Le Printemps 68 ne relevait pas de la génération spontanée.

Des courants, des mouvements, des idées émulsionnèrent ce beau printemps argentique et peu à peu le révélèrent.

Il est un artiste qui, rétrospectivement, symbolise plus que d'autres cette érection progressive de la rue, c'est Léo Ferré et il reviendra souvent nous parler de ces temps déraisonnables (on avait mis les morts à table) sur ce blog, ces temps qui appelèrent le jaillissement vital, le temps de nous débarrasser de nos boutons d'acné sur le lit consentant des quilles qui n'étaient plus à la vanille et qui mordaient les cerises du temps, rouge sang.

leo

C'est déjà loin tout ça, or il semble que certains détails soient restés. Je me souviens de ces deux flics rubiconds qui m'avaient menacé de me couper les cheveux, sans doute nostalgiques d'un temps où ils avaient ainsi traité des Zazous. Il y avait aussi des histoires de papier. Il y a quelques jours, Baba Traoré avait présenté sa carte de transport Navigo, lors d'un contrôle banal, SNCF et police. C'est un truc qui m'arrive aussi, mais avec moi, on est généralement poli et on ne ma demande rien d'autre que mon titre de transport. Mais Baba, lui, on lui a demandé ses papiers. Absolument par hasard, absolument pas en raison de sa couleur malienne. Il en est mort. Pas moi.

Alors, c'est un peu pour lui, en hommage à cet homme de 29 ans, qui avait été appelé à Paris pour donner un rein à sa soeur, il y a quatre ans et que nos institutions qui trouvent normal les contrôles au faciès ou à la couleur, comme j'ai connu des contrôles à raison de l'âge ou de la coupe de cheveux, que je vous offre une chanson de Léo où, déjà, il était question de papiers. Et de bien autre chose.


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Léo Ferré, Poète, vos papiers