ligue des droits de l'homme, organisation peu contestable. Michel
Histoire d'un guet-apens
Le jeudi 9 octobre, j'accompagne Mme X à la préfecture de ROUEN, où elle a rendez-vous à 13H. Nous avons constitué un dossier de régularisation pour cette femme de 5O ans, qui vit en France depuis 6 ans, et à laquelle le regroupement familial a été refusé. Ses parents et deux de ses frères vivent légalement en France. Elle est veuve sans enfants.
Au guichet, j'aprends que Mme X a reçu il y a presque un an une OQTF(1) contre laquelle, par manque d'information, elle n'a pas fait appel.
Cependant, au guichet, le fonctionnaire semble prendre en compte la durée qui s'est écoulées sans que cette OQTF n'ait été exécutée. Nous pensons qu'il peut établir un nouveau dossier, et il ne nous contredit pas. Il commence à établir un nouveau dossier "vie privée et familiale". Il part "se renseigner", revient, et semble accepter les documents fournis par Mme X : passeport, photos, certificats divers.... Puis ce fonctionnaire nous demande de regagner nos places et d'attendre que l'on nous appelle, ce que nous faisons de bonne grâce. Environ 1/2 h plus tard, on nous appelle au guichet, et du couloir proche surgissent deux policiers (un homme et une femme) qui procèdent à l'arrestation de Mme X, médusée.
Il eût suffi de quelques semaines pour que l'OQTF soit périmée, le fonctionnaire pouvait nous le faire savoir. C'est donc en conscience, sans obligation aucune, que, faisant preuve de zèle, il a appelé la police ou ses supérieurs qui l'ont fait à sa place.
Quoi qu'il en soit je demande à ce jeune homme si, en entrant dans la fonction publique, il a signé le renoncement à son humanité en vertu de l'obéissance aux lois, quelle qu'elles soient...
Madame X n'a pa été présentée devant le juge des libertés et de la détention, puisque en moins de 48H la préfecture avait conclu son départ.
Son avion est parti le samedi11 octobre à 16H3O.
Ginette DAVID
Vice-Présidente de la LDH
(1) Obligation de quitter le territoire français.
27 octobre 2008
La frontière de l'aube
La Frontière de l'aube
film français de Philippe Garrel (2008)
acteurs principaux : Laura Smet, Louis Garrel, Clémentine Poidatz
scénario : Marc Chodolenko, Arlette Langman et Philippe Garrel
directeur photo : Willy Lubtchansky
musique : Jean-Claude Vannier et Didier Lockwood
Il s'est trouvé au Festival de Cannes des professionnels de la professions (invités) pour siffler et huer ce film. Lorsque dans un stade, des spectateurs qui avaient payé leur place ont sifflé une chanson sanglante et guerrière, on en a fait une affaire d'Etat. N'en faisons ici qu'une affaire de cinéma.
Comment dire un film qu'on a aimé... sans en parler ? Montrer ses sentiments par les phrases des autres ? Montrer les images en couleurs et dans un noir et blanc de rupture, frontière entre nuit et jour, frontière de l'Aube ? Michel

"La barre était très haute après Les Amants réguliers (sur mai 68). Mais une fois encore, Garrel sait restituer cet état de « sauvage innocence » qui interdit à ses personnages de transiger avec leurs sentiments. Il nous rappelle que le cinéma n’est pas un anxiolytique light, mais au contraire le lieu de tous les extrêmes, aussi incompatibles soient-ils avec la vie courante" (Louis Guichard, Télérama).
"D'emblée, il y a quelque chose de condamné après le coup de foudre. Une différence entre l'homme et la femme, chez lui le déclic d'un regard, chez elle l'instinct du corps, chez lui la terreur que quelque chose vienne altérer l'harmonie et chez elle le désir d'enfant. On se demande : "Est-ce que tu m'aimeras toujours ?", mais on admet que masculin et féminin sont des amants désaccordés, et on se met à rêver que la rupture soit aussi belle que la rencontre" (Jean-Luc Douin, Le Monde).
"On a beaucoup entendu à Cannes (...) que le film était passéiste, qu'il vivait dans un rêve d'antan, dans une posture aussi morbide qu'anachronique. C'est ne rien comprendre au film, ne pas voir que depuis son autisme, Garrel questionne le réel (...) derrière la tristesse du film, sa profonde neurasthénie, sommeille une rage à la fois naïve et lucide qui voudrait réveiller le spectateur" (Jean-Sébastien Chauvin, Chronic'Art.comChronic'Art.com).
"L'on peut bien penser que c'est pour dire que le cinéma, mise en scène des ombres, est d'abord l'art de donner la vie aux fantômes, que Garrel a fait ce film" (Emile Breton, l'Humanité).
"Garrel investit ici un paradoxe profond : tenant de l'événement lumineux, du visage-paysage, de la durée débridée, il est aussi un grand imagier" (Hervé Aubron, Les cahiers du cinéma).
"Quand on voit pour la première fois La Frontière de l’aube, le nouveau film de Philippe Garrel depuis le somptueux et religieux Les Amants réguliers (2004), on ne peut s’empêcher de penser que les grands cinéastes font revivre par d’autres leur propre passé pour en devenir enfin le spectateur et le critique, pour essayer de trouver une fin, un sens à ce qui dans la vie en a rarement. Que leurs films soient autobiographiques ou non (Laura Smet = Nico ?) n’est pas le vrai sujet. Il est que les situations montrées dans La Frontière de l’aube correspondent en tout état de cause à notre imaginaire garrellien : l’art, la mort, l’amour, le désespoir, les drogues, la trahison.
(...)
Comme si c’était la première fois : c’est bien ainsi qu’il faut regarder cette histoire éternelle où Orphée et Eurydice côtoient les personnages de L’Aurore de Murnau, ceux de Peter Ibbetson d’Henry Hathaway, où les fantasmes et les fantômes ne font qu’un, où la mort est attirante, où l’amour survit par-delà l’oubli. “Pour la première fois” : c’est ainsi qu’il fallait peut-être aussi interpréter les quelques quolibets et sifflets qui accueillirent à notre grande surprise La Frontière de l’aube lors de sa présentation en compétition officielle à Cannes en mai dernier. Comme l’aveu de surprise de “spectateurs professionnels” qui n’auraient jamais vu un film de Garrel de leur vie et qui refuseraient de se rendre à sa simplicité et à sa jeunesse incandescente, de traverser le pont et d’aller à la rencontre de ses fantasmes.
C’est que, peut-être encore, pour passer la frontière de l’aube, il faut connaître et aimer les films muets, aimer les films de Cocteau, de Dreyer, de Godard, aimer le cinéma tout court. Et puis, surtout, il ne faut pas vivre avec le cadavre de sa jeunesse dissimulé dans un placard, comme un mauvais souvenir qu’on refuserait de vouloir achever" (Jean-Baptiste Morain, Les inrockuptibles).
"Il y a une réplique que j'aime beaucoup dans laquelle je dis "qui éclate comme une bulle dans l'air". Eh bien, c'est exactement cela que j'ai l'impression d'être aujourd'hui, une bulle dans l'air, prête à éclater" (Laura Smet, Conférence de presse, Cannes 2008).
La poésie sombre de ce film revenant est posée en équilibre fragile sur la musique de Jean-Claude Vannier, musique d'entre nuit et soleil pâle, interprétée par l'auteur au piano et Didier Lockwood au violon. Louis Garrel confirme qu'il est devenu le jeune anti-héros romantique indispensable au cinéma français d'aujourd'hui, comme Jean-Pierre Léaud le fut naguère. Il manie le rolleiflex comme un objet déconcertant du passé défiant la modernité du film, objet de passage comme Le lys dans la vallée, conduisant Antoine Doinel de la chambrée militaire aux bras de Madame Tabard. Quant à Laura Smet, elle existe avec une présence physique et métaphysique qui fait douter des lois de la paternité. Michel.
21 octobre 2008
Je l'ai pas lu...
Le 14/10/2008 à 18:27 : L'association marseillaise Jeunes Errants, pionnière dans l'aide aux mineurs étrangers isolés, a été mise en liquidation judiciaire mardi faute d'avoir obtenu dans les temps des pouvoirs publics français le transfert de près de 250.000 euros de fonds européens qui lui sont dus. "Le ministère public a été un utilisateur (de Jeunes Errants) et déplore tout particulièrement sa disparition au moment où l'Etat semble trouver la possibilité de restaurer son système financier", a déclaré lors de l'audience le procureur Marc Rivet. © 2008 AFP
Décidé à mettre un terme aux filières qui exploitent la route de l'immigration clandestine entre l'Afrique de l'Ouest et l'Europe, Brice Hortefeux a invité, hier soir, pour un dîner au ministère de l'Immigration, la «task force» qu'il a constituée. Avant de présider le sommet euro-africain le 25 novembre à Paris, il a réuni plusieurs ministres des deux continents. Étaient notamment présents la ministre de l'Immigration espagnole, le ministre des Affaires étrangères du Burkina Faso et le commissaire européen au Développement, Louis Michel (Le Figaro, 21/10/08).
En pleine tourmente financière, Dominique Strauss-Kahn est sur la sellette pour une affaire de jupons (Libé, 21/10/08).
Deux policiers soupçonnés d'être les auteurs des violences portées mardi dernier à Abdoulaye Fofana à Montfermeil (Seine-Saint-Denis) ont été placés en garde à vue mardi à 9h30 dans les locaux parisiens de l'IGS, la police des polices.Selon l'AFP, il s'agit d'un gardien de la paix de 26 ans et d'un sous-brigadier de 38 ans, en poste au commissariat de Gagny (Seine-Saint-Denis). L'IGS devra déterminer s'ils sont les policiers que l'on voit frapper le jeune homme de 20 ans dans la vidéo révélée dimanche par Rue89.
Voir ci-après les forces de l'ordre dans l'exercice de leur difficile mission de maintien de l'ordre.
Violences policières à Montfermeil
envoyé par rue89
L'Etat va injecter d'ici la fin de l'année 10,5 milliards d'euros dans les six plus grandes banques privées françaises pour qu'elles puissent financer suffisamment l'économie, une décision qui vise aussi à leur permettre de se placer au niveau de leurs concurrents européens.La première banque française Crédit Agricole va recevoir 3 milliards d'euros, BNP Paribas 2,55 milliards d'euros, Société Générale 1,7 milliard tandis que Credit Mutuel va obtenir 1,2 milliard, Caisse d'Epargne 1,1 milliard et Banque Populaire 950 millions, a annoncé hier soir la ministre de l'Economie Christine Lagarde (Libé, 21/10/08).
Un détenu majeur s'est suicidé, vendredi 17 octobre, à la maison d'arrêt de Strasbourg, a signalé la direction régionale des services pénitentiaires. Une enquête de police a été ouverte. Les premiers éléments ont déterminé que l'homme s'est pendu dans sa cellule avec ses lacets de chaussures. Il avait été incarcéré jeudi (Le Monde 17/10/08). Un détenu s'est pendu vendredi 17 octobre dans sa cellule de la maison d'arrêt d'Ensisheim (Haut-Rhin), a-t-on appris samedi auprès du Parquet de Colmar. Ce drame vient s'ajouter à la série noire des suicides dans les prisons en France et plus particulièrement ces derniers jours en Alsace (Le Monde 19/10/08).
La Cour européenne des droits de l'Homme à Strasbourg a condamné jeudi 16 octobre la France, au motif qu'elle n'a pas "protégé le droit à la vie" d'un détenu psychotique qui s'était pendu dans sa cellule. Joselito Renolde, appartenant à une famille de "gens du voyage", est mort en juillet 2000 dans une cellule disciplinaire, à l'isolement, dans la prison de Bois-d'Arcy en région parisienne, où il avait été placé après l'agression d'une surveillante. Trois jours avant son décès, il avait tenté de se suicider en se tailladant les bras.
La Cour européenne estime que les autorités savaient que ce détenu souffrait de troubles psychotique susceptibles de le conduire à des actes d'automutilations. Elle se dit "frappée que malgré la tentative de suicide de Joselito Renolde et le diagnostic porté sur son état mental, l'opportunité de son hospitalisation dans un établissement psychiatrique n'ait même pas été envisagée". Selon la Cour, l'absence de surveillance de la prise quotidienne de son traitement a également été un facteur de son décès.
La France est aussi condamnée pour traitements inhumains, pour avoir placé en isolement et privé de toute visite cet homme qui a éprouvé angoisse et détresse "au point d'ébranler sa résistance physique et morale".
L'arrêt de la Cour européenne intervient après plusieurs cas de suicides de détenus adolescents et la révélation par l'Observatoire international des prisons (OIP) de la brutale augmentation (27%) des suicides décomptés au premier semestre 2008 par rapport à la même période de 2007 dans les prisons françaises (Nouvel Obs 20/10/2008).
François Béranger est mort le 14 octobre 2003. 5 ans déjà. Ses chansons, purement démagogiques et nostalgiques, nous parlent d'un temps heureusement révolu. Un temps où on chassait les immigrés, où les contrôles de police se faisaient "au faciès". Un temps où les programmes de la 1ère chaine couleur servaient à rendre nos cerveaux plus disponibles pour la publicité. Un temps où l'Etat favorisait les plus riches et taxait les pauvres. Un temps où on se suicidait dans les prisons. Mais un temps où personne ne sifflait La marseillaise dans les stades. Tout ça est, bien heureusement, derrière nous et nest pas près de revenir.
Suite (et non fin) :
SOCIÉTÉ - Un détenu âgé de 52 ans a été retrouvé pendu dans la nuit de mardi à mercredi à la maison d'arrêt de Loos, près de Lille, indiquent les pompiers. Un drame qui apparaît pour l'instant comme un suicide, et s'ajoute à la série de suicides dans les prisons en France. (LibéLille.fr 22/08/2008)
13 octobre 2008
Joan Baez, the return ; Guillaume Depardieu, the end, beautiful friend
J'ai très envie de revenir à ce blog. De lui parler à nouveau et de vous laisser tendre une oreille, si ça vous tente. Et puis vous avez été plusieurs, Claude de Belgique, Phil de Limoges entre autres, à associer mon éloignement de l'écriture à un mal être. J'ai très envie de revenir parmi ceux qui parlent, même s'il faut pour ça "avoir quelque chose à dire". Je n'ai pas envie de parler de la crise financière. Plutôt de cette dame, alors qu'on l'apprenait à peine par les radios, elle buvait sa bière au comptoir et elle parlait bas, contrairement aux buveurs de bière habituels qui ont le verbe haut. Elle disait, d'un ton de confidence un peu gêné, comme si elle allait proférer une bétise, un truc qu'on dit pas, un truc pas normal, qui brise la flêche du temps bien avant la cible, un truc pas vrai ou qui fait pas vrai, comme quand la radio a dit Bertrand Cantat a tué Marie Trintignant. Elle a dit : Il paraît que Guillaume Depardieu s'est tué. Tout de suite on pense à un suicide, à un dernier geste de provocation, comme Pialat aurait pu dire, au lieu de Je vous aime pas, il aurait pu dire Vous ne me méritez pas.
Je sais pas si on méritait Guillaume Depardieu. Je sais qu'il donnait sens à l'image la plus merdique du film le plus merdique dans lequel il s'est vautré. Et il y eut aussi les bons films, de Léos Carax, par exemple.
Guillaume Depardieu, comme Jean-Pierre Léaud, James Dean, Patrick Dewaere ou Christine Pascal : tellement mal en leur temps qu'ils ont fait passer le message : attention, le temps est assassin.
Dans le taxi qui me menait vers le Palais des Congrès, il y a eu les précisions d'usage. Surtout, on a interviewé Josée Dayan, toujours prête pour prendre la pose (c'est con, c'était la radio, y avait pas de caméra, pauvre Josée) et de raconter qu'elle avait fait tourner Guillaume dans Les rois maudits, pour bien le ramener du côté des ploucs, des sans grade du cinoche, ceux qui doivent bosser chez Dayan pour bouffer.
Tous les medias vont vous dire que GD est génial dans Versailles. Alors, si vous voulez lui rendre hommage et montrer que vous aimez le cinéma, allez voir De la guerre, de BB (Bertrand Bonello), cinéaste qui n'a pas peur de sauter dans le vide à chaque film.
Un peu comme Guillaume D. Même si c'était pas à chaque film.
Le taxi nous conduisait au Palais des Congrès pour le concert de Joan Baez. Le Palais des Congrès est un monument à la mocheté libérale, à l'esthétique stalinienne. Je me sentais donc parfaitement à l'aise.
Organisation de merde, la queue à n'en plus finir, avec les vieux babas qui trichent pour passer devant, on verrait pas ça à la Cigale ou au Café de la Danse.
Vous trouvez pas que le moment émouvant du concert, c'est quand l'artiste-icône entre en scène. J'ai rien vu à cause qu'on arrêtait pas de changer de place à cause des connards arrivés en retard ou des connards de devant, qui eux-même changeaient de place.
Le choc premier de ce concert est la totale absence d'émotion en voyant la diva.
J'en ai vu des vieilles chanteuses - et en sortant du concert, j'ai surpris l'affiche pour Georges Chelon à l'Olympia et je savais qu'Yves Duteil va faire le Dejazet -- on appelait ça le TLP Dejazet, le Théâtre Libertaire Parisien, l'endroit où Léo Ferré a fait ses derniers concerts... après Hervé Vilard poussant la vieille chansonnette pour Ségolène, on prie pour que Mike Brant reste où il est, bref,it's a bad bad thing --. J'ai vu Marianne Faithfull, j'ai vu Juliette Gréco. Et j'ai compris pourquoi, sans cesse et sans fatigue apparente elles revenaient, parce qu'elles avaient épousé leur temps. Joan non. Joan chante comme il y a 40 ans ce qu'elle chantait il y a 40 ans et donne l'impression, là où Marianne F. ou Juliette G. cherchent encore, que Joan B. a trouvé, qu'elle a toujours trouvé, qu'elle n'a jamais rien eu à chercher. Elle est hors du temps, hors de notre temps, elle est inamovible, comme si son chant s'élevait toujours vers le Pasteur King, comme en 1963 lors de la Marche sur Washington.
Nostalgie...
La nostalgie ne fait pas le talent. Joan a certes de beaux restes, mais on reste sans voix -- elle, non... -- quand les 7 mn de God is on our side en paraissent 15. On s'ennuie en entendant ses trois pauvres musiciens, qui n'ont sans doute pas eu le temps de répéter, se serrer chaleureusement en une botte de radis roses à notes blanches, au milieu de cette ridiculeusement immense scène du Palais.
Je passe les détails.
Et j'en viens à ce qui fut le meilleur et justifia pleinement les 78,50 € payés par place. Le fait de démarrer sur Lili of the west, même si c'était raté. Le moment de totale immersion que fut, Joan seule voix et guitare--enfin-- cette interprétation de Love is a 4 letters words de Dylan, song dont l'accroche est bizarrement celle de It's all over now baby blue. Cette chanson sur Joe Hill, ce syndicaliste pendu par la démocratie US, qu'elle dédie à Barak Obama. Là, on envisage la possibilité d'un concert. Entendre Sweet low, sweet chariot monter a cappella... ces notes qui parfois laissent songeur(émotion réelle ou exercice de style imposé ?) ne se brisent-elles pas au contact du trop haut plafond de la trop grande salle, sans atteindre le ciel ?
Plus tard, plusieurs rappels après, la Joan nous plonge dans une terrible perplexité : et si ce concert était ce que nous attendions depuis 40 ans et si ce n'était pas Joan qui bégayait un passé glorieux, si c'était juste notre désir qui avait vieilli...
Elle enchaine, sans musiciens, sans guitare Le déserteur (qui nous venge du massacre Kaboul NY made in Renaud), puis Dona Dona Do-o-na etc. Il manquera juste Blowin' in the wind pour que le concert prenne place pleinement, à la dernière note. Elle nous évite, avec gentillesse, un We shall overcome, nous qui avons pour victoires collectives les soupirs d'aise, de fin de repas, du couple Sarkozy. Elle termine sur son tube ("Here's to you Nicolas and Bart, Rest forever here in our hearts, The last and final moment is yours, That agony is your triumph !".
Et là, on redevient pour quelques instants l'adolescent qui a rêvé Joan Baez. Nostalgique.









